Le démantèlement du réseau de drogue, avec la double saisie de 12 kilos d’héroïne d’une valeur marchande de Rs 180 millions, le 12 juillet dernier, prend une nouvelle tournure avec la connexion politique du réseau Gros Dereck aux premières loges. Intervenant lors des interpellations supplémentaires de la Private Notice Question (PNQ) du leader de l’opposition, Paul Bérenger, le leader du FSM, Cehl Meeah, est venu avec des dénonciations au sujet d’une éventuelle connexion d’un ministre avec ce réseau de trafiquants de drogue mettant en place des moyens extrêmement sophistiqués pour contourner le contrôle sur les importations de drogue au port et à l’aéroport. Il laisse entendre qu’il détient des informations compromettantes sur deux autres parlementaires dans cette même affaire de trafic de drogue. En marge des développements intervenus en ce début de semaine sur les ramifications politiques du réseau Gros Dereck, l’Independent Commission Against Corruption (ICAC) a pris des dispositions pour entamer un interrogatoire marathon du Star Witness-in-Waiting, le chauffeur de taxi Ashish Dayal, sur les « high profile political contacts » de Dereck Jean-Jacques au cours de ces dernières années.
Les événements dans le scandale de trafic de drogue avec pour cerveau principal le suspect Gros Dereck ont connu une nette accélération après la PNQ d’hier matin à l’Assemblée nationale. Lors d’une rencontre avec le Premier ministre, Navin Ramgoolam, au Treasury Building en début d’après-midi, le député Cehl Meeah a mis son interlocuteur en présence de certaines informations troublantes sur les liens entre des trafiquants de drogue et des membres de la majorité gouvernementale.
Pour les besoins de cette rencontre dans la conjoncture politique dominée par les élections municipales, les deux parties avaient pris des précautions. Le leader du FSM était accompagné d’un de ses principaux lieutenants alors que le Premier ministre avait à ses côtés le président du Labour, Patrick Assirvaden, et le secrétaire général du parti, le ministre de la Santé, Lormus Bundhoo, pour ces échanges.
Une autre mesure de prudence de taille est que le nom du ministre incriminé par le leader du FSM n’a pas été mentionné oralement. Le nom a été communiqué au Premier ministre en écrit sur un morceau de papier et de ce fait les témoins présents à la table de discussions n’ont pas eu accès à cette information de nature confidentielle et privilégiée. Quant aux preuves apportées par Cehl Meeah pour soutenir les allégations contre ce ministre, des sources supputent que des documents bancaires sur des transferts de Rs 25 millions à une époque cruciale de l’enquête sur Gros Dereck auraient été communiqués. Mais les sources approchées n’ont pas voulu s’aventurer pour confirmer ou infirmer ce détail crucial.
Le Premier ministre a donné la garantie que diligence sera faite lors de cet exercice de vérification préliminaire. Toutefois, les recoupements d’informations effectués par Le Mauricien indiquent que le leader du FSM a pris l’engagement d’accorder un délai au Premier ministre pour qu’il puisse faire des premières vérifications des détails fournis. Cehl Meeah a apporté une précision de taille à l’effet que le ministre n’est pas le seul impliqué dans cette affaire.
Nouvelle rencontre ce matin
Le député du FSM a laissé entendre qu’il détient des informations compromettantes sur deux autres membres de la majorité avec des frottements et des connexions à ce réseau de trafiquants de drogue. Il aurait également fait comprendre qu’au cas où il n’y a aucun développement dans le cas du ministre, il pourrait faire des révélations sur les deux autres dans d’autres forums.
Des sources bien renseignées, que ce soit dans l’entourage de Cehl Meeah ou encore dans des milieux officiels, indiquent que le leader du FSM a été reçu une nouvelle fois ce matin, soit la deuxième fois en moins de 24 heures, au Prime Minister’s Office. Aucun détail n’a transpiré de la rencontre à haut niveau du jour. Toutes les tentatives pour entrer en contact téléphonique avec le député du FSM avant la séance parlementaire de la mi-journée ont été vaines. Tout semble indiquer que le principal sujet de conversation devrait être les résultats des premières vérifications officielles initiées depuis hier.
En parallèle, l’ICAC, qui avait jusqu’ici le premier plan de l’enquête sur le réseau Gros Dereck à l’escouade de l’Anti-Drug and Smuggling Unit (ADSU) de Plaine-Verte pour élucider le volet consacré au trafic de drogue entre Madagascar et Maurice, entame aujourd’hui une séance marathon d’interrogatoire d’Ashish Dayal, le suspect dont les révélations et témoignages depuis le 12 juillet dernier ont débouché sur la chute de l’empire de drogue de Gros Dereck.
Les séances d’audition menées par l’ICAC se déroulent dans un bureau spécialement aménagé au QG de l’ADSU aux Casernes centrales. Pendant les quatre prochains jours, Ashish Dayal ne sera en contact qu’avec les limiers de l’ICAC exclusivement. Pour les besoins de cet exercice, il ne sera pas accompagné de son homme de loi, Me Samad Goolamaully, ayant probablement bénéficié de certaines garanties sous l’article 50 de la Prevention of Corruption Act pour son témoignage à charge.
Le principal volet d’intérêt de cette audition du chauffeur de taxi, témoin vedette de l’affaire Gros Dereck, concerne les « high profile political contacts and dealings » de Gros Dereck à la tête de ce réseau de drogue. Il sera appelé à mettre à la disposition de l’ICAC toutes les informations à ce sujet, et pourrait être confronté à une liste de noms de personnalités politiques qui auraient pu être en contact direct avec Gros Dereck ou par son intermédiaire jusqu’à tout récemment.
Le timing de ces révélations n’a pas encore été déterminé car dans un premier temps, Ashish Dayal sera entendu sur le mécanisme de financement des importations d’héroïne de Madagascar, les placements effectués par les trafiquants de drogue dans des activités de loisirs et de jeu comme les night clubs avant d’aborder la dimension politique.