Les séances d’interrogatoire des principaux suspects dans le démantèlement du réseau de drogue de l’Ouest se multiplient avec l’échéance de la détention en cellule policière. Après l’imam de la Prison de Beau-Bassin, Moosa Beeharry, hier c’était au tour de Hayeshan Madarbacus, alias Long Laskar, steward à bord du Mauritius Trochetia, de consigner la première partie de son interrogatoire deux semaines après son arrestation. De son côté, l’imam Beeharry, qui a comparu devant le tribunal de Rose-Hill ce matin pour la reconduction de sa détention en cellule policière, devra reprendre ses confessions aux limiers de l’Anti-Drug and Smuggling Unit de Plaine-Verte en ce début de semaine.
Les trois principaux suspects avec la double saisie de 12 kilos d’héroïne d’une valeur marchande de Rs 180 millions, en l’occurrence le chauffeur de taxi Ashish Dayal, l’imam de la Prison Centrale et le steward à bord du Mauritius Trochetia, se retrouvent avec un même objectif : assurer une collaboration maximale avec l’ADSU dans l’espoir de bénéficier d’une « full immunity » contre des sanctions pénales sous la Dangerous Drugs Act. L’enjeu est de taille pour chacun d’eux même si les révélations du chauffeur de taxi depuis son arrestation le 12 juillet ont été des plus déterminantes dans la progression de l’enquête confiée aux hommes de l’inspecteur Assaad Rujub.
Hayeshan Madarbacus, alias Long Laskar, n’a nullement caché son intention de collaborer avec l’ADSU dès le premier jour de son arrestation. Pour les besoins du Diary Book Entry formel de l’ADSU, il a déjà confirmé avoir fait la connaissance de Bruno Westley Casimir, avoir reçu d’importantes sommes d’argent de Gros Dereck pour assurer l’importation de l’héroïne de Madagascar et ce, en présence d’Ashish Dayal. Il a aussi donné des indications au sujet du mode opératoire pour la récupération des colis de drogue hermétiquement scellés au large de Port-Louis avec le phare d’Albion en point de mire.
Lors de la première séance d’interrogatoire d’hier dans les locaux de l’ADSU, le steward Madarbacus a été amené à faire état de son background personnel et professionnel. « Nous ne sommes qu’au stade préliminaire avec le suspect. Il n’a pas encore été formellement confronté aux hard facts de cette affaire », souligne-t-on dans les milieux concernés.
Toutefois, tout semble indiquer que le steward du Mauritius Trochetia, qui a retenu les services de Me Rama Valayden, n’hésitera pas à jouer son va-tout pour tenter de décrocher un sauf-conduit pénal du DPP.
Pour sa part, l’imam Beeharry, dont les hommes de loi, Mes Shaukat Oozeer, Hisham Oozeer et Tawfeek Joomaye, confirment que des négociations en vue d’une « full immunity against full confessions » restent une option dans la conjoncture. Dans une tentative de convaincre les enquêteurs, le Morale Instructor de la Prison de Beau-Bassin a fait des aveux au sujet de sa rencontre avec la dénommée Maïta où il avait été question de la remise d’une somme de Rs 480 000 pour être transférée à l’étranger.
La reprise de l’interrogatoire de l’homme religieux en ce début de semaine dépendra du calendrier des hommes de loi. Il sera confronté aux révélations d’Ashish Dayal sur ses contacts avec Alain Emilien, dit Very Good, l’Ougandais James Mukasa Kanamwanje en prison, des représentants de Gros Dereck à l’extérieur et également les lieux de rendez-vous pour les besoins du trafic de drogue.
Par ailleurs, depuis ce matin, la Prison centrale bénéficie de la présence d’un chien renifleur en vue de renforcer la lutte contre la présence de la drogue en milieu carcéral. C’est un don du département de la douane sous la Mauritius Revenue Authority en présence du commissaire des Prisons, Jean Bruneau. Jusqu’ici, la prison dispose des services de chiens spécialement dressés pour les besoins de maintien de l’ordre et de la discipline des détenus.