L’arrestation, en début de semaine, de l’homme d’affaires de Quatre-Bornes, Dharamdeo Balkissur, alias Sucheet, l’un des promoteurs de la discothèque The White House au Cascavelle Shopping Village, marque un tournant dans l’enquête sur la double saisie de 12 kilos d’héroïne d’une valeur marchande de Rs 180 millions. Pour les initiés à cette enquête aux multiples facettes, menée par l’escouade de l’Anti-Drug and Smuggling Unit (ADSU) de la Plaine-Verte sous le contrôle de l’inspecteur Assaad Rujub, ce suspect détient la clé du coffre de Rudolf Dereck Jean-Jacques, alias Gros Dereck. Et cela dans tous les sens du terme. Mais jusqu’ici, les détails ont été révélés au compte-gouttes.
Ce développement est intervenu dans le sillage de l’interrogatoire de Rookesh Henraj, alias Ronnie, l’homme des discothèques de l’Ouest. Mais interrogé par l’ADSU, celui qui est présenté comme le prête-nom allégué du mécanicien tout vêtu de blanc de Richelieu, a rejeté les accusations d’Ashish Dayal quant à sa présence lors de la remise de Rs 5 millions par Gros Dereck au dénommé Ronnie pour les travaux à The White House.
Toutefois, Sucheet Balkissur, qui coopère avec l’ADSU de la Plaine-Verte depuis au moins le mois d’août – avec les premières saisies de voitures – détient une carte maîtresse intéressant les limiers de l’ADSU aussi bien que les enquêteurs de l’Independent Commission Against Corruption (ICAC) et de la Financial Intelligence Unit (FIU), avides d’avoir une Inside View du système sophistiqué de blanchiment des recettes de la drogue mis en place. Tout semble indiquer qu’une fois que l’ADSU aura terminé avec ce suspect, celui-ci devra passer de longs moments au QG de l’ICAC.
Néanmoins, dans l’immédiat, Sucheet Balkissur n’a qu’une idée en tête : se faire libérer sous caution. Les débats sur sa motion de remise en liberté provisoire ont été fixés pour demain devant le tribunal de Rose-Hill. À ce jour, aucun des dix prévenus interpellés n’a bénéficié de caution, même si Ashish Dayal et Hayeshan Madarbacus, alias Long Laskar, sont encore exceptionnellement en détention policière, au lieu d’être incarcérés à la Prison Centrale de Beau-Bassin comme les autres.
La clé des liens entre Sucheet Balkissur et Gros Dereck se situe au niveau des grosses cylindrées de luxe. L’enquête n’a pas encore débouché sur des explications plausibles sur le fait que la flotte de voitures du réseau de l’Ouest soit sous le contrôle de l’homme d’affaires de Quatre-Bornes. Le blanchiment de fonds est soupçonné derrière cette stratégie. Cela à deux niveaux.
Le business d’achat et vente de voitures, une spécialité de Balkissur, a constitué un paravent de luxe aux recettes générées par le trafic de drogue. Mais plus important demeure cet accès au système bancaire dont Balkissur avait le secret. Que ce soit l’ADSU, l’ICAC et la FIU, tous jouent gros sur le promoteur de The White House pour arriver à la porte du bureau du « banquier au-dessous de tout soupçon », une personnalité bien connectée politiquement.
Depuis que des premiers soupçons ont été émis sur ses dealings avec la mafia de la drogue, ce banquier fait l’objet d’une série de dénonciations bien documentées sur ses transactions suspectes. Les limiers de l’ADSU et de l’ICAC vérifient systématiquement chacune de ces allégations, en attendant de compiler un dossier à être soumis à la Banque de Maurice à toutes fins utiles par rapport au banquier ciblé.
Entre-temps, que Sucheet Balkissur se mette à table ou non, il devra connaître en début de semaine le même sort qu’ont connu les proches de Gros Dereck et Seewoosing Dayal, alias Ashish Dayal, ou encore Jimmy Alexis, alias Rodriguais. L’ICAC a initié des procédures en Cour suprême pour des Attachment Orders contre ses propriétés immobilières aussi bien que ses comptes en banques.
L’enquête de l’ADSU sur le démantèlement du réseau de l’Ouest dure depuis bientôt quinze semaines déjà…