Avec le soleil qui a traversé l’équateur, l’espoir que Maurice soit suffisamment arrosée pour remplir nos réservoirs s’envole peu à peu. Telle est l’inquiétude exprimée par le Chairman de la CWA Prem Saddul, qui intervenait lors de l’ouverture d’un atelier de travail dans le cadre de la Journée mondiale de l’eau.
« Le soleil a traversé l’équateur le 21 mars. La zone de convergence intertropicale (ZCTI) s’est affaiblie. À partir de maintenant, nous allons être influencés par des anticyclones et des fronts froids générant des averses légères, qui ne remplissent pas les réservoirs. Des périodes difficiles sont à venir », a déclaré Prem Saddul, Chairman de la Central Water Authority (CWA), aux élèves des établissements secondaires et professionnels de l’eau qui participaient jeudi à l’ouverture d’un atelier de travail organisé par l’organisme et le ministère de l’Énergie et des Utilités publiques au Rajiv Gandhi Science Centre à Bell-Village.
Entre août 2010 et janvier 2012, soit en 18 mois, Maurice a été déficitaire en termes de pluviométrie durant 13 mois, avec des chiffres inférieurs à la normale. À titre d’exemples, en décembre 2010, Maurice a recueilli seulement 9 % de la moyenne pour le mois. En avril 2011, seulement 32 %, et en janvier 2012, seulement 34 %, faisant de ce dernier mois, le sixième mois de janvier le plus sec depuis… 1904.
Les autorités avaient beaucoup misé sur les habituelles grosses pluies de février. Mais les précipitations de la première quinzaine du mois auront été en dessous des espérances, en particulier autour des régions de Mare-aux-Vacoas, Mare-Longue et La Ferme.
Restant optimiste, le Chairman de la CWA garde espoir que des solutions collectives seront trouvées face à l’actuel manque d’eau qui prévaut depuis plusieurs mois. À condition, précise Prem Saddul, que tous les Mauriciens soient impliqués. Des plans sont en élaboration afin d’alléger le problème du « water stress » lié au déficit en eau. Prem Saddul a indiqué que de nouvelles technologies seront prochainement utilisées pour la réutilisation des eaux usées, ainsi que pour le captage, la conservation et la distribution d’eau.
Prem Saddul a cité en exemple Singapour, où les eaux usées sont recyclées à des fins d’usages multiples, ce qui permet à ce pays à la fois de faire des économies sur la note d’importation d’eau et de devenir de plus en plus autosuffisant. « En utilisant les eaux usées traitées pour l’usage agricole et industriel, nous pouvons réduire la quantité d’eau que nous puisons de nos réservoirs », a affirmé Prem Saddul. Pour des raisons économiques et écologiques, le dessalement de l’eau de mer est une technique sérieusement envisagée dans certains secteurs des zones côtières. « Malheureusement, le dessalement est une alternative à forte consommation énergétique. Nous devons nous inspirer des exemples de pays où le dessalement est fait en utilisant des solar-powered plants. De nombreux pays utilisent cette technique et nous allons apprendre d’eux », a déclaré le Chairman de la CWA. La prochaine étape envisagée, en droite ligne avec le concept Maurice Ile Durable, est d’encourager le développement de petites unités de dessalement.
Sur un autre volet, le chairman de la CWA a encouragé le captage d’eau de pluies dans les foyers, les bâtiments publics de même que chez les petits planteurs. Maurice, a-t-il poursuivi, devrait s’inspirer de la Namibie et, plus près de nous, de Rodrigues pour apprendre à capter l’eau de pluies. Il a également élaboré sur le changement dans les habitudes de consommation, soutenu en cela par des campagnes agressives de sensibilisation sur le « bon comportement » en ce qui concerne l’utilisation de l’eau.
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DÉMOGRAPHIE: Neuf milliards de personnes en 2050
Le thème retenu pour la Journée mondiale de l’eau est « l’eau et la sécurité alimentaire ». Au programme : une exposition, sur trois jours, ainsi qu’un atelier de travail, tenu jeudi au Rajiv Gandhi Science Centre, à Bell-Village, où les intervenants ont démontré qu’à toutes les étapes de la chaîne alimentaire, du producteur au consommateur, des actions peuvent être menées pour économiser l’eau et assurer la sécurité alimentaire de tous. Le slogan choisi rappelle en effet que « la planète a soif car le monde a faim ».
Selon les statistiques, nous consommons en effet de 2 à 4 litres d’eau par jour. Or, la majeure partie de cette eau est contenue dans les aliments que nous mangeons. Ainsi, la production d’un kilo de boeuf, par exemple, requiert 15 000 litres d’eau, tandis que celle d’un kilo de blé exige 1 500 litres. Problème : d’ici 2050, il faudra nourrir neuf milliards de personnes à travers le monde.
Pour faire face à la croissance démographique et garantir à tous l’accès à une alimentation nutritive, plusieurs actions sont préconisées : consommer des produits moins exigeants en eau ; limiter le gaspillage alimentaire (30% de la nourriture produite dans le monde n’est jamais consommée et l’eau utilisée pour l’obtenir est à jamais perdue) ; produire plus d’aliments de meilleure qualité avec moins d’eau ; et adopter un régime alimentaire plus sain.