Les participants de l’atelier de travail organisé par le HRDC

Développer le capital humain est souvent fortement recommandé par différents acteurs économiques. Si la formation est essentielle au développement des compétences, « il y a trop de centres de formation à Maurice », estime Jean Buffenoir, consultant de la société française d’exportation des ressources éducatives, qui participait récemment à la National Skills Development Strategy 2019-2023 du Human Resource Development Council (HRDC) à Ébène. Selon les observations de cet expert français, il existe une abondance de centres de formation privés à Maurice. Évoquant le nombre de 600, il estime que c’en est trop pour un petit territoire comme Maurice. Pour lui, il est temps que ces centres de formation de changer leur manière de pourvoir des cours.

« Un individu qui suit une formation veut avoir une reconnaissance. Si nous avons un système d’approche par compétences, nous sommes sûrs d’acquérir une compétence à un niveau particulier et d’une durée quelconque. C’est ce système d’approche de compétences qu’il nous faut à tous les niveaux aussi bien dans les programmes que dans l’inscription à des certificates, des diplomas ou des degrees. C’est vraiment une approche par compétences très globale pour que chaque institution de formation puisse former une compétence à un niveau particulier. C’est pour cela que le système doit être global en définissant les niveaux », dit-il. Selon lui, les cours de formation doivent être variés et de différents niveaux. Si les centres de formation sont nombreux, il observe un manque quant à la capitalisation des compétences menant à une reconnaissance officielle. En ce sens, il cite la validation des acquis d’expérience qui doit se faire.

Un nouveau « Mauritian Qualifications Framework »

Au niveau de l’inadéquation entre l’offre et la demande, le consultant avance qu’il n’existe pas encore une définition complète en compétences des entreprises. « C’est encore en partie construit par des chargés des cours, des formateurs ou des professeurs. Ce n’est pas encore construit par les entreprises elles-mêmes, pas encore formées à définir leurs besoins en compétences. On n’a pas exactement l’expression des besoins et nous n’avons non plus exactement les bonnes réponses à ces besoins. On essaie de faire du Capacity Building pour les deux », dit-il. Selon lui, il faut que les jeunes s’orientent vers les sciences, la technologie, l’ingénierie et les mathématiques, ce qui permet l’adaptation aux changements de technologie et de mode d’organisation. « Il nous faut la base de STEM pour pouvoir évoluer. On a de plus en plus de STEM dans les écoles polytechniques et dans l’enseignement, le STEM est plus pratique », dit-il.

Jean Buffenoir demande à changer l’image des écoles polytechniques. « Ces écoles doivent être un choix pour trouver un emploi rapidement », dit-il. Au niveau des collèges privés, il avance que le nombre de 45 est trop élevé pour le pays. Selon lui, ces écoles doivent rechercher des collaborations avec d’autres établissements étrangers. Dans la foulée, il fait ressortir que l’éducation post-secondaire est de grande importance. Abordant la question de l’éducation gratuite, il soutient qu’une crise pourra bientôt surgir en France à ce niveau. « Les étudiants devront, une fois leurs études terminées, trouver rapidement du travail pour payer leurs prêts bancaires », dit-il. Dans le cas de Maurice dont les objectifs de certaines institutions sont la formation, il observe que même si celles-ci opèrent en solo, une redondance au niveau des fonctions est notée. Et alors même qu’il préconise la participation du secteur privé dans les discussions, il demande qu’il y ait « the right people at the right place » pour la conception des programmes de formation.

Par ailleurs, le consultant français recommande également que les retombées de cet atelier de travail soient disséminées dans le public pour aider à la formation. À son sens, il faut accentuer le développement des ressources humaines et préconiser par là même un nouveau Mauritian Qualifications Framework. Selon lui, il importe que l’accréditation soit fondée sur une auto-évaluation au lieu d’un audit. « Il y a besoin que le secteur privé soit aussi inclus dans les discussions. Au niveau de l’assurance qualité, se conformer aux pratiques internationales est primordial », dit-il. Et de rappeler la nécessité de consolider le fonctionnement des Petites et moyennes entreprises. En ce sens, il demande que SME Mauritius soit consolidé pour éviter qu’il ne devienne comme la Chambre des Métiers en France.

Le directeur général du HRDC, Raj Auckloo, affirme pour sa part que le projet de National Skills Development Strategy 2019-2023 « est crucial dans la promotion d’un système de formation répondant aux besoins du marché ». Ce système devra servir comme outil de référence pour le développement des ressources humaines et également dans la planification des compétences. « Lorsque nous parlons du développement des ressources humaines, nous ne pouvons pas dire que nous avons atteint la perfection. Dans ce système actuel, il faut voir quels sont les besoins en compétences car cela change. Tous les jours, nous avons de nouvelles technologies et des innovations. Notre ressource humaine doit s’adapter à ces changements. Il faut palier les demandes en termes de compétences que recherchent le secteur productif et celui des services », avance le directeur général du HRDC.

« Communiquer avec les jeunes… »

Par ailleurs, s’agissant des secteurs qui n’attirent pas les jeunes et qui ne disposent pas des compétences nécessaires, Raj Auckloo affirme que très souvent il existe un écart entre les attentes du travail et ce que le travail consiste en soi. « Il faut communiquer avec les jeunes avant qu’il ne commence son travail sinon la phase d’adaptation sera un échec. Il faut dire aux jeunes ce qui les attend dans le travail et comment il gravira les échelons », laisse-t-il entendre par ailleurs.

La National Skills Development Strategy 2019-2023 vise ainsi à améliorer l’efficacité et l’efficience du développement des compétences à Maurice. Cette stratégie, qui sera mise en place, est conçue grâce à la collaboration technique et financière de l’Agence Française de Développement (AFD). La firme française Société Française d’Exportation des Ressources Éducatives a été choisie, après appels d’offres, pour ce projet, qui a été réalisé en trois phases. Lors des différents ateliers de travail dans ce contexte, il a été question de l’absence des perspectives sur les besoins en compétences et du fait que plusieurs employeurs éprouvent des difficultés à prévoir leurs besoins en compétences. Ce projet a nécessité un an de travail pour que l’on parvienne à une ébauche, ayant débuté en février 2018 avec la visite des premiers consultants de la firme française Société Française d’Exportation des Ressources éducatives de France. L’équipe avait entrepris une étude de la situation à Maurice et avait institué un système propice au développement des compétences.