Si en 2011, à cette même période, les autorités concernées par la gestion de l’eau passaient en mode crise, avec l’application des mesures de période sèche partout dans l’île, rien de tel en ce début d’année. C’est ce qui ressort d’une réunion de l’état-major de la CWA, ce matin. Le réservoir de Mare-aux-Vacoas, où la situation reste préoccupante, fait figure d’exception, la région où il est situé enregistrant une pluviométrie bien plus faible qu’ailleurs.
Le 5 janvier 2011, le gouvernement durcissait la ligne quant à la gestion d’eau. Situation dramatique, titrait-on ici et là. La Central Water Authority initiait des mesures pour interdire les gaspillages d’eau potable et l’on parlait alors d’amendes ne dépassant pas Rs 200 000 et de peine d’emprisonnement dépendant de l’ampleur du délit. Cette situation ne devait durer qu’un mois… le temps que février vienne apporter son lot de pluies.
La situation est-elle plus reluisante, ou moins dramatique en ce début d’année ? L’on pourrait en douter. Et de se poser la question : « Mare-aux-Vacoas n’affiche que 26,1 % de son taux de remplissage en ce moment, alors qu’à janvier 2011, ce réservoir contenait légèrement plus d’eau… Comment justifier le fait que les autorités ne viennent pas instaurer de telles mesures ? »
Déjà, bien que Mare-aux-Vacoas affiche toujours mauvaise mine, la situation n’est pas généralisée comme c’était le cas en janvier 2011. Par exemple, la digue Midlands tablait alors sur environ 5 millions de m3 d’eau. Ce même réservoir aujourd’hui compte 20 millions de m3, soit 79,3 % de taux de remplissage. Explications de Bhishek Narain, directeur des communications de la CWA : « La différence avec l’année dernière, c’est qu’on est confronté à une pluviométrie capricieuse… Il ne pleut pas à Mare-aux-Vacoas, où la situation est toujours dramatique, mais elle n’est pas généralisée comme c’était le cas début 2011. Toutes les régions sont stabilisées, sauf le Plateau central desservi par Mare-aux-Vacoas ». Mare-aux-Vacoas où la pluie ne tombe pas. À titre de comparaison, pour décembre 2011, les régions comme le Nord et le Sud jouissent d’une pluviométrie qui dépasse la moyenne tandis que la région de Mare-aux-Vacoas n’enregistre que 201 mm de pluie contre 264 mm normalement.
Le résultat : si moins de coupures seront effectuées au Sud, au Nord et à l’Est, les habitants du Plateau central n’obtiendront de l’eau que durant trois heures, une seule fois par jour : la fourniture devrait débuter entre 04 h 00 et 09 h 00. Port-Louis sera approvisionnée 12 heures par jour et le Nord, le Sud et l’Est, toute la journée. À l’Ouest, cas de figure similaire au Plateau central : une fourniture de trois heures par jour qui commence dans l’intervalle de 04 h 00 à 11 h 00. Ces mesures entrent en vigueur immédiatement.
Par ailleurs, plusieurs aménagements auraient permis que « la gestion de l’eau se fasse de façon fluide ». Selon Bhishek Narain, « les ressources ont été mobilisées, des stations de captage installées à sept rivières ». Ce dernier évoque une série d’initiatives dont des « opérations de valves, parfaitement synchronisées ». En tout, de tels aménagements auraient permis de disposer de ressources additionnelles en eau à hauteur de 15 000 m3 minimum par jour. M. Narain, porte-parole de la CWA, tient à remercier les consommateurs de leur indulgence.
Constats
Les Mauriciens, pour leur part, craignaient une pénurie d’eau pour 2012 surtout avec la sécheresse qui bat son plein et l’absence de cyclone dans la région qui contribue particulièrement à ce problème. Mais du côté de la CWA, on affirme que la distribution d’eau se poursuit sans anomalie. Certes, l’approvisionnement se fait selon des horaires différents mais les Mauriciens prennent leurs précautions pour s’assurer qu’il ne leur manque pas d’eau potable. Sonia Mafrange, habitante de Kensinton Place à Pointe-aux-Sables, explique que la distribution d’eau ne débute jamais avant minuit pour s’achever vers 5 h du matin. Issue d’une famille modeste, elle explique que l’achat de pompe ne peut être envisagé faute de moyens financiers. D’ailleurs pour elle, c’est la pression d’eau qui poserait encore plus de problème car sa demeure étant située en hauteur, la pression n’est pas assez forte pour l’utiliser à minuit. « Akoz lakaz dan oter, bizin atann bann seki ress anba fini servi dilo pou ki nou ressi gayn ase presion pou ki nou servi nou bann recipian », explique-t-elle. Et d’avancer : « Nou tank pena laponp. Pena kass pou aste laponp. Sa andikap nou ! Pe gayn dilo wi me nou pe vinn esklav dilo tou en mem tan. Pa dormi mem. » Affirmation que confirment Isabelle Jeanneton et Yanick Dureau. Le second déclare que les habitants doivent prendre des mesures drastiques pour être approvisionnés en eau. « Avan ti ena enn lepok pa gagn dilo ditou. Bann abitan par isi ti bizin mobilize pou al kot rezervwar Petit-Verger pou ki zot larg dilo pou nou gagne », raconte-t-il. Alors que Mme Jeanneton rétorque que le problème d’eau a toujours été présent dans ce quartier qui existe depuis environ une dizaine d’années, bien que la situation se soit nettement améliorée. « Avan kamion ti pe vinn kit dilo me la osi dilo-la pa ti pa kapav bwar », déclare cette dernière. À la résidence La Tourelle à La Tour-Koenig, la situation est nettement meilleure. Alors qu’ils avaient manifesté le 24 décembre dernier pour exprimer leur colère contre l’absence d’eau potable dans cette région depuis dix jours, les habitants affichent maintenant le sourire vu que la situation a été rétablie. « En effet, depuis l’eau coule dans les robinets », affirment les membres de la famille Vythee, qui habitent cette région. Du côté de la CWA, on indique que c’est l’eau « du bassin » qui est distribuée dans cette localité.