La présidente de la République, Ameenah Gurib-Fakim, estime que le défi pour les scientifiques est de convaincre les ministères et les cadres supérieurs de la fonction publique de l’importance de la biodiversité et de la biotechnologie afin de pouvoir développer les lois nécessaires pour protéger les ressources du pays et pour répondre aux lois internationales. Elle intervenait auprès des étudiants inscrits pour le Durrell Conservation Post-Graduate Diploma Course in Endangered Species Recovery offert par l’Université de Kent en collaboration avec la Mauritian Wildlife Foundation (MWF) dans le village éducatif du groupe Médine à Beaux-Songes, la semaine dernière.
Après avoir assisté à une présentation des travaux des étudiants de cette formation axés sur la protection des espèces en danger, la présidente de la République, scientifique internationalement reconnue notamment pour ses recherches sur les plantes à Maurice, a fait une présentation sur les plantes médicinales en axant son intervention sur l’importance d’amener la question auprès des politiques et des décideurs.
Pour Mme Gurib-Fakim, il y a un gros travail à faire pour empêcher la destruction des habitats et des plantes. La protection de ces espèces peut se faire seulement après les avoir répertoriées et effectué des recherches reconnues officiellement par des instances locales et internationales. Elle estime qu’il faut s’assurer que les lois du pays répondent aux besoins internationaux afin que Maurice puisse travailler avec le continent africain et au-delà de la conservation que le pays puisse développer un pilier économique. La présidente de la République s’est réjouie de l’entrée en vigueur, en 2014, du protocole de Nagoya, ratifié par Maurice en 2012, avant même que l’Union européenne ne le fasse. « It has got a big impact on the industry operating on biodiversity. Corporates need to be extremely careful today », affirme-t-elle. Elle a, toutefois, constaté qu’il faudrait amener un plus grand nombre de pays africains à signer et ratifier ce protocole qui est dans leur propre avantage. Sur les 54 pays souverains du continent, seulement 24 l’ont ratifié, poursuit-elle.
Répondant à une question d’un étudiant à ce sujet, alors que le protocole est dans l’intérêt des pays africains, Ameenah Gurib-Fakim a affirmé que l’Afrique prend la question très au sérieux, « the knowledge gap in developing countries » étant une des raisons majeures de cette situation. « Bien que les richesses de la biodiversité soient exploitées au quotidien par des autochtones, il y a un manque d’appréciation de ces systèmes de connaissances ». Elle estime qu’il est important que ce message soit amené vers les gouvernements et que tout le monde travaille en collaboration, à plus forte raison que « the policy makers may not be eager to share same passion and love for nature ».
Pour Ameenah Gurib-Fakim, « il faut d’abord se documenter sur les espèces et leurs utilisations et les codifier. Ces informations doivent être reconnues et protégées dans le pays d’origine ». Elle évoque aussi l’importance d’avoir des informations crédibles et cela ne peut se faire qu’avec la collaboration des institutions. « This is where our institutions need to be strong », affirme-t-elle.
Répondant aux questions de la presse à l’issue de cette conférence, Ameenah Gurib-Fakim a affirmé que « le gouvernement veut développer la biotechnologie à Maurice mais encore une fois, bien plus que de moyens financiers, nous avons besoin d’un cadre légal ».
Elle souligne que Maurice a une longue expérience dans la préservation des espèces en citant le travail effectué par la Mauritian Wildlife Foundation pour rétablir la population de pigeons roses et de kestrels. Évoquant sa récente visite à Rodrigues, elle a mentionné « la reconnaissance du café marron ». « Ce qui est important à ce jour, c’est de voir comment accélérer la reconnaissance des espèces afin d’empêcher la destruction des habitats, entre autres ».
Répondant à une question sur la conscientisation des populations locales, Ameenah Gurib-Fakim devait souligner que la science compte un volet de formation qui se fait auprès des enfants, un vecteur important du changement.
La rencontre a eu lieu en présence, entre autres, du haut-commissaire britannique à Maurice, Jonathan Drew. Celui-ci a évoqué différentes manières de pouvoir approcher les politiques pour les convaincre de l’importance de la protection des ressources génétiques locales. Il a exhorté les étudiants présents à s’assurer que les démarches et son résultat ne soient pas un « one off » mais que la collaboration se poursuive sur le long terme.