Mardi dernier, alors que les premières pluies d’été tant attendues s’abattaient sur l’île, grande était la frustration des Mauriciens devant ces torrents d’eau dévalant vers la mer, irrémédiablement perdue. Au-delà du projet Maurice Île Durable, la présente crise de l’eau aura eu le mérite d’éveiller chez la population, et notamment les jeunes générations, un début de conscience écologique en matière de conservation du précieux liquide. Dans divers forums, l’on témoigne de la volonté d’un retour à la pratique de capter l’eau de pluie à des fins d’utilisation domestique. Le Mauricien propose à ses lecteurs d’en découvrir une possibilité à travers la technique proposée par la firme Aquaflo Ltd, qui possède une riche expertise dans ce domaine.
Les toits de maisons et de bâtiments représentent un pourcentage important des surfaces imperméables en région urbaine, offrant ainsi une réelle possibilité de collecte d’eau pluviale. La pratique du captage n’est pas aussi nouvelle qu’on pourrait le penser puisqu’elle existait déjà dans des civilisations anciennes, notamment romaines et arabes. À Maurice, les moins jeunes d’entre nous se souviennent encore de ces temps où l’architecture des maisons en tôle, au toit en pente et cerné de gouttières, permettait de capter l’eau de pluie en plaçant des barriques sous leurs conduits. Chaque pluie les remplissait et permettait de ravitailler les familles en eau pour l’arrosage et certains lavages. Aujourd’hui, il existe des techniques élaborées et modernes qui permettent non seulement de capter l’eau de pluie mais d’en extraire les impuretés par un système de traitement pour la consommation immédiate. C’est celle que propose Aquaflo Ltd. Si elle est idéalement destinée à des consommateurs qui ont des projets de construction résidentielle, cette technique s’adresse également à tout public un tant soit peu écologique.
Elle consiste à doter le foyer concerné de deux réservoirs, un petit pour le filtrage et un principal, souterrain, pour le stockage. Celui-ci peut être soit en béton, soit en fibre de verre, soit en plastique. Toutefois il doit être parfaitement étanche afin de prévenir la contamination de l’eau par des impuretés. Le petit réservoir est placé à une unique sortie où convergent les gouttières de la maison. L’eau provenant du toit descend dans ce réservoir muni d’un système de filtrage qui la nettoie des débris accumulés sur le toit avant l’arrivée de la pluie. Ceux-ci sont généralement constitués de poussières, de feuilles mortes, d’excréments d’oiseaux ou de rats, voire de cadavres de ces animaux, entre autres saletés. Plus longue est la période sèche, plus forte est la probabilité d’un taux élevé de polluants dans les premières arrivées d’eau du toit. Des facteurs tels le matériau dont est fait le toit et l’environnement immédiat (proximité de sources de pollution telles les autoroutes et les zones industrielles) influencent également la qualité de l’eau de pluie recueillie. Ce “catchment area” doit être régulièrement nettoyé afin de maintenir la bonne qualité de l’eau.
Le système de filtrage appelé First Flush Diverter est muni d’un flotteur ; il sépare et rejette les deux à trois premiers mètres cubes d’eau du reste à être stocké. L’eau propre est ensuite canalisée vers le réservoir à gros volume, qui est, lui, enfoui sous terre, à l’abri des rayons du soleil. Lors de la construction du réservoir, considération doit être accordée au taux de pluviométrie annuelle, à la superficie du toit et aux besoins en eau. Ce réservoir principal est doté d’une pompe électrique automatique, et également d’un conduit qui permet d’évacuer le trop plein d’eau. De plus, un dispositif permet de basculer sur le réseau national de la CWA en cas de sécheresse. Enfin, un système de traitement est assuré par un procédé ayant recours à la purification par UV (Ultraviolet Purification), une technique éprouvée qui garantit la protection contre les maladies véhiculées par l’eau et causées par des micro-organismes tels que les bactéries, les virus, algues et autres champignons. La désinfection par UV consiste en un dispositif qui émet une dose concentrée de lumière ultraviolette. Ce faisant, il détruit le mécanisme reproductif du microbe, le tuant conséquemment. L’eau qui passe par le conduit muni d’un dispositif UV est instantanément désinfectée. Cette technique de purification est réservée pour la consommation immédiate, soit suivant l’instant où l’eau a traversé dans le conduit UV.
Économique
Pour le directeur d’Aquaflo, sans une approche holistique de la question du captage de l’eau de pluie, le pays ne pourra faire de progrès significatif dans ce domaine. Pour illustrer ses propos, il cite l’exemple d’une famille de quatre personnes. En se dotant d’un réservoir souterrain de 15 à 20 mètres cubes (m3), elle pourrait réaliser des économies conséquentes sur sa facture d’eau, en sachant que 1 m3 équivaut à 1 000 litres d’eau. Parmanand Moloye est d’avis que Maurice gagnerait à adopter ce système de récupération doublé du traitement domestique de l’eau de pluie. Notre interlocuteur précise que, pour ceux qui sont en projet de construction résidentielle, le réservoir sous-terrain pourrait facilement être logé dans les soubassements et recouvert, au lieu de remplir bêtement ceux-ci de roches. Selon lui, cette option permet d’économiser sur l’achat de roches de remplissage et sur la surface de la cour qui aurait été utilisée pour enterrer le réservoir. Transféré sur un plan national, ce système de captage serait, selon lui, une solution à la crise de l’eau qui menace le pays à long terme. Il suggère même que dans le cadre de MID un plan de subvention gouvernementale soit proposé aux familles, à l’instar du programme de chauffe-eau solaires. Voire de coupler le plan de subvention pour la dalle d’une somme supplémentaire pour l’acquisition d’un tel système par les foyers au bas de l’échelle. Ces familles, dit-il, sont souvent celles qui vivent dans des régions mal desservies par le réseau national. Non seulement elles n’auront plus à dépendre entièrement de la CWA pour leur alimentation en eau potable, mais l’organisme parapublic également ferait des économies considérables sur les coûts de fourniture et de traitement. Valeur du jour, le traitement de l’eau en chlore coûte à la CWA Rs 12 le m3. Quelque 500 000 m3 d’eau sont traités chaque jour.
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Service hi-tech
Spécialisée, entre autres, dans la fourniture de technologies de pointe dans le secteur eau, Aquaflo Ltd propose des services qui vont, entre autres, du captage au traitement de l’eau de pluie ; de l’irrigation via un système automatique (“radio, GSM or hard wire controlled irrigation system”) à des systèmes de télémétrie pour le contrôle à distance de compteurs ; des projets d’irrigation de terrains de golf au dessalement d’eau de mer par énergie solaire/éolienne, en passant par la génération d’eau pure et potable en recourant à une technique avancée de condensation d’air atmosphérique réfrigérée…
Son fondateur et directeur, Parmanand Moloye, n’est pas un nouveau venu dans le domaine. Ce féru de technologie informatisée rentre à Maurice en 1994 après une dizaine d’années passées en Angleterre. Durant ses années d’études en Grande-Bretagne, et même au-delà, son esprit naturellement tourné vers le champ scientifique l’éloignera de plus en plus de sa formation initiale d’expert comptable, en dépit d’une carrière prometteuse comme Chief International Auditor au sein du Sheraton Hotel Group. Sa rencontre avec le patron du Desbro Group sera le déclic de sa réorientation professionnelle. Une offre d’emploi à Maurice au sein de cette entreprise spécialisée dans la tuyauterie le propulse tout naturellement dans le conduit du secteur eau. Il accédera bien vite au top management du groupe, devenant le General Manager de plusieurs compagnies et occupant à un moment le poste de Group Coordinator. Après son départ de Desbro et ensuite de deux autres compagnies, il connaît divers passages tout aussi fructueux au sein d’autres groupes leaders locaux : IBL (Managing Director de Plastic Recycling Co. Ltd), Rogers (Business Development Manager), puis Managing Director de compagnies subsidiaires dont il est un des fondateurs : Aqualia (ex-DDS Irrigation), Watertech Ltd, Water Research Ltd, Plastic Centre et Blastech Ltd. Ces ascensions professionnelles dans le domaine lui vaudront par ailleurs d’être nommé Chairman du National Task Force on Plastic Waste Management Plan. Depuis 2003, Parmanand Moloye s’est mis à son propre compte en créant sa compagnie, Aquaflo Ltd, basée à Helvétia, St-Pierre. Celle-ci a une branche à Rodrigues et possède un palmarès de contrats pour des projets d’envergure nationale. Elle est la première entreprise à avoir introduit avec succès un système de dessalement de l’eau de mer à Rodrigues à la demande de l’Assemblée régionale, le présent système de télémétrie pour les compteurs de la CWA, ainsi qu’un système hi-tech d’irrigation pour le compte de St-Antoine S.E.
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Projet pilote dans 12 collèges en janvier
En attendant le programme national de captage d’eau de pluie au niveau domestique, c’est à une échelle plus modeste que point la lueur d’espoir : à la rentrée de janvier prochain, douze établissements scolaires du pays seront pourvus de systèmes de captage et de traitement d’eau pluviale. Le projet concernera trois écoles dans chacune des quatre zones de l’Éducation nationale. Il permettra de capter un total de 100 m3 d’eau qui sera utilisée pour alimenter les réservoirs des toilettes.
Initié par le Sugar Investment Trust (SIT) sous son programme de responsabilité sociale, ce projet, au coût moyen de Rs 275 000 par école, a démarré avec des visites de terrain en novembre dernier. Les travaux débutent en janvier pour se terminer en avril 2012. S’il s’avère un succès, le SIT pourrait envisager d’étendre le projet à l’ensemble des écoles du pays à raison de 12 autres établissements ou plus chaque année. La mise en oeuvre technique a été confiée à la firme Aquaflo Ltd, qui s’est démarquée à l’appel d’offres par son expérience et son savoir-faire dans le domaine. Cette entreprise compte parmi ses nombreuses réalisations dans le secteur de l’eau un projet similaire à Rodrigues, mis en oeuvre en 2008 au collège St-Esprit, à La Ferme, à la demande du Rotary Club. Aquaflo Ltd, qui possède une antenne dans la petite île, a également pourvu l’hôpital de Crève-Coeur en eau en utilisant le même procédé. À l’école de La Ferme, outre d’alimenter les toilettes, le réservoir d’une capacité de 150 m3 peut également stocker de l’eau pour les périodes sèches. Mais le point d’orgue du concepteur demeure le fait que l’eau recueillie est traitée et potable. « Lorsque j’ai été approché par le Rotary pour ce projet, j’avais posé comme condition d’y inclure le traitement de l’eau afin que les enfants puissent aussi la consommer », confie Parmanand Moloye, Managing Director d’Aquaflo Ltd. Dans une île réputée pour sa faible pluviosité et son manque chronique d’eau, le défi était de taille. Relevé avec succès, il permet aujourd’hui à l’établissement scolaire d’être complètement autonome en eau.
Fort de ce succès, Aquaflo Ltd se propose d’inclure, à titre d’expérience, un système de traitement de l’eau de pluie à des fins de consommation dans une des douze écoles choisies à Maurice par le ministère de l’Éducation pour accueillir le présent projet de captage. Il s’agira de recueillir l’eau accumulée sur toute la surface du toit de l’école pour la canaliser dans un premier réservoir muni d’un filtre (filter bed) composé d’une superposition de couches de gravier et de sable. Ce premier réceptacle de plus petite taille aura pour fonction de fournir au grand réservoir une eau propre en enlevant les particules (feuilles, micro-organismes) drainés du toit. Il sera placé juste avant celui-ci pour empêcher que des particules viennent se loger au fond. Le grand réservoir sera d’une capacité de 9 000 litres afin de stocker le maximum d’eau pluviale pour les toilettes mais aussi pour être aussi utilisée durant les saisons à basse pluviométrie. Il comprendra une canalisation supplémentaire pour empêcher tout débordement en cas de grosses pluies.
Vient ensuite le traitement de l’eau à l’ultraviolet (voir texte principal). L’étape finale est l’alimentation. Le système sera actionné par une pompe qui enverra l’eau prétraitée aux réservoirs individuels des toilettes. Chaque école sera pourvue d’un système à double pompes automatiques, l’une en opération et l’autre en stand-by afin d’assurer un service continu. Selon le concepteur du projet, la particularité de ce système de pompage est son dispositif de Variable Speed Drive (VSD). La communauté scolaire comprenant quelque 800 élèves par établissement, un tel système s’avère utile afin d’éviter tout gaspillage d’énergie électrique à chaque fois qu’un élève actionne la pompe en utilisant la chasse d’eau.
Afin de s’assurer que les toilettes de l’école sont toujours alimentées en eau, le présent système est muni d’un dispositif automatique qui permet de basculer sur le réseau de la Central Water Authority en cas de période de sécheresse prolongée.