Le Premier ministre, Navin Ramgoolam, a subi une lourde défaite aux municipales. « Mouvance Travailliste » ou pas, le fait est que le gouvernement a commis plusieurs erreurs, qui expliquent l’avancée de l’opposition dans les villes. Car, même en minimisant la victoire de l’opposition, qui est totale, Navin Ramgoolam ne pourra pas faire oublier que de 2005 à 2012, soit 7 ans donc, le Ptr/PMSD a dirigé les villes sans aucune opposition. Et les rares conseillers qui n’étaient pas des rangs du gouvernement se sont empressés de virer de bord.
C’est tout cela qui a été sanctionné par l’électorat urbain. Mais ce qui a le plus fait perdre des voix à l’alliance Ptr/PMSD, c’est le chantage éhonté des ministres Sik Yuen et Bappoo, les deux déclarant en public qu’il ne fallait pas voter l’opposition, sous peine de ne pas bénéficier des finances du gouvernement central.
Or, M. Sik Yuen et Mme Bappoo oublient qu’ils sont payés des fonds publics, c’est-à-dire avec l’argent qui provient aussi des poches de gens qui votent l’opposition. Et ils ont aussi oublié que le principe même d’être ministre, c’est d’être au service de tous. Soit l’essence même de la politique.
Qui a conseillé à Navin Ramgoolam de « piquer » un séga avec Linzy Bacbotte ? Le Premier ministre croit-il vraiment que la conseillère du ministère de la Culture représente la communauté créole, et qu’il suffit qu’elle danse pour que les Créoles votent Ptr/PMSD ? La presse a d’ailleurs rapporté que Linzy Bacbotte et Bruno Raya, unis dans la vie, étaient présents dans les réunions de l’alliance Ptr/PMSD, à Rose-Hill. C’est leur droit le plus strict d’ailleurs. Mais personne n’a été dupe : ils étaient spécifiquement là en tant que « creole models ». Or, tous deux ne représentent autres qu’eux-mêmes ! S’ils drainent les foules lors de concerts, dans une joute électorale, c’est une autre paire de manches !
Autre erreur commise, et à moins d’être encore une fois trompé par ses conseillers, le Premier ministre doit savoir que son partenaire, le PMSD, a été d’un poids insignifiant dans les villes. Et je rapporte une anecdote, qui devra faire réfléchir Navin Ramgoolam : samedi, je suis dans la capitale, et je rencontre un Rouge pur et dur (il se reconnaîtra). Je lui demande d’emblée le pronostic pour les villes soeurs. Et il me dit ceci, avec colère : « Je suis membre d’un club du 3e âge, et lors des compétitions de quiz, la mairie offrait Rs 3000 au vainqueur. Cette année, je n’ai pas reçu de prix. On nous a dit que la mairie n’avait pas les moyens. Mais le maire a dépensé Rs 1.2 million pour son voyage à Marseille. »
Si Rajesh Baghwan a fait une razzia aux villes soeurs, c’est sûrement parce que le travail de proximité du « bulldozer » a encore payé. Mais le fait est que des Travaillistes ont aussi voté contre le conseil sortant !
Autre erreur commise par les conseillers du PM, dont Nita Deerpalsing : ils voulaient faire accroire que « les militants ne voteront pas pour le MSM, parce qu’ils n’aiment pas Anerood Jugnauth ». Non seulement, les militants ont montré leur amour pour SAJ, mais le Remake 2000, appelé « Remake de la mort » par le Ptr/PMSD, est plus que jamais sur les rails !
Si Navin Ramgoolam persiste à faire confiance à ses conseillers (qui lui diront de faire exactement le contraire de ce que j’avance ici), les résultats de 2015 sont connus d’avance. Et il ne faut pas être sorcier pour comprendre que le poids électoral du MSM, souvent qualifié de « petit parti » par le Ptr, a pesé dans toutes les villes. Et l’a été lors des villageoises aussi.
Un remaniement ministériel s’impose ! Et Navin Ramgoolam doit comprendre une fois pour toutes qu’il doit être le Premier ministre de tous les Mauriciens, et non pas celui des villages seulement. Je l’ai déjà dit : à ce jour, Navin Ramgoolam n’incarne pas le rassembleur qu’il dit être. Parce qu’il s’est entouré de conseillers qui lui font croire que le vote hindou suffit pour gouverner. Est-ce normal par exemple qu’un Bachoo n’ait de soucis que pour la campagne, alors que cet homme est payé de l’argent puisé de la poche de toutes les communautés ?
Comme vous l’avez dit à Rodrigues, M. le Premier ministre, il n’est pas normal qu’il y ait deux catégories de citoyens. Alors, pourquoi les villageois (peut-on aujourd’hui dire de Goodlands, Triolet, Rose-Belle et Flacq que ce sont des « villages » ?) ne paient pas de taxe ? Trouvez-vous juste que les villes qui n’ont pas voté le Gouvernement soit dépourvu de finances, alors que l’Etat financera les nouveaux conseils de districts ? Les gens des villes seraient-ils donc des citoyens de troisième grade ?
Je ne peux conclure cette analyse sur les municipales, sans déplorer l’absence des forces d’extrême-gauche, Lalit, le Mouvement Premier Mai et Rezistans ek Alternativ, à ces élections. Leur division profite au parti fondamentaliste de Cehl Meeah, et aux imbécillités du parti « Malin », qui sont là à chaque élection. Qu’elles prennent exemple sur Melenchon, en France : lors de la dernière présidentielle, sa seule présence a fait reculer le Front National. L’extrême-gauche mauricien (surtout Lalit) a toujours de belles idées, mais il semblerait qu’elle a peur d’affronter un électorat. C’est une erreur à ne plus commettre !