L’avenir de l’archipel des Chagos a fait l’objet de débats approfondis à la Chambre des Lords à Londres dans la soirée d’hier suite à une initiative de la baronne Whitaker. Pendant plus d’une heure, des membres de la House of Lords britannique sont intervenus sur la motion de cette baronne du Parti travailliste « asking Her Majesty’s Government what plans they have for the future of the British Indian Ocean Territory ».
Les intervenants ont été unanimes à dénoncer le fait que Maurice ait été tenue à l’écart de toutes consultations menées par Londres sur le dossier des Chagos. A l’exemple de Lord Avebury du groupe des Libéraux-Démocrates, qui s’est appesanti sur le cas de Maurice en tant que Future Sovereign Power, des Lords de tous les partis politiques confondus ont demandé au gouvernement britannique de rectifier le tir à l’égard de Port-Louis. Toutefois, la porte-parole du gouvernement Cameron à la Chambre des Lords, la baronne Warsi, Senior Minister of State au Foreign and Commonwealth Office, n’a laissé aucun sous-entendu en réaffirmant que Londres ne fera pas de concession sur la question de souveraineté.
L’une des interventions les plus marquantes émane de Lord Avebury, qui s’est montré catégorique quant au retour des Chagossiens dans leur archipel natal. « One would hope that there would be consensus between the political parties on the absolute right of the inhabitants to return to the homeland from which their ancestors were unlawfully evicted almost half a century ago », devait-il faire comprendre d’emblée avant d’aborder le volet des consultations entre Londres et Port-Louis.
Ce membre de la Chambre des Lords n’est passé par quatre chemins pour transmettre ses objections devant cet état de choses. « There is no mention of Mauritius being consulted at the stage when preliminary views were sought on the feasibility study, in spite of the fact that we are committed to returning the islands to Mauritian sovereignty when they are no longer required for defence purposes. Yet we are nearing the point when major decisions will be made about the future of the Chagossian people and of the Chagos Islands, in which it is inconceivable that Mauritius, as the future sovereign power, would not be involved », souligne-t-il avec force.
Lord Avebury n’a pas raté l’occasion pour rappeler que ce n’est pas la première fois que la Grande-Bretagne adopte une telle approche en écartant Maurice de tout processus. « There is an appeal pending in a case brought by Mauritius against the UK under the international Convention on the Law of the Sea, to be heard in mid-2014, which is indirectly about the UK’s failure to consult Mauritius on the declaration of the BIOT as a marine protected area », ajoute-t-il.
En conclusion, Lord Avebury a fait un vibrant appel au gouvernement britannique pour que le nécessaire soit fait dans les meilleurs délais. « I strongly believe that we should attempt to engage Mauritius in a dialogue about the future management of the islands and of the MPA, both of which will ultimately be its responsibility », dit-il.
Traitement inhumain
De son côté, Lord Luce, une vieille connaissance de Maurice et de la communauté des Chagossiens, est également partisan d’un rapprochement entre Londres et Port-Louis sur ce dossier. « We need to engage ; we need a diplomatic dialogue. After all, Mauritius is a strong partner of ours in the Commonwealth. It is a former colony. We therefore have very strong links. It is an old friend of ours, and we have a common interest in the issues that have recently been discussed at CHOGM in Sri Lanka about maintenance of human rights in Sri Lanka itself. That is an important factor. We have common ground on human rights issues. Relations between the British Government and Mauritius have soured over the past three or four years. That is a pity », a-t-il fait ressortir en soutenant que le principal litige porte sur la création unilatérale de la Marine Protection Area. Il a poursuivi en déclarant que « it is essential that Mauritians are regarded as a vital player in any Chagossian solution ».
Lord Luce, qui avait fait état de sa mission à Maurice en 1982, a égratigné la Grande-Bretagne pour le traitement inhumain infligé aux Chagossiens lors de l’exil des années 60 avec le démembrement du territoire mauricien. « It was a serious abuse of human rights. I believe that the issue has undermined our voice in the case that we put for human rights all over the world (…) We need occasionally to pause to remember that we abuse human rights from time to time. In this case, we have, and we need to pot it rights », s’est-il insurgé.
Les différents membres de la Chambre des Lords ont également commenté les échéances de 2014 et 2016 pour un éventuel renouvellement du bail des Chagos avec la base nucléaire des Américains sur une période de 20 ans et la nécessité que l’étude de faisabilité pour le retour des Chagossiens dans leurs îles natales soit complétée avant 2015.
Résumant les débats, la baronne Warsi du Foreign and Commonwealth Office est revenue sur l’importance de la base de Diego Gracia pour les Britanniques et les Américains. Au sujet du handing over des îles de l’archipel et du rôle de Maurice, la représentante du gouvernement britannique n’a pas changé de position.
« We are clear about the sovereignty of the islands (…) We are of course keen to return to constructive dialogue with Mauritius on the British Indian Ocean Territory and have invited the Mauritian Government to input their views on the study’s terms of reference. The study is of course without prejudice to ongoing legal proceedings which the UK is defending. We will not be making concessions on sovereignty », devait-elle faire comprendre.