L’annonce inattendue du retour du programme d’induction à la méthadone a été la bonne surprise de la semaine pour les organisations non-gouvernementales (ONG) et tous les travailleurs sociaux qui mènent un combat contre la consommation de drogues dures et qui militent pour la prévention des risques intrinsectes à la toxicomanie.
Cette nouvelle, qui pour le moment n’est qu’une nouvelle annoncée par le nouveau ministre de la Santé, Anwar Husnoo, appellera à une mise en application qui requiert un grand travail de collaboration entre tous les partenaires du secteur public et les ONG. Car depuis l’interruption brutale, en 2015, du programme d’induction à la méthadone par Anil Gayan, le prédécesseur d’Anwar Husnoo, beaucoup de torts ont été causés, d’une part aux individus souffrant de dépendance aux drogues, et d’autre part, aux ONG, précisément à leurs interventions préventives, à l’encadrement des personnes concernées de même que, par ricochet, sur la société civile.
En clair, si le programme de la méthadone est de nouveau accessible, il reviendra à tous ceux impliqués dans son application de rattraper deux années perdues et de remédier à toutes les conséquences de la décision catastrophique d’Anil Gayan et du gouvernement, lequel l’avait soutenu dans sa démarche.
D’ores et déjà, l’ONG Prévention Information Lutte contre le Sida (PILS), une des premières à avoir été la cible des attaques de l’ex-ministre de la Santé, Anil Gayan, qui n’approuvait pas les critiques de la société civile à l’encontre de sa décision, se propose de collaborer pleinement avec Anwar Husnoo.
Chargée de Plaidoyer à PILS, Nathalie Rose explique que le dialogue permettra de dégager de meilleurs cadres pour renforcer le programme d’induction à la méthadone. « Il y avait des failles dans le précédent programme », précise-t-elle. 
Lorsque le ministre Husnoo annonce la relance du programme d’induction à la méthadone,  dans une intervention jeudi après-midi , sa décision est unanimement saluée par les ONG. Du coup, Anwar Husnoo attire la sympathie de la société civile et prend son collègue, Anil Gayan, au gouvernement, à contre-pied. Mais la décision d’Anwar Husnoo n’est pas anodine. Les deux ministres sont également membres du même parti, le Mouvement Liberater. Et les deux hommes sont loin d’être les meilleurs alliés du monde.
Stratégie politique
Le retour de la méthadone est davantage une stratégie politique, embarrassante pour l’ex-ministre de la Santé. Il y a deux ans, quand ce dernier met fin au programme d’induction à la méthadone, Anwar Husnoo était alors silencieux et n’avait pas contesté cette décision. Anil Gayan pouvait même compter sur le soutien de son parti, du gouvernement et du Premier ministre d’alors, sir Anerood Jugnauth, lesquels donnaient raison à l’arrêt du programme. Les vaines tentatives des ONG pour plaider en faveur d’un élargissement de la palette des soins et d’un dialogue avec le ministre Gayan leur avaient valu la colère de ce dernier. Au point de rompre la communication avec les ONG. « Depuis, notre collaboration avec le ministère de la Santé a pris un coup. Il ne nous communiquait plus des données chiffrées sur la transmission du VIH/Sida », explique Nathalie Rose. Elle poursuit en notant qu’à la fin de 2015 il y a eu une incidence considérable du VIH sur des personnes qui s’injectent des drogues. Tandis que depuis l’introduction du programme de la méthadone en 2006, le nombre, indique-t-elle, reculait.
Nathalie Rose rappelle encore que seulement 200 à 300 patients avaient accès au suboxone et au natrexone, « alors qu’il y a 10 000 personnes qui s’injectent des drogues ». Ainsi, ce traitement n’aura pas connu le succès escompté et les critères, plutôt compliqués pour en bénéficier, souligne notre interlocutrice, n’ont pas encouragé les nouveaux patients à s’inscrire au programme. Entre-temps, l’ancien ministre de la Santé qui avait non seulement attiré les critiques de la société civile, mais aussi des experts étrangers, n’a pas fait de bilan quantitatif et qualitatif sur les deux ans du suboxone et du natrexone.