C’est fait. Vishnu Lutchmeenaraidoo a réintégré le MSM le mardi 2 février, sa demande de retour au Sun Trust ayant, comme il fallait s’y attendre, été acceptée à l’unanimité. Considéré comme un non-event par une population blasée par les incessants retournements de veste des politiciens mauriciens, ce développement n’en est pas moins une occasion de revenir sur l’itinéraire singulier de ce politicien, bon vivant, adepte de Sai Baba, de la communauté de St-Jean de Dieu et de la méditation et qui veut se présenter comme atypique. Retour donc sur ce qui est bien le parcours du parfait caméléon.
Il faut dire que ce sont les circonstances qui ont poussé l’apatride politique qu’était le ministre des Finances à rejoindre un appareil partisan. Celui qui s’était laissé convaincre par SAJ de devenir son colistier et son ministre des Finances aux dernières élections, a eu du mal à s’imposer dans un dispositif qui ne correspond pas tout à fait à ce qu’il attendait. Ne disait-il pas récemment qu’il pourrait partir demain !
Déjà loin dans la hiérarchie, une modeste cinquième place, il n’a pu ainsi retrouver l’influence considérable qu’il exerçait sous les précédents gouvernements Jugnauth de 1983 à 1990.
SAJ étant, vu son âge avancé, un Premier ministre bien moins impliqué que par le passé, c’est une nouvelle génération du Sun Trust qui a pris le pouvoir. Celle qui gravite autour de Pravind Jugnauth, les Roshi Bhadain, Dookun-Luchoomun, Sawmynaden, Mauthrooa et Dev Beekharry. Vishnu Lutchmeenaraidoo avait oublié que trois quarts des décisions qui sont présentées au Conseil des ministres ont déjà eu le feu vert du Sun Trust et l’approbation éventuelle des leaders des autres composantes de Lalians Lepep avant d’être officiellement annoncées.
Pour pouvoir peser un tant soit peu sur l’orientation de l’équipe dirigeante, le ministre des Finances a été bien obligé de reprendre son manteau partisan et retourner Lakaz — et non pas Lakaz Mama — puisqu’il en a fréquenté pas mal en 40 ans de carrière politique.
On est en 1974. Vishnu Lutchmeenaraidoo est un fonctionnaire au ministère du Commerce chargé de la promotion des produits mauriciens. Ce jeune qui avait vécu la période faste de contestation lors de ses études universitaires en France revient avec des idées qui le rapprochent naturellement du MMM, la jeune formation d’alors qui défie l’establishment. C’est ainsi qu’il s’implique en sous-main à l’équipe économique des mauves.
S’il fait l’impasse sur les élections de 1976, il sera définitivement au rendez vous en 1982. Il est des 60 députés de l’alliance MMM/PSM qui balaie le PTr, ses laquais du RPL et la bande à Éliézer François. Une victoire écrasante n’étant jamais facile à gérer, les premiers couacs vont vite apparaître au sein de la nouvelle équipe dirigeante. La promesse électorale de ramener le nombre de ministres de 21 à 18 limite les possibilités de distribution de maroquins.
Et Vishnu Lutchmeenaraidoo n’est pas sur la liste des ministres. Paul Bérenger, qui est No 3 du gouvernement et ministre des Finances, est particulièrement affecté par l’éviction de son collègue et ami intime. Il use bien de toute son aura pour essayer de créer un statut spécial pour le député du No. 13 et le caser comme ministre d’Etat au budget mais SAJ dit non. C’est raté pour cette fois.