Joindre les deux bouts lorsqu’on a comme seuls revenus la pension de vieillesse. Entre les factures à payer, la nourriture et les médicaments à acheter et parfois les dettes à rembourser, les retraités ne s’en sortent pas. Une vraie vie de misère pour certains. Un calvaire qui ne changera pas, “avek sa malere ogmantasion ki pou donn nou la”.
“Pa fasil mo lavi mizer. Mo tousel konn mo soufrans. Kouma pou kontigne viv koumsa ?”, lance May, 74 ans, d’une voix tremblante. Comme elle, Mionne, 75 ans, vit aussi des jours sombres. Le matin de notre visite à son domicile à Beau Bassin, cette dernière ne semblait pas dans son assiette. Le visage marqué par la tristesse et la fatigue, elle nous confie qu’elle n’a rien avalé depuis la veille. Une tasse à la main, elle prépare son thé avec difficulté. “Mo santi mwa pe afebli. Kouma ou trouve ou mem, pena dile ni disik. Mo pe bwar enn dite kler zis pou mouy mo labous. Enn bout dipin mo pena pou bous mo lestoma.”
Cuire au charbon
Veuve depuis une dizaine d’années, Mionne ne parvient pas à joindre les deux bouts avec “sa malere Rs 3,500 pansion ki mo gagne-la. Uniquement pour les factures d’électricité et d’eau, je dois débourser Rs 1,500 mensuellement. Au final, il ne me reste pas grand-chose”.
May, qui vit avec son époux Joseph, 82 ans, connaît elle aussi ces souffrances. Malgré une double pension de Rs 3,200, ils ne s’en sortent pas. Pour économiser une partie de cet argent, ils ont fait le choix, depuis quelques années, de cuire au charbon. Ce qui réduit leurs coûts d’environ Rs 500 mensuellement. “Koumsa pa bizin aste enn bonbonn gaz ki kout bien ser zordi-zour. Si nou get bien, tou pe ogmante e pansion-la pa ase. Kan ou get pri diri, dile, dite e tou bann zafer de baz, ou rann ou kont ki ou pre pou bizin aret manz tousala telma zot ser”. Cela a déjà commencé pour le couple qui, en plusieurs occasions, n’a rien eu à se mettre sous la dent pour le dîner. Pour tenir le coup jusqu’au lendemain matin, “mon époux et moi buvons un verre d’eau sucrée avant de nous mettre au lit. Kan nou fer li de-trwa zour aswiv, nou santi nou koumans malad. Zordi mem, la sante pa bon ditou”, confie May.
Mauvaise alimentation
À leurs âges, ces retraités sont plus vulnérables. D’autant que faute de moyens, certains ont une mauvaise alimentation. C’est notamment à cause d’une alimentation négligée que Mionne souffre du diabète et d’une maladie de peau sèche. Également atteinte d’une cataracte depuis un an, elle confie qu’elle ne trouve pas toujours de quoi s’acheter les médicaments. “J’arrivais difficilement à mettre de l’argent de côté pour m’acheter des gouttes pour les yeux. Avec le diabète et la maladie de la peau, la situation se complique.”
Mionne doit en effet privilégier une alimentation plus saine. Elle se retrouve souvent dans l’obligation de s’endetter auprès du marchand de légumes et du boutiquier du coin pour avoir de quoi manger. Une dette qui lui revient à pas moins de Rs 2,000 mensuellement et qu’elle peine à rembourser.
Dipin kredi
Bien qu’ils sachent que s’endetter n’est pas la solution la plus pratique, ils sont nombreux à y avoir recours contre leur gré. Priya, 84 ans et veuve depuis cinq ans, raconte que depuis le décès de son mari et depuis que sa situation a empiré, elle se rend chaque quinzaine à la boutique de la région pour faire quelques courses à crédit. “Le boutiquier connaît parfaitement ma situation. Il était l’ami de mon époux et sait que j’affronte des moments difficiles. Il n’hésite pas à me procurer des boîtes de conserves, du lait et autres aliments de base quand j’en ai besoin.” Outre la compréhension du boutiquier, Priya, qui est très connue et appréciée dans son entourage, bénéficie aussi du soutien de ses voisins. De temps en temps, ils lui offrent un repas. Priya s’estime heureuse de pouvoir compter sur leur générosité.
Pour Mala, 69 ans, les nouvelles ne sont pas aussi bonnes. Veuve depuis douze ans et mère de cinq garçons, elle confie qu’elle ne reçoit aucune aide de ses enfants, à l’exception du benjamin qui, “enn kout koumsa, donn mwa enn bout dipin ou enn bouse diri”. Les larmes aux yeux, elle raconte les misères que lui font subir ses enfants. Mala, qui bénéficie d’une pension de Rs 3,500, doit payer ses factures et rembourser celles d’un de ses fils avec qui elle partage les frais. “Il ne se rend pas compte que je suis retraitée et que c’est à lui de m’aider. Bien au contraire, il profite de moi.” Quand l’argent lui manque, Mala doit alors se tourner vers le boutiquier “pou enn ti dizef ou enn dipin kredi”.
Enn malere Rs 204
“Aujourd’hui, c’est un stress quotidien de se trouver à manger et à boire. Autrefois, je menais une vie moins difficile puisque j’avais mon salaire d’employée d’usine et ma pension”, raconte Mala, en se remémorant les années où elle pouvait encore travailler sans relâche. Souffrant atrocement de ses pieds et d’une maladie du coeur qui l’affaiblit de plus en plus depuis cinq ans, elle s’est retrouvée dans l’obligation de tout arrêter. “Je regrette ces moments-là. Tant que quelqu’un peut continuer à travailler, c’est un plus. La pension de retraite ne suffit pas de nos jours”, dit Mala, qui est convaincue qu’avec une augmentation de Rs 204, rien ne va changer. “Donn nou enn malere Rs 204, an mem tan tou prodwi monte ziska depas sa kas ki pou donn nou la. Malere pou kontigne res malere. Vie dimoun pou kontigne soufer.”