La saison 2013, comme sa devancière, est passée à la vitesse du vent malgré qu’elle fut rallongée de trois journées. En effet, si au départ provision a été faite pour 38 journées, ce sont finalement 41 journées que les turfistes ont eues à se mettre sous la dent. Si l’année dernière elle avait abandonné son titre de champion à l’écurie Gujadhur, l’écurie Gilbert Rousset n’a pas mis longtemps pour reprendre son bien. Elle remporte donc, contre vents et marées, le quatrième titre de son histoire au terme d’une saison riche en évènements.
Le sacre de l’écurie Gilbert Rousset ne souffre d’aucune contestation. Voilà une écurie qui a affiché une certaine constance ces dernières années et qui se démarque de par son sérieux, sa rigueur au travail et sa discipline. Gilbert Rousset a su inculquer ces valeurs à tout son staff et il récolte aujourd’hui les dividendes. Il y a aussi l’apport des membres qui, comme l’aime si bien le rappeler Gregory Hart de Keating, sont avant tout une bande d’amis et celui de Johnny Geroudis, qui fort de son expérience, ont été des pions importants dans la réussite de cette formation. A la fin de la journée, les résultats sont self explanatory. Avec 46 victoires et 97 accessits pour des gains s’élevant à plus de Rs 12,4M, c’est sur la plus haute marche du podium que l’écurie Gilbert Rousset a terminé la saison.
On retiendra que cette formation a su rectifier le tir chez l’élite cette année contrairement à la saison dernière où elle avait péché faute de l’apport d’un coursier de calibre. Cette saison pour le  tandem Gilbert Rousset-Soodesh Seesurrun qui a vu ses couleurs briller de mille feux dans la Duchesse et le Maiden par l’entremise de Solo Traveller et Intercontinental respectivement. Malgré le poids de l’âge et la rude concurrence, ce dernier s’est revélé comme un véritable pillier de cette formation en enlevant coup sur coup le Supertote Golden Trophy et le Maiden. Le performance d’Intercontinental prend plus d’ampleur si on tient en ligne de compte qu’il n’a été propulsé au-devant de la scène que suite à l’indisponibilité de Solo Traveller, porte-drapeau désigné de l’écurie dans les grandes courses mais qui fut contraint de rester sur la touche pendant de longs mois en raison de ses graves ennuis contractés aux boulets. Hormis Intercontinental, l’écurie Gilbert Rousset a aussi pu compter sur les réguliers Ghost Dog, Seeking Angelo et Wieland qui, à eux seuls, ont ramené 16 des 46 victoires de leur formation. En sus du titre d’écurie championne, cette saison a aussi vu Gilbert Rousset faire son entrée dans le cercle très fermé des entraîneurs qui ont remporté 600 victoires ou plus au Champ de Mars.
Si l’écurie Gilbert Rousset a étrenné son quatrième titre de champion, l’entraîneur Bud Gujadhur s’est vu attribuer le titre de champion trainer pour la deuxième fois de sa carrière. Il est un des architectes du parcours exceptionnel de l’écurie Foo Kune qui avec 53 victoires et des stakesmoney de l’ordre de Rs 11,6M, a réalisé la meilleure saison de sa jeune existence. La casaque jaune et étoiles mauves aurait certainement pu titiller le lauréat s’il avait pu compter sur son crack Top Seller, dont la fin tragique à quelques minutes du départ du Barbé est encore fraîche dans les mémoires. Cette deuxième classique de la saison qu’on annonçait de haute facture s’est finalement révélée être l’affaire d’un seul cheval, en l’occurrence Tales Of Bravery de l’écurie Maingard après qu’elle fut entachée de plusieurs défections. Ce dernier a été de loin la plus grande satisfaction de son établissement car outre le Barbé, il a aussi enlevé la Coupe d’Or dernière classique de notre calendrier hippique.
Liquid Motion, Burke et Joorawon péblicités
Si les quatre classiques ont été l’affaire des écuries Gilbert Rousset et Maingard, le titre de cheval de l’Année est allé à Liquid Motion de l’écurie Patrick Merven. Avec cinq victoires et quatre placés en 10 sorties pour des gains de l’ordre de Rs 2,3M, Liquid Motion a été incontestablement la révélation de la saison 2013. Il n’a certes pas brillé dans les grandes épreuves mais sa régularité couplé à son titre de meilleur 4-ans, ont fait pencher la balance en sa faveur. Débutant avec un merit rating de 55, Liquid Motion a progressé à chacune de ses sorties pour se présenter comme un redoutable sprinter. D’ailleurs, son entourage n’hésite pas à affirmer que sa victoire dans la Princess Margaret Cup, dotée d’un label Groupe 1, est sa plus belle réussite sur notre turf.
Chez les jockeys, Robbie Burke s’est rappelé aux bons souvenirs de ses partisans en remportant sa troisième cravache d’or en quatre ans de présence à Maurice. L’Irlandais a été égal à lui-même, même si certaines de ses montes furent loin de faire honneur à sa réputation. Repêché par l’écurie Gujadhur pour les cinq dernières journèes de la saison après que son contrat fut résilié par l’écurie Foo Kune avec comme motif un demerit point trop élevé, Burke a su mettre à bon escient cette opportunité pour consolider son avance en tête du classement des jockeys. Au final, c’est avec 45 victoires qu’il boucla son calendrier, soit cinq de mieux que son éternel rival Johnny Geroudis.
Chez les Mauriciens, Rye Joorawon a été une nouvelle fois exact au rendez-vous après avoir raté, fidèle à son habitude serait-on tenté de dire, une bonne partie de la saison. Il totalise certes moins de réussites qu’en 2012 mais ses 15 victoires se sont averées suffisantes pour décrocher la palme chez les local boys. S’il a effacé les noms de Glen Hatt et Jeffrey Lloyd des tablettes de records pour se présenter comme le seul jockey à détenir le plus grand  nombre de victoires au Champ de Mars, Rye Joorawon a écrit une autre belle page de sa carrière lors du dernier week-end international lorsqu’il vola la vedette à quelques-unes des plus fines cravaches du globe en enlevant la compétition en individuel. Son mano-a-mano avec Robbie Burke dans la cinquième course de la journée de dimanche (ndlr: victoire de Joorawon avec King’s Guard) restera à n’en point douter un des moments forts de sa carrière.
Serge Henry au panthéon, 6 mois de suspension pour Arena
La saison 2013 a aussi vu Serge Henry faire son entrée au panthéon du turf local en devenant le seul recordman de victoires au Champ de Mars. Cet exploit, le doyen des entraîneurs l’a réalisé lors de la 30e journée avec Tigger, piloté par son fidèle lieutenant Rakesh Bhaugeerothee. Valeur du jour, Serge Henry totalise 664 victoires et malgré sa santé précaire et son âge avancé, ne semble pas prêt d’abandonner la partie. A noter que l’ancien record fut la propriété de son frère Philippe (655 victoires).
L’autre fait marquant de cette saison a été incontestablement la lourde suspension infligée à Gregorio Arena pour sa monte scandaleuse sur Saziwayo lors de la 24e journée. Avec six mois de suspension assortie d’une révocation de sa licence, l’Italien a payé cher ses errements sur ce coursier. Cette course a fait couler beaucoup d’encre car c’est suite aux révélations de la cravache italienne qu’on devait apprendre que tout le clan Paterson fut l’hôte des Buttiés, propriétaires de chevaux très en vue aux écuries Maigrot et Perdrau, à un dîner-anniversaire en juin dernier dans un hôtel du littoral nord, auquel étaient aussi présents Jaures Marcialis, Gregorio Arena et le couple Parisi. Le président du MTC a beau tenter de limiter la portée de l’événement et réitérer sa totale confiance en son Chief Stipe, c’est un fait que c’est la crédibilité même de ce dernier qui a été remise en cause avec cette sale affaire. « When he (ndlr: Ian Paterson) had drinks with jockeys, didn’t he make a mistake? », s’était du reste demandé le jockey Andrew Fortune dans une interview accordée à notre confrère Turf Magazine en novembre dernier.
La course de la honte
A peine l’épisode Arena-Saziwayo fut-elle digérée que l’affaire Zip It est venue plonger davantage le Mauritius Turf Club, et par extension ses dirigeants, dans l’embarras. Cette parodie de course s’est déroulée sous les yeux d’un parterre d’invités venus spécialement dans le cadre du week-end international. Si après enquête des commissaires de course, ils furent pas moins de six jockeys et apprentis mauriciens à être sanctionnés, dont cinq d’une mise à pied oscillant entre douze et dix-huit semaines, comment peut-on passer sous silence le manque de flair des Racing Stewards qui auraient dû se fier au betting pattern de cette épreuve pour convoquer et mettre en garde les principaux acteurs contre tout écart de conduite avant qu’ils ne se rendent en piste. L’affaire Zip It, même s’il a été reférée à la police, est venue mettre en lumière le mal profond qui ronge les courses mauriciennes. Et tant que perdurera une culture d’impunité au sein même du club, ce n’est pas de sitôt qu’on sortira de l’auberge. Ne dit-on pas que charité bien ordonnée commence chez soi?