Il y a trois ans, nous vous proposions le portrait de Dominique Lamari, psychothérapeute, cocréatrice du centre Alter Echo en France et pratiquante des méthodes PLN en systémie ou le tri dans l’héritage familial. Cet ensemble de thérapies est le résultat d’une de ses découvertes qui permettent « d’aller beaucoup plus vite, beaucoup plus profondément et d’une façon mille fois plus respectueuse, du patient pour traiter une problématique psychologique ». Dominique Lamari est actuellement à Maurice pour animer un séminaire et nous en avons profité pour la retrouver et faire un bref bilan de son parcours depuis son dernier passage à Maurice.
Après avoir prix dix ans pour mettre au point sa thérapie, Dominique a commencé à l’enseigner dans le cadre de formations d’une durée de trois ans qu’elle donne en France, au Québec, mais aussi en Algérie et en Tunisie. Elle a également publié, aux éditions Dédicaces, basées au Québec, un livre intitulé « Le tri familial et la colline aux aïeux ». Il s’agit d’un ouvrage relatant l’évolution d’un des groupes montés à Maurice avec des Français et des Mauriciens pratiquant la méthode Lamari. Ce livre, qui s’adresse tant au profane qu’au spécialiste, explique la méthode, sa pratique et son évolution. Comment a été accueilli ce livre ? « Très bien pour un livre dans le créneau de la psychologie. Il décrit un séminaire sur ma méthode qui se passe à l’île Maurice, plus précisément à Flic-en-Flacq. Le livre a été bien accueilli et s’est assez bien vendu dans son créneau spécifique. Le prochain, que je suis en train d’écrire et que j’espère terminer cet été, sera un roman professionnel ? » C’est-à-dire ? « C’est l’histoire d’une famille en thérapie. A travers son histoire, je développe tout mon concept et j’explique au fur et à mesure sa progression. C’est un livre destiné à la fois au grand public et aux professionnels de la thérapie parce qu’il contiendra tout le déroulement de ma façon de faire. » Vous avez recours au roman parce que c’est plus facile de se faire comprendre par ce biais que dans un ouvrage scientifique ? « Ce livre aura, sans doute, cette conséquence. Mais, au départ, je voulais surtout écrire un livre parce que l’écriture est une de mes passions. Le titre du livre sera « Eux et Elle ». » Ça fait un peu titre de pièce de boulevard, à la Sacha Guitry, non ? « Je n’y avais pas pensé, mais pourquoi pas ? Guitry, c’est du bon théâtre de boulevard.  » Qu’elle est l’évolution de la méthode Lamari sur le tri dans l’héritage familial ? « Elle a fait école, puisque je donne des formations complètes dans un cursus, qui dure trois ans que j’ai déjà dispensées en Tunisie. Nous avons été stoppés par la révolution avant de terminer le dernier module. Mais les intellectuels tunisiens ont fait un très bel accueil à cette méthode. J’enseigne aussi en Algérie, en France et au Canada. En France, j’en suis à la troisième promo et ce n’est que du bonheur. » C’est plus difficile d’enseigner cette méthode hors de France ? « Pas vraiment. Travailler à l’étranger est un choix de ma part. Je retourne au Québec à la fin de l’année, j’ai été en Guadeloupe il n’y a pas longtemps » C’est la même problématique partout ou est-ce qu’elle évolue selon les pays ? « Non, la forme peut être différente, mais le fond est toujours identique sur le problème humain. Le contexte régional, national et familial peuvent être différents. Dans certains pays, les psys peuvent être considérés comme étant carrément dangereux, surtout dans certains régimes politiques. Mais là où on me laisse travailler, je travaille. » Il y a parfois de la réticence, de la résistance ? « Il y a surtout de la méfiance. Dans un hôtel d’un pays étranger où j’animais un séminaire, on m’a demandé d’aller travailler dans un grand hall plutôt que dans une salle fermée afin que les surveillants puissent intervenir si ma méthode était subversive. Quand ces surveillants se sont rendus compte que je travaillais sur la famille et non pas sur la politique, on m’a laissé travailler tranquillement. » Mais est-ce que le but ultime de votre thérapie n’est pas la libération de l’homme, ce qui peut être considéré comme étant éminemment subversif par certains ? « Oui, sauf que moi je travaille sur la libération de l’homme à travers sa famille et à son niveau personnel, sur ce qui est bon pour lui sans me soucier de ce que cela peut avoir comme implication en politique. »
« Je dis toujours aux gens que je forme que je leur donne des outils pour faire quelque chose qui leur ressemble et que s’ils en font quelque chose qui me ressemble j’aurais tout raté. »
Quel est le but de l’actuel séjour de Dominique Lamari à Maurice ? « Je viens à Maurice régulièrement depuis plusieurs années. Nous avons découvert votre pays à travers mon fils qui a un correspondant Mauricien. Nous y sommes venus en vacances, en famille. Le pays et ses habitants nous ont plus et nous y sommes retournés régulièrement. Puis, il y a dix ans, mon fils a décidé de passer une année sabbatique à Maurice, ce qui m’a permis de faire des séjours plus longs et de rencontrer des professionnels mauriciens qui ont porté un intérêt pour ma méthode. Je suis actuellement à Maurice pour un combiné vacances-travail. Pour la partie travail, je vais animer un séminaire de trois jours à Flic-en-Flac sur l’héritage familial. Le précédent séminaire était sur la recherche d’outils pour permettre de mieux communiquer. Ce deuxième séminaire représente un pas en avant dans le tri sur l’héritage familial. Je vais travailler sur des constellations familiales, c’est-à-dire un jeu de rôle avec des familles non réelles. Chaque participant va se retrouver dans un groupe avec des personnes inconnues et va les utiliser pour représenter sa vraie famille en leur demandant de faire des rôles. Je vais ensuite intervenir pour régler le tout, mettre les participants sous légère hypnose, ce qui va permettre aux inconscients familiaux des uns et des autres de se croiser. » Régler les croisements des inconscients d’une dizaine de personnes cela doit être parfois compliqué, non ? « J’ai l’avantage d’être une vieille dame qui sait comment faire. Plus sérieusement, je tiens la barre et je dois me débrouiller pour que chaque personne aille bien, soigne quelque chose de lui à travers ce jeu de rôles. » Il n’y a pas de risque que ce jeu de rôles puisse déranger quelqu’un, fasse sortir quelque chose qu’il veut garder secret au niveau inconscient ? « C’est à moi de gérer. Si je ne suis pas capable de le faire, il vaut mieux que je fasse un autre job. Si quelqu’un veut arrêter le jeu de rôle parce que cela le met à l’aise j’accède à son désir immédiatement. J’accueille les limites de chacun avec bienveillance et sens, avec mon expérience. Et je jongle avec tout cela. » A qui s’adresse ce séminaire qui se déroule sur trois jours avec des journées de pratiquement neuf heures ? « A toutes les personnes qui ont une problématique dont ils veulent se débarrasser. De préférence à des personnes qui pensent que cette problématique est liée à des racines familiales, à des événements qui se sont déroulés au sein de la famille et qu’ils peuvent vérifier en faisant du tri par rapport à leur héritage. Le tout en avançant à petit pas comptés pour que cela ait du sens pour tout le monde. En fait, dans ce travail sur soi, on tombe souvent sur des secrets de famille et il faut vérifier les informations et les impressions qui ont procédé au blocage, à la naissance de la problématique. On avance de façon respectueuse car je suis dans l’idée que dans les familles les décisions sont prises, au départ, avec de bonnes intentions qui peuvent être mal expliquées, mal comprises par la suite. En principe, tous les parents aiment leurs enfants mais ils peuvent être énervés par tel ou tel comportement qu’ils ne comprennent pas et mal réagir. » Est-ce que trois jours de séminaire, même s’ils sont riches et intenses, suffisent à régler des problématiques qui parfois peuvent avoir des années d’existence ? « C’est un point de départ important. On peut continuer le travail sur soi avec moi, par internet ou par skype, puisque je fais ce genre d’accompagnement ou avec un psy local. Chacun peut aller retravailler les informations obtenues pendant le séminaire avec le psy de son choix. On commence par une grande mise en question et le résultat du travail va être repris par le psychothérapeute qui suit habituellement la personne de façon à approfondir. Le séminaire fonctionne comme un accélérateur de processus au cours d’un travail sur soi. » Est-ce à dire que ce séminaire est réservé aux personnes qui sont déjà suivies par un psy ? « Pas nécessairement, il peut s’agir de personnes qui veulent avancer dans leur propre prise en charge ou d’autres qui viennent par simple curiosité. Quelle que soit la raison de son intérêt, la personne qui participe au séminaire va connaître des avancées dans sa vie et avoir des réponses à des questions. Après, elle sera libre de faire ce qu’elle en souhaite. Dans la majeure partie des cas, il est bon de continuer la thérapie, mais dans d’autres les informations recueillies pendant le séminaire suffisent à la personne qui ne va pas plus loin. » Terminons par une question que détestent les psychothérapeutes : du fait que vous avez une relation très forte avec ceux qui viennent vous consulter, peut-on dire que vous êtes leur gourou ? « Certainement pas. Un gourou, dans le monde du yoga en particulier, c’est un maître à penser. Je respecte énormément cette définition du gourou. Mais le terme gourou en France a pris une connotation péjorative dans laquelle je ne me retrouve pas. Je ne veux pas que les gens pensent comme moi, copient ce que je fais. Je veux accompagner des gens pour qu’ils pensent comme eux et je leur donne des moyens et des outils pour le faire. Ils sont eux et je suis moi et cela est fondamental. Je dis toujours aux gens que je forme que je leur donne des outils pour faire quelque chose qui leur ressemble et que s’ils en font quelque chose qui me ressemble j’aurais tout raté. Et j’espère que ce n’est pas le cas. »