L’enfance n’est qu’innocence, le vrai refuge pour tout adulte blessé, se plaît-on souvent à répéter au détour d’une épreuve. Cette innocence, l’adulte la retrouve avec joie et délectation quand surgit le doux souvenir de ces instants de fabrication d’un cerf-volant Patang, Roi-Désert ou Carambole au beau milieu d’un champ de cannes. On la ressent, cette innocence-là, quand le dos contre un arbre l’on se remémore encore la lente dégustation d’un ouvrage de Marcel Pagnol nous retraçant le récit de son enfance dans une France profonde et champêtre. Et que dire de la folle découverte à l’adolescence des oeuvres de Rabelais gorgées d’illustrations stylisées de Gustave Doré, de la poésie de William Blake, de l’inoubliable Saint-Exupéry ou encore des combats virtuels au GameBoy – à condition de ne point en abuser…?
Cette joie puérile, on la célèbre même au passé (re)composé ou au plus-que-parfait, tant notre vie d’adulte – témoin des moeurs dépravées de notre siècle – ne parvient plus des fois à ingurgiter cette chaude et déprimante actualité locale et internationale. Il nous prend alors l’envie d’une liberté, celle de redevenir Tom Sawyer sur les rives du Mississipi, de se parer des armures des Chevaliers du Zodiaque le temps d’une séance au Club Dorothée, de s’imaginer dans la peau des personnages de ces autres dessins animés cultes que sont Goldorak, Dragon Ball, Albator, Les Mondes Engloutis, les Mystérieuses Cités d’Or…
 A 7, 8, 10 ans, que n’a-t-on pas réinventé en notre imaginaire pour mimer un comportement adulte (que certains s’acharneront à détester bien des années plus tard)? Haut comme trois pommes, de quoi n’a-t-on pas rêvé pour prendre plus rapidement de la graine? Nous étions de ces êtres en papier, fragiles mais ô combien heureux, qui prenaient le temps et le soin de crayonner un dessinet de concocter, tout sourire, une belle carte de souhaits à l’occasion de la Fête des mères.Cependant, combien sommes-nous à visiter nos parents, qui souhaitent de nouveau écouter les battements de ce coeur d’enfant que nous avons si soigneusement dissimulé sous nos cravates et nos décolletés?
Nostalgie, vague à l’âme, discours moralisateur, dites-vous! Peut-être. Mais ce qui est fondamentalement vrai se vérifie dans les faits, le vécu, dans l’expérience d’un amour que l’enfance nous aura communiqué pour mieux assumer l’avenir. Le tout par le biais d’une délicate exposition aux choses et aux êtres sensibles. Conservons donc le souvenir de notre enfance! Il y va de notre intégrité même.
Ainsi, il est inacceptable que la société contemporaine puisse se permettre de maltraiter et de violenter impunément les petits et grands enfants de la République. Nous devons non seulement protéger nos enfants de ce noeud de vipères mais les doter d’armes de combat pacifiques pour qu’ils puissent se défendre face à l’agresseur et à l’abuseur public.
Le feedback qu’a reçu la page Forum a été des plus encourageants quand sollicités en cette fin d’année grâce à l’aimable autorisation de leurs parents, des jeunes de 5-13 ans ont transmis à la rédaction du Mauricien leur sentiment sur quelques thèmes de leur choix. Ils ont, eux, osé se jeter dans l’arène de l’écriture alors même que des adultes ont érigé leur crainte de l’Autorité en un assourdissant silence qui ne fait qu’ajouter au déficit de transparence et au règne de l’arbitraire dans certains milieux.
Pour cette dernière édition de l’année 2013, nous avons souhaité que ce soit les enfants qui s’expriment haut et fort dans un style qui leur est propre. La sensibilisation à l’environnement, le CPE, l’histoire de l’aviation, les droits humains, la grève de la faim de Jeff Lingaya et la thématique du bonheur figurent parmi leurs préoccupations. Et au risque de bouleverser vos attentes, aucune mention n’est faite dans leurs textes de leurs dessins animés favoris ou des jouets qu’on leur a offerts à Noël – c’était le cadet de leurs soucis. De quoi inaugurer de fort belle manière LE PETIT FORUM. Un exercice à renouveler l’an prochain, nous suggèrent avec ravissement certains parents en contact avec Le Mauricien il y a quelques jours.
En attendant que s’ouvrent d’autres avenues de liberté citoyenne, nous poursuivons notre quête, avec en toile de fond un classique d’Enigma, le morceau intitulé ‘Return to Innocence’. Terminons par ces belles paroles qui n’ont que la simple prétention de guérir ceux et celles qui, sur l’autel de l’existence, auront sacrifié l’innocence, cette innocence qui donne encore la force d’agir:
 
‘That’s not the beginning of the end
That’s the return to yourself
The return to innocence
Love – Devotion
Feeling – Emotion…
Don’t be afraid to be weak
Don’t be too proud to be strong
Just look into your heart my friend
That will be the return to yourself
The return to innocence
If you want, then start to laugh
If you must, then start to cry
Be yourself don’t hide
Just believe in destiny
Don’t care what people say
Just follow your own way
Don’t give up and use the chance
To return to innocence…’