« Il y a de la marge de manoeuvre pour une baisse du taux d’intérêt directeur », faisait ressortir, ce matin, le président du Joint Economic Council (JEC), Louis Rivalland, à quelques heures de la tenue de la réunion du comité de politique monétaire (MPC) de la Banque de Maurice (BoM). C’est un MPC new-look avec de nouveaux membres dont l’ancien ministre de l’Économie et des Finances de la France Alain Madelin, qui se réunit sous la présidence du gouverneur de la banque centrale Manou Bheenick pour décider de la direction que doit prendre le Key Repo Rate (KRR).
L’attente est grande dans les milieux des opérateurs économiques pour une détente de la politique monétaire, bien plus que la baisse de 10 points de pourcentage (de 5,5 % à 5,4 %) décidée lors de la précédente réunion du MPC tenue début décembre 2011, une réduction qualifiée dans les milieux privés de « coup d’épée dans l’eau » vu son impact très négligeable. Louis Rivalland considère que compte tenu de la situation économique globale difficile et ses retombées sur l’économie nationale, un assouplissement au niveau du taux d’intérêt directeur serait le bienvenu. « La situation en Europe, en particulier dans la zone euro, est des plus complexes. La demande et la valeur de l’euro sont en repli. Maurice, qui rappelons-le, dépend à plus de 60 % du grand marché européen pour ses exportations et ses arrivées touristiques, entre autres, est sérieusement affectée. De plus, les pays qui font bien, tels la Chine et l’Inde, ont eu à revoir leurs taux de croissance à la baisse. C’est dire comment la conjoncture internationale est des plus compliquée pour notre économie », a argué le président du JEC.
Louis Rivalland a également souligné que le différentiel entre les taux d’intérêt pratiqués ailleurs et celui de Maurice « n’est pas en notre faveur », d’où, selon lui la marge de manoeuvre dont dispose le MPC pour un assouplissement de la politique monétaire. Le président du JEC a également observé que l’inflation est mieux contrôlée, la progression de la year-on year inflation (comparaison entre l’indice des prix à la consommation pour un mois donné et son niveau pour le mois correspondant de l’année précédente) a été ralentie, se situant à 4,1 % en février 2012. Le JEC soutient que les pressions inflationnistes ont diminué mais reconnaît que l’évolution des prix des produits pétroliers mérite une attention particulière.
« Les priorités pour nous dans la conjoncture doivent être l’investissement et la préservation des emplois. Avec un taux de croissance estimé entre 3,5 % et 3,7 % attendu pour 2012, on réalise qu’on est en dessous de ce qui doit être atteint pour un développement durable. Une baisse du taux d’intérêt est donc souhaitée », a poursuivi Louis Rivalland. Cependant, le président du JEC a fait remarquer qu’il n’est nullement partisan d’une dépréciation continue de la roupie et considère qu’il y a des efforts à faire pour améliorer la productivité tant au niveau des entreprises que de l’économie en général. Mais, devait-il souligner, « on ne peut ignorer ce qui se passe ailleurs, surtout dans nos principaux marchés ». Les indications, selon lui, sont que la valeur de la roupie est au-dessus de ce qu’elle aurait dû être.