Le projet visant à transformer la base américaine de Diego Garcia en un « Guantanamo Bay-style prison camp » en vue de détenir quelque 500 terroristes présumés d’Al Qaeda continue à hanter les relations entre Londres et Washington. Le quotidien britannique conservateur The Daily Telegraph fait état dans son édition d’hier des « details of America’s requests to use British territory of Diego Garcia in network of secret prison sites ». Cette demande officielle des autorités américaines remonte à 2001, soit au lendemain des attaques terroristes meurtrières du World Trade Center à New York du 11 septembre. Pour situer ces révélations sur les intentions des États-Unis, le quotidien cite des déclarations des officiels britanniques en poste à Diego Garcia lors de la période de ces tractations militaro-diplomatiques de haut niveau.
Des détails précis du projet américain pour faire de Diego Garcia une prison secrète pour la torture des présumés terroristes appréhendés en Afghanistan font partie d’un rapport de 3 600 pages de documentation secrète compilés par des membres du US Senate Intelligence Committee et portant sur le « CIA’s secret kidnap and torture programme ». En principe, le rapport de cette instance du sénat américain aurait dû être rendu public depuis la semaine dernière. Mais les membres ont objecté formellement en raison de la censure du rapport pratiquée par la CIA.
Le Daily Telegraph souligne à ce sujet que « the US Senate was expected to release a report on Bush-era torture and rendition programmes last week, but the controversial document is back in limbo after senior Democrats criticised excessive censorship of the report and vowed to fight the redactions made by the CIA ». La présidente de ce comité du Sénat américain, Diane Feinstein, est d’avis qu’avec le nouvel exercice en cours, la publication de ce rapport accablant sur la CIA a été reportée pour quelque temps encore.
La teneur de ce rapport pourrait mettre à rude épreuve la position du gouvernement britannique, qui se cache derrière un « épais rideau de fer d’ignorance alléguée » quant à la présence illicite de terroristes présumés sous le contrôle des Américains à Diego Garcia. Avec les dernières informations publiées par le Daily Telegraph, il devient de plus en plus évident que le gouvernement du Premier ministre d’alors, Tony Blair, était informé des véritables desseins de l’ancien président des États-Unis George W. Bush par rapport à Diego Garcia.
Le journal britannique, qui confirme que ce projet des Etats-Unis pour opérer une prison de haute sécurité à la Guantanamo Bay, cite également des témoignages des responsables britanniques pour des « first hand informations » à cet effet. Le Head of Security britannique sur la base de Diego Garcia, Michael Blyth, indique qu’en 2001, il était en présence de directives sur le potentiel de détention de prisonniers afghans sur cette base de l’océan Indien.
Pas de permission explicite
« There was a discussion of whether or not Diego Garcia would be good as a transitory point for up to 500 prisoners of war coming out of Afghanistan », déclare cet officier britannique, aujourd’hui à la retraite. Un tel projet aurait nécessité l’embauche de quelque 300 gardes-chiourmes, la présence de chiens renifleurs et l’installation de caméras de surveillance. La demande pour le projet de prison à la Guantanamo Bay à Diego Garcia avait été transmise aux Britanniques par l’US Command au Japon.
Le commandant britannique à Diego Garcia de juillet 2001 à février 2003, Adam Peters, corrobore la thèse de son collègue de la sécurité en ajoutant que Londres n’a pas donné de permission explicite à cette demande des Américains. Mais il ajoutera en toute candeur que les Américains auraient pu faire usage des facilités à Diego Garcia sans l’autorisation des Britanniques. « We didn’t really inspect everything because they were military transports. But certainly if it happened it was done with a very light touch, because otherwise we would have noticed lots of people milling around », déclare Adam Peters en ajoutant que « I can’t imagine the Americans would have asked, because they would have been told « no ». The British government would not have been told about the whole thing. If it did happen, we did not know. I guess there were a couple of rendition flights. Well, so they snuck a couple through ».
L’éventuelle confirmation de la complicité des Britanniques dans des cas de torture (Rendition), avec le rapport confidentiel du Sénat américain, mettrait le Foreign and Commonwealth Office et le gouvernement britannique dans de profonds embarras avec l’ONG Repreive, déjà sur le qui-vive, pour rappeler les autorités britanniques à leurs responsabilités premières sous le respect des Droits de l’Homme, notamment en ce qui concerne le cas d’Abdel Hakim Belhadj, et sa femme enceinte, Fatima, qui ont été victimes d’« extraordinary rendition from Libya by the CIA in an operation aided by intelligence provided by MI6 » avec un transit à la base de Diego Garcia.
Cette affaire fait actuellement l’objet d’un procès devant la Haute Cour de Londres avec les hommes de loi des victimes affirmant que « said the fact that Britain had discussed the possible uses of Diego Garcia in such detail raised real questions over whether the British government had simply turned a blind eye to America activities on the island ».
Une affaire à suivre…