Le gouvernement se félicite de la décision du Tribunal Arbitral sur les Chagos, institué sous la United Nations Convention on the Law of The Sea (UNCLOS), rejetant la demande de Londres pour exclure tout débat sur la question de la souveraineté territoriale de Maurice. C’est ce que confirme le Premier ministre Navin Ramgoolam au quotidien britannique The Guardian, dans ses premiers commentaires sur le Ruling signé du président du Tribunal, le Pr Ivan Shearer. L’une des conséquences politiques de ce Ruling est que pour la première fois, la Grande-Bretagne sera forcée à fournir des explications sur la décision unilatérale pour décréter une Marine Protected Area aux Chagos en excluant la base nucléaire américaine de Diego Garcia et également sur le démembrement du territoire de Maurice à la veille de l’accession à l’indépendance le 12 mars 1968.
De passage à Londres durant le week-end, Navin Ramgoolam s’est entretenu avec The Guardian pour faire état de ce nouveau développement dans le cadre de la revendication de la souveraineté de Maurice sur les Chagos. « We welcome the fact that the United Nations Tribunal will have the whole case before it when it next meets. Never before have the United Kingdom had to explain why they detached the Chagos from Mauritius », s’est-il appesanti dans sa première déclaration de presse sur ce Ruling rendu par le panel de juges des Nations unies le 15 janvier dernier et accessible au grand public sur le site internet de la Cour Permanente d’Arbitrage depuis le 22.
Comme révélé dans l’édition du Mauricien d’hier, fin octobre 2012, la Grande-Bretagne avait saisi le Tribunal Arbitral d’une objection de fond quand à ses attributions pour se pencher sur la question de souveraineté de Maurice sur les Chagos. En préambule aux commentaires du Premier ministre, The Guardian situe le véritable enjeu politico-diplomatique avec ce revers subi après une audience du Tribunal le 11 janvier dernier à Dubayy.
Sous le titre « Britain faces UN Tribunal over Chagos Islands Marine Reserve », le quotidien britannique dans son édition du jour note que « the unexpected ruling this month by the Permanent Court of Arbitration in The Hague that it can hear the case is a challenge to the UK’s unilateral declaration in 2009 of a marine protected area around the Chagos Islands. Decisions by the tribunal, which arbitrates in disputes over the United Nations law of the sea, are binding on the UK. At the preliminary hearing the UK’s attempt to challenge the court’s jurisdiction was defeated. Britain is now obliged to explain highly sensitive political decisions dating back to 1965 ».
« No Take Policy »
The Guardian reprend le fait que cette nouvelle bataille juridique engagée par Maurice depuis bientôt deux ans soulève des questions fondamentales portant sur la souveraineté de Maurice sur l’archipel des Chagos. « Mauritian government officials believe it could lead to the unravelling of Britain’s disputed claim and the eventual return of the islanders. The Mauritian Prime Minister, Navinchandra Ramgoolam, has also alleged that the decision to establish a 545,000 sq mile marine reserve was carried out in defiance of assurances given to him at the time by the then UK Prime Minister, Gordon Brown », note le quotidien de Londres.
Navin Ramgoolam ajoute que « I was taken completely by surprise when the UK high commissioner came to see me [in 2009 to announce creation of the marine reserve]. I said I was about to go and meet the [British] prime minister in Trinidad. I was on very good terms with Gordon Brown. I told [Brown] you must put a halt to the marine protected area. Gordon Brown said he would put a hold on the whole thing. He gave formal instructions to David Miliband [then foreign secretary] not to go ahead with it. But David Miliband ignored it. He wanted to show he was doing something for the environment ».
Le Premier ministre s’est appesanti sur le fait que les autorités mauriciennes n’avaient pas été consultées et s’est élevé contre la dérogation de No Take Policy de la Marine Protected Area des Chagos adoptée autour de la base nucléaire des Américains à Diego Garcia.
« By creating the protected marine area, Britain did not take into account Mauritius’s rights and those of the Chagossians it evicted from Chagos », soutient le Premier ministre, qui fait ressortir un peu plus loin que « Mauritius is not opposed to a marine protected area. On the contrary, we support conservation. We are very happy to work against illegal fishing ».
Conscient que l’arbitrage sous les dispositions de la United Nations Convention of the Law of the Sea sur la question de l’intégrité territoriale pourrait être préjudiciable aux intérêts de la Grande-Bretagne, le Foreign and Commonwealth Office ne cache pas sa déception face au Ruling du Tribunal Arbitral.
À cet effet, The Guardian rapporte que « The Foreign Office said it was “disappointed” with the tribunal’s decision. “It seems out of sync with other, similar cases and may slow the process down”, it said. “However, this is only a procedural decision. It does not address the substance of the issues at hand – neither the arbitral tribunal’s jurisdiction nor Mauritius’s claim. We have no doubt about our sovereignty of BIOT, and are confident that Mauritius’ claims are without merit”. ».
La prochaine étape du Tribunal Arbitral, constitué sous l’annexe VII de la United Nations Convention on the Law of the Sea, s’annonce des plus cruciales que ce soit pour la Grande-Bretagne comme pour Maurice d’autant plus que l’échéance de 2014 se précise…