Le diocèse anglican à Maurice vivra demain un événement historique avec l’installation de la première femme dans le clergé. Cette idée fait son chemin depuis 2006 et les responsables de l’Église anglicane ont porté finalement leur choix sur Patricia Cox Mc Gregor — d’origine américaine et ordonnée prêtre en 2006 — pour ouvrir ce chemin de prêtrise au féminin à Maurice. Dans un entretien accordé au Mauricien mercredi dernier la nouvelle membre du clergé anglican refuse de faire une comparaison entre l’homme prêtre et la femme prêtre mais reconnaît que celle-ci peut apporter une touche différente dans les affaires de l’Église en raison de sa sensibilité. C’est cette même sensibilité qui selon elle pourrait contribuer à « éliminer certaines situations ambiguës et négatives » qui nuisent à l’image de l’Église.
Quelles sont les fonctions d’un prêtre de l’Église anglicane
Les fonctions d’un prêtre anglican, qu’il soit homme ou femme, sont les mêmes. Son rôle est de prendre soin des paroissiens qui lui ont été confiés en tant que prêtre. Cela veut dire les nourrir de la parole de dieu, prendre soin d’eux telle une mère qui prend soin de ses enfants, leur prodiguer conseils. Mais la principale tâche est de les accompagner dans leur cheminement spirituel. Cela se fait de différentes manières comme par exemple, prêcher, présider les cérémonies, s’occuper des groupes des jeunes, faire du marriage counselling. Pour pouvoir accomplir ses tâches, il faut avant tout être un ami et aimer les autres. Il faut aussi pouvoir se donner pleinement dans ce que dieu nous a demandé de faire
Depuis que vous avez été ordonnée en 2006 vous êtes restée à Madagascar ; est-ce une demande de votre part de venir exercer votre ministère maintenant à Maurice ?
Pas du tout. C’est au mois de février dernier que l’archevêque Ian Ernest m’a demandée de considérer la proposition de venir servir à Maurice. Ma première réaction était de dire non en raison des responsabilités de mon époux qui est évêque à Madagascar. Outre mes responsabilités propres au sein de l’Église je suis à côté de lui pour sa mission. Mon époux et moi avons discuté de cette requête et avons prié ensemble pour connaître le plan de dieu. Juste après la Pâques nous sommes venus ici pour une semaine en vue de rencontrer Mgr Ernest et pour rencontrer aussi quelques paroissiens de Tamarin. Me voilà chez vous depuis la deuxième semaine du mois d’août. Je suis convaincue que c’est une belle occasion qui m’est donnée pour aller plus loin dans ma vie spirituelle. Étant donné que mes deux enfants âgées de 22 et 23 ans ont déjà terminé les études universitaires et ont commencé à travailler je me suis dit que je pourrais répondre à cet appel pour Maurice. Je n’aurais pas pu y répondre si elles étaient encore plus jeunes et qu’elles avaient encore besoin de moi. Vous connaissez les défis d’équilibrer la vie familiale et les autres activités professionnelles, sociales et religieuses. Je suis seule ici parce que mon époux ne peut pas quitter son poste d’évêque à Madagascar.
Connaissiez-vous l’île Maurice avant d’accepter d’y venir ?
Pas beaucoup. J’y suis venue pour la première fois avec ma famille il y a environ douze ans. Nous sommes venus de Madagascar et nous étions là pour nous reposer principalement et nous n’avons pas eu le temps de découvrir vraiment le pays et sa population. Je voudrais dire que la famille est dans la région depuis vingt ans.
Rien qu’un mois que vous êtes à Maurice, est-ce que vous arrivez à vous adapter au pays et aux réalités de cette paroisse de Tamarin ?
Jusqu’ici je n’ai pas eu de grosses difficultés à me faire accepter même si je ne parle que l’anglais. À Madagascar, je parlais couramment la langue malgache mais pas le français. Je ne comprends pas encore la langue kreol mais j’ai retenu quelques mots qu’on entend dans la vie de tous les jours ainsi que quelques noms de plats typiquement mauriciens et qui sont d’ailleurs très bons. Les paroissiens sont formidables et m’aident à intégrer la paroisse. J’ai eu l’occasion de me présenter la semaine dernière aux fidèles de l’Église catholique lors d’une cérémonie de prière à Rivière-Noire. Ils m’ont applaudie et cela m’a fait vraiment chaud au coeur.
Sentez-vous à l’aise dans un clergé à dominance masculine ?
Je sens que j’ai le soutien de l’archevêque Ian Ernest et de tout le clergé. Je veux tout simplement être moi-même, être cette personne que Dieu veut que je sois et utiliser tous les talents et dons qu’il m’a donnés pour guider les paroissiens de Tamarin. Pour moi être prêtre ne doit pas être conditionné au statut d’homme ou de femme mais c’est tout simplement vivre l’appel de dieu. Live out your calling. Dieu nous a appelés pour une mission et il a ouvert cette mission à tous.
Et l’attitude de vos collègues masculins envers vous ?
D’après ce que je constate, ils acceptent ma présence et ils sont très accueillants. Mais je crois qu’il faut poser cette question à l’archevêque…
Vous êtes prêtre depuis six ans, quelle est la valeur ajoutée d’une femme dans la prêtrise ?
L’homme est la femme sont faits différemment et ont chacun des talents différents à offrir au monde. Une femme prêtre n’est pas en compétition avec un confrère homme mais elle a certainement des qualités différentes telles que la compassion, la tendresse, la beauté, le “nurturing”. Je ne dis pas que l’homme n’est pas capable de compassion mais les femmes sont beaucoup plus sensibles à certaines choses et cette sensibilité féminine peut être un atout dans l’Église. Je pense que la présence d’hommes et de femmes dans un clergé d’une manière équilibrée donne à l’Église toute sa raison d’être et sa plénitude. Dans notre rôle de conseiller il y a souvent des situations où il serait mieux que ce soit une femme plutôt qu’un homme qui soit à l’écoute d’une paroissienne venant chercher conseils. Si cette personne est en train de pleurer je peux par exemple, pour la consoler, poser ma main sur la sienne ou la prendre dans mes bras. I can embrace her. Mais si un homme fait ce geste, cela peut donner lieu à toute sorte d’interprétations qui peuvent nuire à sa fonction de prêtre. Il y a aussi des questions sur lesquelles les femmes se comprennent mieux et se sentent plus à l’aise de se confier à une autre femme. Cette compréhension mutuelle peut faciliter le processus du counselling et aider à trouver plus rapidement des solutions à des problèmes spécifiques. Un autre domaine où les femmes apportent souvent une touche différente est la beauté, l’embellissement. We like to make sure that things are beautiful around us.
Pourriez-vous nous donner un exemple concret où cela peut faire la différence ?
Voici un petit exemple récent que j’ai vécu. La paroisse St Simon à Tamarin où je vais exercer mon ministère est nouvelle et la première chose à laquelle j’ai pensé dès que je suis arrivée est l’étendard de la paroisse même s’il n’y a pas encore d’église. J’en ai parlé aux paroissiens et tout le monde s’est mis à l’oeuvre pour le faire et j’en suis ravie. Je me demande si un male priest aurait pensé à ce genre de choses en premier. Ce n’est pas qu’un symbole. Cela donne un ton à la vie paroissiale et cela permet de créer l’atmosphère appropriée dans l’église. Nous sommes tous réunis autour de cette bannière et cela crée un ensemble qui est très important dans la vie de l’Église. Depuis des générations, les femmes ont toujours créé l’atmosphère dans leur foyer pour donner goût à la vie familiale. Et c’est la même atmosphère de convivialité, de chaleur humaine, de l’accueil que les femmes prêtres essaient de créer dans l’église.
Vous occupez un poste de responsabilité au sein de l’Église anglicane ; pensez-vous que les femmes dans le monde sont égales aux hommes quand il s’agit d’occuper des fonctions de haut niveau dans le domaine professionnel ou autre ?
Le monde aujourd’hui a besoin de personnes talentueuses indépendamment de leur sexe ou de leur fonction. Mais je dois admettre que dans plusieurs parties du monde, des femmes sont toujours en train de mener un combat pour être à des postes de responsabilités. Les femmes qui ont eu un beau parcours au niveau académique, les qualifications requises et qui sont armées pour être dans des rôles de leaders doivent comprendre qu’elles ne doivent pas renoncer à ce genre de possibilités.
La possibilité qu’une femme soit évêque est un élément de profonde divergence au sein de l’Église anglicane au point où certains au sein du Church of England ont menacé de quitter l’Église ; vous voyez-vous dans l’habit de l’évêque un jour ?
Je sais que dans certains diocèses en Amérique, ils songent à l’ordination d’une femme comme évêque en 2013. Pour ma part, je ne songe nullement à cette fonction. One bishop in the House is enough… Plus sérieusement, d’ailleurs ce n’est pas nous qui décidons, laissons dieu faire son oeuvre.
Les figures emblématiques féminines dans les textes bibliques n’ont-elles qu’une résonance symbolique ? Vous inspirent-elles dans votre fonction de prêtre ?
Ces personnages sont des role models pour nous tous indistinctement. J’avoue que Esther dans la bible m’inspire beaucoup. Elle se trouvait dans une position qui lui permettait de sauver son peuple et je ne crois pas qu’elle aurait pu le faire si dieu ne l’avait pas appelée à cette mission. Je voudrais ajouter que les caractéristiques d’un leader dans l’Église ne varient pas selon que la personne est un homme ou une femme. Tous ceux qui sont appelés à prendre des responsabilités dans l’Église doivent tous être des personnes intègrent et elles doivent être des role models dans la société.
Quelle est votre position au sujet du mariage des homosexuels sur lequel il y a divergences au sein de l’Église anglicane ?
I don’t believe it is God’s ideal for marriage.
Les églises chrétiennes ont été ternies ces denières années par des scandales de pédophilie ; pensez-vous que la présence des femmes dans des clergés peut contribuer à éliminer ce type de problème ?
Je crois que notre présence à des postes de responsabilité peut favoriser un environnement sain et contribuer à la bonne marche de l’Église. Women are naturally mothers and we have a lot to offer. We have been created to nurture and we have a strong love for people. And I think we can offer that love to church. Par cela, je veux dire que la femme prêtre en vivant sa vie de femme, d’épouse, de mère et de prêtre dans toute sa plénitude peut parfois aider à éliminer certaines situations ambiguës et négatives qui nuisent à l’image de l’Église.
Vous êtes une pionnière dans la prêtrise anglicane à Maurice. Par rapport à l’oecuménisme pensez-vous que vous pourriez travailler avec les clergés des autres églises chrétiennes qui sont essentiellement masculins ?
Je ne crois pas que l’archevêque Ian Ernest m’aurait demandé d’être ici si je n’avais pas le potentiel et les aptitudes nécessaires. En effet, l’oecuménisme fait partie de notre mission de prêtre. Une des clés pour une positive working relationship est le respect mutuel, la dignité et l’intégrité.
Avez-vous des projets immédiats pour la construction de cette paroisse naissante ?
Je ne suis ici que depuis un mois et je ne veux rien imposer. C’est sûr que j’ai quelques idées pour le développement de cette paroisse mais je n’ai encore rien discuté avec Mgr Ernest. Je suis là pour servir et la chose la plus importante pour l’heure et à laquelle je me suis déjà attelée est d’aider les paroissiens à renforcer leur foi.
Madagascar est presqu’un pays d’adoption pour vous car vous y êtes depuis 1991 ; quel est votre sentiment concernant la crise politique qui secoue le pays ?
La situation semble décliner de plus en plus. J’aime ce pays et sa population et cela me fait profondément mal de voir dans quel état chaotique ce pays se trouve aujourd’hui. J’ai envie de pleurer. Je suis triste pour les Malgaches qui sont des gens formidables et qui ont le sens de l’hospitalité et l’esprit communautaire. Malgré leur vie précaire, ils ont beaucoup d’amour à offrir aux autres et ils vivent l’entraide. La pauvreté à Madagascar et dans le monde m’attriste.