Ainsi donc le Privy Council se considère incompétent pour trancher la question de nullité des élections du 5 mai 2010, suite au refus des aspirants candidats du Rezistans ek Alternativ et du Blok 104 de décliner leur appartenance communale sur les Nomination Forms. Les Law Lords avouent ne pas avoir de juridiction. Mais qui l’a ?
Des anglais nous indiquent des entourloupettes à faire via Cour Suprême, via Appel Cour Suprême, via instances politiques et le détour accompli, revenir ensuite vers eux. En vue de nous tourner en bourrique, on ne fait pas mieux ! Les Law Lords ont, tout au long de ce contentieux, donné dans une longue série d’attentes et d’aléas procéduriers, le tout dans un temps allongé à volonté, un peu comme l’on fait de ces contes racontés aux enfants en leur tenant longtemps en haleine pour finir, à la fin, par leur dire que « … le chien a volé le gigot ».
Il semble évident que les « Law Lords » ne voudraient pas se mêler de cette affaire mauriciano-mauricienne. C’est comme pour nous dire, en lisant entre les lignes, qu’il nous appartient, à nous, de savoir par quel type de Mauriciens nous voulons nous-mêmes nous définir et dans quel modèle électoral… Ils nous feraient comprendre qu’au fond ce n’est pas trop leur affaire. Tout cela est lié dans la déclaration finale des Law Lords. De cette décision, la dignité nationale demande ce qu’on va maintenant en faire et de quoi l’avenir sera fait. Les anglais, pour parler en termes justes, nous envoient royalement balader !
Le temps ne serait-il pas venu de concevoir un système judiciaire de la République d’aujourd’hui qui nous permettrait, à nous Mauriciens, ici, chez nous, d’aller jusqu’au bout de nos contentieux juridiques pour éviter de pareil camouflet à l’honneur et la dignité nationale ? Un sursaut de dignité républicaine ne devrait-il pas nous encourager à faire évoluer notre judiciaire pour intégrer et orienter jusqu’au bout, à l’exemple du Conseil d’État en France, tous nos contentieux administratifs et électoraux ? Cette évolution rendue aujourd’hui, sans doute, plus que nécessaire nous amènerait à « revisit » nos lois électorales allant du transfugisme en passant par le renforcement du pouvoir de la Commission électorale, du financement des Partis, de l’utilisation de l’appareil d’État en période électorale, de la déclaration des communautés des candidats et les modalités législatives que cela suppose.
Le temps n’est-il pas venu pour notre pays d’entrer dans l’ère d’une « République » nouvelle ? Une « République » qui imposerait notre souveraineté vraie sur le plan mondial et non une qui, comme celle du jour, nous réduit à un Etat-croupion, comme le feraient nos « Law Lords » avec tout le respect dû à leur égard. Une « République » respectueuse de la liberté de tout citoyen d’accéder à l’éligibilité électorale. Une République où la représentativité nationale serait une et libérée de toute séquelle coloniale. Une « République » qui se mettrait en place, mue par la bonne volonté collective et le bien public bien compris, au-delà des clivages d’étroits intérêts particuliers. Une République où toutes les voix, dont celles de la génération Facebook, compteraient. Une « République » enfin qui annoncerait un printemps mauricien dans l’unité et la paix sans les terribles convulsions et violences qui ont mené au combien salutaire printemps arabe.