Les textes de Letansa, le dernier album de Richard Beaugendre, sont désormais disponibles en français. Le 23 septembre, le chanteur-poète sera sur la scène de l’IFM pour marquer le lancement officiel du projet. Une occasion de comprendre cette initiative et de donner la parole à Richard Beaugendre, qui précise que c’est “un moyen de toucher le public francophone”.
Letansa devient Entre-temps. D’où est venue l’idée d’une traduction des textes de votre album ?
L’idée d’une traduction des textes m’est venue l’an dernier lors du lancement officiel de l’album Letansa au Conservatoire de Musique François Mitterrand, puis à l’IFM, où il y avait une forte présence du public francophone. Suite à mes prestations, j’ai compris que mes textes les avaient touchés et qu’ils s’étaient sentis interpeller par les thèmes que j’évoquais, bien qu’ils soient en kreol. Il manquait toutefois ce petit plus qui aurait fait que l’échange soit plus que parfait. C’est pour me rapprocher un peu plus des mélomanes francophones que j’ai imaginé Entre-temps. Mais à l’époque, les choses n’ont pas pu se faire. L’idée s’est finalement concrétisée grâce au soutien de l’IFM, sans qui cela n’aurait pas été possible.
Quelle est la pertinence d’une telle initiative ?
Avec Entre-temps, je veux mettre en avant la poésie kreol. La faire briller dans toute sa splendeur, dévoiler toute sa beauté pour qu’elle s’épanouisse davantage. Je veux aussi toucher un plus large public. Je considère ma musique comme étant universelle. Et elle peut dépasser les frontières. D’ailleurs, bien que je chante en kreol, j’ai par moments l’impression que mes textes sont déjà traduits en français, en anglais ou même en chinois. Et que le monde entier peut comprendre et se retrouver dans ce que j’explique. Cela peut paraître farfelu mais pour être plus clair, je dirais que mes chansons sont comme des lumières qui brillent pour tout un chacun.
Est-ce cela votre but ?
Je souhaite avant tout toucher le marché francophone. Faire en sorte que mes messages débouchent sur d’autres horizons. Les faire découvrir à l’étranger, tout en exportant mes idées et ma musique. Vendre la poezik mauricienne. Mais le travail est loin d’être achevé. Parski letansa ki arive ? Fini la mem ? Non, il faut viser plus loin.
Pensez-vous que vos messages sont aussi percutants en français ?
La puissance d’un message réside dans le texte original. Il faut admettre que toute traduction s’accompagne d’une certaine perte du sens des mots. Une phrase qui peut être percutante en kreol peut ne pas avoir cette même force en français. En kreol, un mot peut résumer toute une idée alors qu’en français, ce n’est pas le cas. Tex orizinal-la ki mama-la !
Avez-vous l’intention de poursuivre dans cette voie ?
Jusqu’à présent, j’ai toujours composé en kreol. La raison est toute simple. Je respire, dors, rêve en kreol depuis toujours. Mo leker bat an kreol. Ce n’est pas aujourd’hui que cela va changer. Je n’envisage donc pas d’écrire en français ou en anglais. Mais je suis et serai toujours ouvert à toute proposition.
Vous êtes connu et apprécié pour être un artiste à textes. Parlez-nous un peu du poète.
La question qu’il faut se poser avant tout est celle-ci : qu’est-ce que la poésie ? Ce sont en fait tous ces sentiments, ces émotions qui sont enfouis au plus profond de nous et que nous laissons échapper à travers des mots. Un mode d’expression et de liberté. La poésie est donc en chacun de nous.
Pour ma part, la poésie est un travail à long terme. C’est une musique qui joue continuellement. Des mots qui voyagent dans ma tête, que je sois éveillé ou endormi. Elle est ancrée en moi.
Quel est votre combat en tant qu’artiste ?
Je ne parlerais pas de combat, mais plutôt d’une guerre sans fin. Pour ma part, je ne suis qu’un artiste qui s’inspire de ce qui l’entoure pour évoquer les injustices de la société. Je suis une pièce du puzzle. Je suis là pour m’exprimer, partager mes idées et éveiller les consciences. Ceux qui se prétendent des combattants s’engagent dans une guerre perdue d’avance. Parce qu’au bout de quelques années, on constate que les choses sont toujours pareilles. À quoi ça sert de mener un combat ?
Qu’espérez-vous changer à travers votre musique ?
Je sais qu’ils sont nombreux à se retrouver dans mes textes. Je veux ainsi soulager la douleur autour de moi. Faire que ma musique soit la réponse à des souffrances.
Y a-t-il autre chose que les fléaux de la société qui vous interpelle dans l’écriture de vos chansons ?
Les actions sociales menées par de nombreux Mauriciens de nos jours semblent positives. Il y a une grande solidarité de la part de nos compatriotes. Ils sont prêts à intervenir et à apporter leur soutien dans toutes les situations. Sans pour autant broyer du noir, je me demande toutefois si ces actions ne servent pas uniquement à dissimuler des choses plus importantes.
Quelle est votre vision de notre société ?
Eski mo kapav ena enn vizion pozitif nou sosiete kan mo pe trouv tou se ki pe pase otour de mwa ? Nou pe derasine partou kote. Zanfan pou nepli kone ki apel enn pie mang. Pou trouv enn pie banann, pou bizin al dan mize. Dans quelques années, Maurice sera un pays artificiel. Notre luxe se résumera aux nombreux bâtiments qui seront implantés dans les quatre coins de l’île…