Construite au début des années 1960 dans le sillage de la destruction massive des habitations mauriciennes par le cyclone Carol, la cité Riche-Lieu est aujourd’hui une communauté vibrante et soudée, tournée vers l’avenir. Pendant longtemps ce village d’environ 9 000 âmes, situé sur la route de Port-Louis – Rivière-Noire entre Grande-Rivière-Nord-Ouest et Petite-Rivière, a été ignoré de tous. Depuis peu, certains de ses habitants ont pris leur destinée en main et les choses changent petit à petit.
« Il fallait voir cette cité quand je suis venue y habiter il y a 27 ans ! » ne peut s’empêcher de dire Roselyne Young Shee, représentante de Riche-Lieu au conseil de district de Rivière-Noire et membre du conseil de village de Riche-Lieu. « Il n’y avait rien : aucune infrastructure sociale ni point de lumière, comme aujourd’hui. Les gens étaient laissés à eux-mêmes et les jeunes désoeuvrés ! » se rappelle cette ancienne présidente du conseil de village et du conseil de district de Rivière-Noire.
Interpellée par cette indigence, Roselyne Young Shee sera sensible à l’appel d’un autre habitant de Riche-Lieu, Francis Victor, pour se retrousser les manches. « C’est Francis Victor qui nous a tous inspirés pour faire quelque chose pour notre village », explique humblement cette mère de deux filles. Elle sera appelée par la suite à assumer de très hautes responsabilités pour sa communauté : la présidence du conseil de district de Rivière-Noire.
Pour de nombreux membres du conseil de village de Riche-Lieu, à l’instar de Roselyne Young Shee et Cyril L’Inconstant, qui assume actuellement les fonctions de président du conseil, M. Victor aura été le catalyseur de leur engagement social. « Francis finn fer nou pran conscience ki nou bizin kapav fer kiksoz pou nou landwra ! » raconte M. L’Inconstant.
Au début, ce petit groupe d’habitants de cité Riche-Lieu oeuvrait chacun de son côté dans diverses organisations sociales de la communauté. Puis, petit à petit, le besoin s’est fait sentir de mieux structurer leurs actions sociales et c’est ainsi qu’en 2005, ils ont formé un groupe, qui a décidé de briguer les élections villageoises. « L’engagement politique est un levier supplémentaire au levier social pour mieux servir la communauté », lance Francis Victor avec philosophie. « Nous avons senti que nous aussi nous pouvions apporter notre pierre à l’édification d’une société meilleure à travers un engagement plus ciblé », ajoute-t-il.
De victime Nadine Triton est aujourd’hui actrice active de la vie sociale de son quartier. « An tan ki squater dan Riche-Lieu, mo finn decouvert ki mo kapav fer kiksoz dan social et mo finn decide angaz moi dan konsey », raconte-t-elle pour expliquer sa présence dans l’équipe.
Dernière à intégrer le groupe en décembre 2010, Devika Chand dit avoir voulu apporter sa contribution. « Avec le soutien de mon époux Breejdeo, j’ai constaté que j’avais moi aussi mon rôle a joué. »
Et c’est non sans fierté que le groupe jette un regard sur le chemin parcouru depuis 2006. « Nous avons un bilan qui parle de lui-même », avance Roselyne Young Shee. « Nou landrwa ti pe koule ! » lance Cyril L’Inconstant. Pour ce père de cinq enfants et cinq petits-enfants, l’engagement social est un moyen de « sauver les gens de la communauté de Riche-Lieu ». « Bann zen pas ti ena narien pou fer. Zot ti pe kumans tom dan la drogue », se rappelle-t-il.
Une des toutes premières réalisations du groupe aura été de s’attaquer à la prolifération de la drogue dans le quartier. « Riche-Lieu était gangrené par de très nombreux fléaux sociaux quand je m’y suis installée », se souvient Roselyne Young Shee.
« Zordi nou kapav dir ki problem la drogue dan Riche-Lieu finn bien régresse », s’enthousiasme Lynley Émilien, un autre membre du conseil du village, qui en a été le président en 2009. Initialement engagé dans la réhabilitation des enfants en difficulté scolaire à l’École complémentaire du village, ce père de trois adolescents a vite trouvé sa voie au sein de l’équipe du conseil du village.
Ses programmes de prévention et de réhabilitation des toxicomanes, le conseil de village les a faits en collaboration étroite avec la NATReSA (National Agency for the Treatment and Rehabilitation of Substance Abusers). « Nou finn reissi fer sa san britalite » se félicite pour sa part le conseiller Cyril L’Insconstant.
« Seki nou finn reissi, zame nou ti pou reissi si pa ti ena sa lespri dekip-la », explique de son côté un autre membre du conseil, Geerish Moher, qui a été lui aussi un ancien président du conseil de village.