Ces maisonnettes construites par l’ex-CHA avaient accueilli des familles démunies au début des années 80. Avec le temps, elles en sont devenues propriétaires. Sauf que le temps a aussi démontré des faiblesses dans la construction : ces maisons ne disposent pas de colonnes, les murs ont craqué et le plafond s’effrite, blessant même des occupants. Après avoir tenté en vain de trouver une solution auprès de différents gouvernements, ils ont écrit une pétition commune au ministre du Logement et des Terres, Showkutally Soodhun.
Carmen Louis vit dans une petite pièce en tôle avec son neveu handicapé. Cette habitante de la cité Richelieu qui a hérité de la maison familiale a été contrainte de construire une habitation de fortune dans sa cour pour sa sécurité. « On ne peut dormir dans cette maison. Elle peut s’effondrer à n’importe quel moment. Comment faire avec mon neveu handicapé ? Heureusement que nous avions suffisamment d’espace dans la cour pour construire cette pièce en tôle. Autrement, je ne sais pas ce que j’aurais fait. »
Cette maison, les parents de Carmen Louis l’ont pourtant achetée de l’État. Même s’il s’agissait d’une modique somme, étant un logement social. Mais avec le temps, c’est devenu un danger. Les murs de la maison sont fissurés de partout. Les portes et les fenêtres ne se ferment plus. L’une des pièces de la maison où le crépissage du plafond s’était détaché a été condamnée. Les barres de fer utilisées pour la dalle sont suspendues. « Mon neveu dormait dans cette pièce. Quand il pleuvait, il s’asseyait sur le lit dans un bassin d’eau. Comment pouvais-je le laisser dans ces conditions ? »
Une vingtaine de familles vivant dans ce quartier connaissent la même situation. Ceux qui ont les moyens ont rasé leurs maisons pour en construire une autre. Mario Maudarbaccus, travailleur social de la localité, indique que « les plus démunis n’ont pas trouvé les moyens de reconstruire. Certains ont essayé de colmater les fissures, mais dans d’autres cas, elles sont trop importantes. Et puis, il y a la question de l’insécurité également. »
Pertes matérielles
Marie-Thérèse Joseph vit dans la même situation que Carmen Louis. Sa mère, qui habite avec elle, s’est retrouvée récemment avec trois points de suture à la tête. « Une partie du plafond lui est tombée sur la tête. Cela aurait pu être plus grave », confie-t-elle. Depuis ce jour, ajoute cette habitante de Richelieu, elle ne dort plus sur ses deux oreilles. « Mes neveux et nièces dorment dans une pièce à côté. Pendant toute la nuit, je me réveille pour aller voir s’ils se portent bien. Depuis cet incident, je n’ai pas l’esprit tranquille. J’ai peur que quelque chose de grave ne se produise. »
Marie-Thérèse Joseph montre l’état de son téléviseur neuf. Il n’y a pas longtemps, un bloc de ciment est tombé dessus. « Heureusement qu’il marche encore », commente-t-elle. Ses provisions ont eu moins de chance. En décembre dernier, lors des grosses pluies, elle a perdu tout le riz qu’elle venait d’acheter. « J’ai dû jeter une balle de riz et j’ai eu droit à une allocation de Rs 172 de la Sécurité sociale pour cela. Sans compter les commentaires des policiers et des officiers quand vous leur faites comprendre que Rs 172 ne représente rien pour tout ce que j’ai perdu. »
Les habitants du quartier dénoncent le manque de soutien des députés de la circonscription envers eux. « À chaque fois qu’on soulève cette question dans une réunion, on nous dit que ce n’est pas à l’ordre du jour, qu’on s’occupe des drains en priorité. »
Jean Marley Ravina, lui, a empilé des meubles et équipements électroménagers abîmés dans sa cour. « Si je ne devais pas acheter de nouveaux meubles et de nouveaux appareils à chaque fois, peut-être que j’aurais déjà construit une nouvelle maison. En trois occasions ma télé a été abîmée par la pluie. » Il nous guide à travers les différentes pièces de la maison où les murs ont craqué et le plafond s’effrite. « Pas facile de vivre dans de telles conditions. »
Pour faire entendre leurs voix, les habitants de ce quartier se sont regroupés. Ils sont encadrés par le Muvman Lakaz qui a rédigé une lettre collective au ministre du Logement et des Terres, Showkutally Soodhun. Lindsey Collen, animatrice de Muvman Lakaz, souligne que « le gouvernement a reconnu que les maisons construites à l’amiante représentent un danger pour la santé et a décidé de venir en aide aux familles habitant ces maisons. Mais qu’en est-il pour ceux-là. Quelqu’un est-il au courant des conditions dans lesquelles vivent ces personnes ? »
Jusqu’ici, les démarches individuelles des habitants auprès des autorités n’ont rien donné. Les animateurs de Muvman Lakaz disent avoir écrit trois lettres au ministre Showkutally Soodhun, mais que, jusqu’ici, aucune réponse n’a été obtenue. Il faut souligner que toutes les maisons de la cité Richelieu ne sont pas concernées par ces problèmes. Seules celles construites au début des années 80 après le passage d’un cyclone sont mises en cause. « Le problème c’est qu’il n’y a pas de colonnes. On a utilisé des blocs croisés. Les dégâts causés ne peuvent être réparés. Il faut raser les maisons et en construire d’autres », dit Lindsey Collen.
Elle fait ressortir que la plupart de ces maisons, sont, comme on les désigne aujourd’hui, des « lakaz zeritye ». Ceux qui sont là ont hérité de la maison de leurs parents et y vivent chacun avec leurs propres familles. « Et le gouvernement les considère comme des propriétaires », commente-t-elle.
Elle fait aussi un parallèle avec les sommes investies dans les smart cities pour les résidences de luxe. « Le gouvernement est en train d’aider le secteur privé à construire des villas pour les milliardaires étrangers, alors que nos citoyens vivent dans des conditions déplorables », dit-elle.