C’est seules que de nombreuses femmes de la cité Richelieu doivent affronter la précarité économique au quotidien. Mères de familles, abandonnées par leurs compagnons, certaines d’entre elles font face à une autre épreuve : la maladie. Sans ressources financières, ces femmes de la cité doivent malgré tout élever et scolariser leurs enfants. Quand le moral n’y est plus, le suicide leur semble être l’ultime solution. Mario Maudarboccus et Christina Labonnette, deux travailleurs sociaux, les ont encouragées à ne pas baisser les bras. Avec le peu de moyen dont ils disposent, ils ont décidé de les réunir, chaque mois, autour d’un repas. L’idée est de briser la solitude de ces femmes en détresse et d’encourager le partage. Cependant, dans la région, les travailleurs sociaux ont constaté que les mères abandonnées à leur sort sont de plus en plus nombreuses.
« Je croyais que personne ne pouvait comprendre ma souffrance et n’était disposé à m’écouter. Jusqu’ici, des personnes de mon entourage m’ont tourné le dos. Il y a quelques mois, mon mari m’a abandonnée avec mes deux enfants dont ma fille, qui a été abusée par son oncle : le frère de mon mari. Je me suis retrouvée sans ressources avec un loyer à payer. Le propriétaire de la maison me réclamait son argent en me menaçant à chaque fois. Je pensais ne pas pouvoir m’en sortir, j’ai avalé 42 comprimés… Je voulais en finir avec la vie. » Francine, 25 ans, serrant sa benjamine de 3 ans contre elle, se confie. Son histoire, elle n’a pas hésité à la partager avec d’autres femmes. Dimanche dernier, Francine est invitée à un dîner, un peu spécial. Y sont conviées douze femmes, âgées d’une vingtaine d’annés et plus. Toutes sont mères et sont accompagnées de leurs enfants. « C’était un dîner d’amitié », explique Mario Maudarboccus. L’idée, poursuit-il, est de réunir des femmes marquées par des épreuves de la vie autour d’un repas convivial pour qu’elles ne se sentent pas seules. Le temps d’un repas, le partage devient naturel. Ce soir-là, Francine s’était sentie écoutée, entourée… « Le soutien que j’ai trouvé auprès d’elles, je ne l’ai pas eu chez ma famille », raconte Francine.
 
Abandonnées dans la pauvreté
Richelieu, un mercredi, à 17 heures. Dans la plupart des artères qui quadrillent la cité, des enfants de tout âge, filles et garçons jouent. Ils sont nombreux… très nombreux même. A une heure où ils devraient être chez eux occupés à faire leurs devoirs ou regarder la télévision, ils resteront dans la rue jusqu’à fort tard. Dans la cité, plusieurs foyers, touchés par la pauvreté, l’alcoolisme, la toxicomanie et autres problèmes sociaux, sont fissurés ou brisés. Et, dans la plupart des cas, après la séparation des couples, les femmes, mères de familles, sont contraintes d’assumer l’entière responsabilité du foyer. Ce qui comprend non seulement l’éducation, l’alimentation et l’habillement des enfants, mais aussi les factures et les dettes laissées par les maris, partis vivre ailleurs. Car, comme Francine, de nombreuses femmes de la cité Richelieu sont abandonnées, dans la spirale de la pauvreté, par leur partenaire. Certaines d’entre elles, malades, sont sans ressources. Mario Maudarboccus : « En rencontrant ces femmes qui me confiaient leur détresse, dont certaines voulaient commettre le suicide, je me suis rendu compte qu’elles sont beaucoup dans cette situation, dans la cité. En plus du soutien que je pouvais leur apporter, j’ai pensé au concept du dîner à travers lequel elles auront l’occasion de créer un lien solidaire, et aussi de profiter d’un moment qui diffère de leur quotidien. » Pour concrétiser cette idée, Mario Maudarboccus fait appel à Christina Labonnette, travailleuse sociale de la cité. Dimanche dernier, ils ont convié les douze mères et leurs enfants au centre communautaire à leur premier dîner mensuel.