Événement que le Commissaire des Prisons (CP) Jean Bruneau avait souhaité annuel il y a deux ans, la Fête de la Moisson a été célébrée le mercredi 22 juillet à la Prison Ouverte de Richelieu (POR). Cette fête a pris un caractère plus officiel avec la présence du ministre de l’Agro-industrie et de la Sécurité alimentaire, Mahen Seeruttun. Le CP Jean Bruneau a souligné que « ça fait plaisir qu’un ministre de l’Agro-industrie ait jugé important de se déplacer à cette occasion, d’autant plus qu’aucun de ses prédécesseurs ne l’a fait ». La visite de Mahen Seeruttun a aussi coïncidé avec le lancement d’un jardin endémique dans cette prison de faible sécurité où les détenus sont presque à la fin de leur incarcération et préparent leur retour à la vie active.
« La présence de Mahen Seeruttun à la POR est un signal très fort », a déclaré le CP Jean Bruneau. « Cela confirme l’intérêt que porte ce gouvernement pour une politique prônant une réelle indépendance agricole destinée à faciliter la transition vers une autosuffisance alimentaire dans le pays ». Rebondissant sur ce point, le ministre Seeruttun s’est dit « émerveillé et très agréablement surpris par les initiatives prises par les Services des Prisons, qui justement encouragent l’autosuffisance alimentaire par le biais de la diversification agricole à Richelieu ». Il a également salué « la contribution à l’embellissement du pays via ce jardin qui va abriter un certain nombre de plantes endémiques ». À cet effet, il a rappelé qu’un des objectifs de son ministère était de s’assurer que plus de 12 % des plantes endémiques puissent retrouver leur place dans la nature. « Nous avons en projet la mise en terre, sur ces cinq prochaines années, de 500 000 plantes. Bien entendu, nous comptons sur le soutien de la société civile et d’instances telles que les Services des Prisons », a soutenu Mahen Seeruttun, déclarant son total soutien aux Services des Prisons pour leurs efforts.
L’ASP Khemlal Rampall, responsable du jardin endémique de la POR, explique comment chaque jour, avec quelques officiers — le Lead Prison Officer Prakash Murdan et les PO/SPO Bouben Ramtohul et Jayraj Jhurry — et plusieurs détenus, ils s’attellent à créer ce jardin endémique « pour lui conférer une certaine densité où la variété de plantes agira comme une représentation d’une partie de la faune et de la flore de Maurice ». Pour les détenus, tout comme ceux qui sont affectés à l’élevage et à la culture de légumes et de fruits, il s’agit là d’un apprentissage vers l’autonomie financière et l’autosuffisance alimentaire. Le CP Bruneau rappelle qu’une des difficultés rencontrées par les détenus après le retour à la liberté est de trouver un emploi, d’autant plus qu’un certificat de moralité est exigé partout. « En orientant les détenus vers des métiers comme l’élevage et la culture vivrière, c’est en quelque sorte les aider à retrouver cette autonomie financière ». Le Principal Prisons Welfare Officer Sudesh Ramassur explique que les détenus passent environ six à douze mois à la POR. « Dans quelques cas isolés, ce laps de temps est allongé. Ce sont surtout des critères de bonne conduite, de motivation et de bonne volonté qui sont à la base du passage des détenus par la POR ».
Miel fait maison
Bénéficiant d’une plus grande étendue de terrain qu’à Beau-Bassin, la POR (environ 25 arpents) offre ainsi de plus grandes possibilités. Pommes de terre “spunta” — adaptée pour sa culture dans les prisons —, choux, choux-fleurs, bringelles, giraumons, laitues, ail, calebasses, carottes et haricots verts sont quelques légumes que l’on peut trouver dans le potager. Boeufs, cabris, poules, lapins et canards sont quant à eux les animaux de ferme élevés par les détenus. Ainsi, chaque jour commence par la traite des vaches et la collecte des oeufs. « Ces produits sont bien évidemment écoulés dans nos prisons. Il ne faut pas oublier que nous devons nourrir au quotidien détenus et officiers », fait ressortir Jean Bruneau. Autre particularité, le miel “fait-maison”. Une quinzaine de ruches ont en effet été aménagées et une formation spécifique a été offerte à ceux qui souhaitaient y travailler. Dans le même esprit, cette prison optimise également sa culture du fruit à pain. « Nous savons qu’il s’agit là d’un aliment bien recherché et utilisé en pâtisserie, boulangerie et d’autres plats mauriciens. De ce fait, nous avons maximisé la culture de ces arbres qui rapportent sur les cinq premières années », souligne Sudesh Ramassur.
La POR offre également des formations en cordonnerie, menuiserie, imprimerie et couture, entre autres, pour les quelque 110 détenus. À noter que cette prison n’est pas dotée de cellules fermées, mais de dortoirs, et que les détenus ne sont pas menottés. « Autant d’éléments qui servent surtout à les préparer au monde extérieur pour faciliter davantage leur retour à la vie active », soutient le CP Bruneau, qui a tenu à saluer « le soutien indéfectible de nos partenaires de l’État et du privé dans ce travail ».