La Fête de la Moisson, appelée à devenir « un événement annuel », ainsi que l’a souhaité le Commissaire des prisons, Jean Bruneau, s’est tenue le lundi 19 août à la Richelieu Open Prison. L’invitée spéciale, Fong-Weng Poorun, Senior Chief Executive, du Prime Minister’s Office (PMO), devait souligner dans son allocution « les efforts soutenus du gouvernement et des services de la prison en vue d’optimiser les chances de réhabilitation et de réinsertion des détenus durant leur séjour en prison ». Pour le CP, « les efforts produits par les détenus, s’agissant des formations, qu’elles soient académiques ou pratiques, comme par exemple, travailler la terre, nourrir des animaux, entre autres, les aident à aspirer à l’indépendance économique pour quand ils quittent la prison ».
Viser l’autosuffisance. Tel est l’objectif que se fixe la prison. Déjà, à ce stade, souligne le Commissaire des prisons (CP) Jean Bruneau, « nous sommes à quasiment 100 % autosuffisants en ce qu’il s’agit de la production d’oeufs ». Pour ce qui est des légumes et des fruits, « nos détenus et nos officiers multiplient leurs efforts pour atteindre notre objectif qui est d’être à 100 % autosuffisants. De cette manière, nous serons équipés à fournir à manger au quotidien à tous les prisonniers et les officiers ! » Chaque prison de l’île, en excluant celles de Phoenix (La Bastille) et de Grande-Rivière, est dotée de son potager, où sont cultivées une pléiade de légumes, ainsi que des basses-cours et des étables. Bien entendu, chaque prison a ses caractéristiques propres et n’offre pas la même palette d’opportunités aux détenus.
La particularité de la Richelieu Open Prison, ont tenu à préciser Fong-Weng Poorun et Jean Bruneau dans leurs allocutions, c’est qu’il s’agit d’un complexe ouvert. Les détenus, qui sont arrivés à la fin de leurs peines, dans la plupart des cas, s’y retrouvent. « Leur passage est d’environ six mois à un an, explique le Principal Prisons Welfare Officer, Mahesh Ramassur. Dans quelques cas isolés, ce laps de temps est allongé. » Et de faire ressortir que « des critères comme leur bonne conduite, leur attitude envers leurs codétenus et les officiers des prisons ainsi que leur motivation propre et leur bonne volonté personnelle sont à la base du passage des détenus par la Richelieu Open Prison ».
Bénéficiant d’un plus grand étendu de terrain qu’à Beau-Bassin, où s’est tenue la Fête de la Moisson l’an dernier, la prison ouverte de Richelieu (approximativement 25 arpents de terre) offre ainsi une plus grande variété de cultures et d’activités. Au chapitre des légumes, on trouve ici la pomme de terre (une variété spécifiquement adaptée pour sa culture dans les prisons et qui n’est, hélas !, pas en vente sur le marché local), le chou, le chou-fleur, l’aubergine, le giraumon, la laitue, l’ail, la calebasse, la carotte, les haricots verts, entre autres. S’agissant des animaux nourris à Richelieu, on ne trouve pas que les boeufs, cabris et poules habituels, mais également des lapins et des canards. Ainsi, chaque jour est marqué par la traite des vaches ainsi que la collecte des oeufs. « Ces produits sont évidemment écoulés dans nos prisons. Il ne faut pas oublier que nous devons nourrir les détenus ainsi que les officiers au quotidien ! », explique Jean Bruneau
« Les détenus ne consomment pas les lapins et les canards, toutefois. Ce ne sont pas des chairs consommés couramment, déjà, dans le grand public, explique encore M. Ramassur. Mais nous maintenons ces activités à l’égard de nos détenus parce qu’il s’agit toujours d’un moyen de formation ; l’élevage, apprendre à prendre soin d’un animal quel qu’il soit, recèle toujours de l’apprentissage de certaines valeurs universelles. » Dans un autre temps, la prison pense aussi « approcher des commerces qui proposent par exemple le canard, qui fait partie des menus de fin d’année et de certaines fêtes, pourquoi pas ? »
Autre particularité de la prison ouverte de Richelieu : des ruches et des abeilles qui permettent de récolter du miel ! Une quinzaine de ruches ont en effet été aménagées sur le site et une formation spécifique a été offerte à ceux qui souhaitaient y travailler. Dans le même esprit, cette prison optimise également « la culture du fruit à pain. Nous savons qu’il s’agit là d’un aliment bien recherché par les Mauriciens et qu’il est utilisé tant en pâtisserie qu’en boulangerie et la confection des repas, note le Principal Prisons Welfare Officer, Mahesh Ramassur. De ce fait, nous avons maximisé la culture de ces arbres qui rapportent sur les cinq premières années. »
Dans son discours de circonstances, Jean Bruneau devait rappeler qu’« en octobre 2011, pour cause de maladies et sur les conseils du ministère de l’Agro-industrie, nous avions dû euthanasier tous nos animaux, afin que l’épidémie ne se répande pas. C’est avec beaucoup de chagrin et de peine au coeur que nous avions dû prendre cette décision drastique ». Depuis mai 2012, « tel le phénix qui renaît de ses cendres, nous avons redémarré nos activités dans ce domaine. Et c’est avec cette joie au coeur que nos détenus et officiers se sont remis au travail ».
Dans la même veine, Fong-Weng Poorun, Senior Executive du PMO, devait souligner « les efforts soutenus tant du gouvernement que de la prison » en ce qui concerne « les programmes de réhabilitation et de réinsertion des détenus après leur passage dans nos prisons ». Elle devait aussi saluer « la participation des ONG qui sont nos partenaires, en ce sens ».
La prison de Richelieu présente aussi des opportunités de formation en cordonnerie, menuiserie, imprimerie et couture, entre autres activités. 115 détenus s’y trouvent actuellement. À noter que cette prison n’est pas dotée de cellules fermées mais de dortoirs et que les détenus n’y sont pas menottés. « Autant d’éléments, conclut le CP Bruneau, qui servent surtout à aider ces détenus à se familiariser avec le monde extérieur pour faciliter davantage leur retour à la vie active et la société. »