Admettons-le. La conférence internationale qu’organise le Groupe Réfugiés Chagos à Maurice du 29 au 31 octobre ne va pas faire remuer Cameron encore moins Obama… Si les Chagossiens croient que la Grande-Bretagne et les USA vont trembler devant le titre éclatant ‘Turn the tide’ et qu’ils peuvent commencer à préparer leurs valises pour un départ définitif vers leurs îles natales, ils se trompent brutalement. Mais bon, on sait que l’objectif des organisateurs de la conférence est tout autre. Officiellement il s’agit de célébrer les 30 ans de combat des Chagossiens pour un retour dans leur archipel.
Trois décennies de combat. Une seule et même revendication : droit de retour. Cela a le mérite d’être salué puisque cette revendication traduit une constante au coeur même d’une série d’adversités. Une centaine de natifs sont décédés durant ces dix dernières années y compris deux grandes figures de la lutte chagossienne. La revendication n’a pas fléchi. Victoires juridiques transformées en échecs et la revendication n’a pas cédé.  Une persévérance à honorer certainement.
Au-delà d’un moment de célébration, l’événement de ce mois ressemble aussi à une manoeuvre politique intelligente. La machine mise en branle il y a 30 ans, continue à tourner. Aujourd’hui, plus que jamais, elle ne doit pas lâcher prise. Il s’agit de la faire tourner davantage et de manière plus bruyante. Le compte à rebours a commencé pour le peuple chagossien. Le bail de Diego Garcia arrive à échéance en 2016 et les négociations vont commencer l’année prochaine.
Les Chagossiens ne sont pas seuls dans leur combat. La communauté internationale est à leurs côtés. Parce que demander à rentrer chez soi est un désir naturel et légitime qui ne peut attendre un demi-siècle avant de se réaliser. Parce que forcer quelqu’un à vivre en exil est douloureux. Les chagossiens ont perdu leurs maisons et leurs liens affectifs.
Aujourd’hui, ces hommes et ces femmes veulent rentrer et tenter de reconstruire la vie d’avant. C’est tout ce qu’ils demandent. Ils sont si optimistes qu’ils sont en train de travailler sur un plan de repeuplement pour l’après-2016. On ne peut pas dire que le timing n’est pas propice.  
Bancoult et ses camarades travaillent dur. Un espoir inébranlable certes. Ils font tourner la machine. Le slogan choisi par le Groupe Réfugiés Chagos pour cette conférence – « We belong to the Chagos, the Chagos belong to us » est porteur d’émotion et lourd de sens. Le message est on ne peut plus clair sur le sens d’appartenance à leurs terres natales et le lien qui existe entre le lieu géographique et les Chagossiens.
L’optimisme est compréhensible. L’annonce d’une étude de faisabilité autour du repeuplement des Chagossiens par le gouvernement britannique en juillet dernier y est pour quelque chose quoi que l’annonce d’une étude de faisabilité en elle-même ne veut rien dire. Une même étude avait été commanditée il y a dix ans et révélait que le projet de repeuplement n’était pas possible. Pour sa part, le Chagos Islands (BIOT) All-Party Parliamentary Group craint que l’étude n’aille au-delà des élections générales de mai 2015 en Grande Bretagne. Le groupe parlementaire souhaite que les résultats de cette étude soient prêts au plus tard l’été 2015 afin que les ministres aient le temps requis pour prendre des décisions sur un possible repeuplement et de passer à l’action avant les prochaines élections.
Attendons voir. Who knows ? Ce que l’on sait par contre c’est que Nick Clegg avait déclaré avant les élections de 2010 que le gouvernement avait une responsabilité morale de permettre le droit de retour aux Chagossiens. Ce que l’on sait aussi c’est que le Premier ministre mauricien a rappelé à l’Assemblée générale des Nations unies le mois dernier que l’excision de l’archipel des Chagos du territoire mauricien par la puissance coloniale avant l’accession de Maurice à l’indépendance fut une violation de la loi internationale (comme si on ne le savait pas).   
Righting the Wronged tombe à pic en ce mois d’octobre, mois commémoratif en l’honneur des populations noires qui ont dû vaincre l’esclavage pour obtenir leurs droits civiques. Le peuple chagossien galère toujours en 2013.