40 ans après la Conférence internationale de Stockholm sur l’environnement en 1972, 20 ans après celle de Rio sur l’environnement et le développement en 1992, 10 ans après le Sommet mondial de développement durable à Johannesburg en 2002, le constat aujourd’hui est on ne peut plus évident : l’environnement humain n’a point connu d’amélioration, bien au contraire, et ce dû à l’obstination de certains dirigeants de la planète à mépriser les réalités écologiques et les décisions essentielles qui s’imposent. En juin 1992, le directeur exécutif du PNUE, le Dr M.K. Tolba écrivait « Si le risque d’une catastrophe mondiale s’avère être le facteur qui force la communauté internationale à agir dans un esprit de solidarité, je pense que nous éviterons le désastre ». Or, 20 ans après, les plus grands pollueurs refusent toujours de réduire leur consommation en ressources naturelles non renouvelables – pourtant, un des points saillants du domaine d’action prioritaire adopté à la Conférence – pour ne pas mettre en péril le rythme de leur développement et leur taux de croissance économique. Conséquence : toutes les décisions prises lors des conférences internationales d’imposer des limites contraignantes aux émissions de dioxyde de carbone se heurtent à la résistance des plus grands producteurs de ce gaz, tels les États-Unis, la Chine mais aussi l’Inde, la Russie, entre autres.
 Ainsi, le protocole de Kyoto qui est entré en vigueur en 2005 a été rejeté par le président G.W. Bush en 2001 alors qu’aucun résultat tangible n’est sorti des négociations sur le futur régime de lutte contre le réchauffement lors des Sommets de Copenhague en 2009 et Cancun en 2010. Au rythme actuel de la production des gaz à effet de serre (GES), les États-Unis verront leurs émissions augmenter de 25% cette année par rapport à 1990 et ce au mépris des recommandations de Rio 92. L’énergie qui représente les deux tiers des émissions mondiales des GES est au coeur des problèmes de l’environnement et devrait être aussi au coeur de la solution. Pourtant, en une heure, la Terre reçoit de manière naturelle plus d’énergie qu’elle ne produit et consomme en une année mais de cette source, seule une infime partie est fixée par les végétaux lors de la photosynthèse.
 À une concentration atmosphérique du gaz carbonique de 392 ppm – 280 ppm au début de la révolution industrielle –, il va sans dire que la politique de développement durable sur le plan mondial est mise à rude épreuve. Et le phénomène du réchauffement pourrait avoir un effet multiplicateur car une augmentation de la température entraînerait éventuellement la libération du dioxyde de carbone emprisonné dans les blocs de glace polaire ainsi que le méthane se trouvant sous le permafrost de Sibérie. Déjà, c’est à une allure sans équivalent, selon les conclusions de nombreux scientifiques, que les océans s’acidifient ces jours-ci – une des causes majeures de la perturbation de la symbiose corallienne et la mort des coraux qui constituent, rappelons-le, un des écosystèmes les plus actifs comprenant la biodiversité la plus productive de la planète.
 Si l’ONU s’alarme aujourd’hui de la hausse continuelle des émissions des GES du monde industrialisé depuis le début de ce millénaire, il est malheureux toutefois qu’elle ne dispose pas des moyens nécessaires pouvant contraindre ce dernier de s’engager, en priorité, à préserver notre « maison commune » et la vie qu’elle abrite plutôt que de sauvegarder l’intérêt des profits et des marchés financiers. Pourtant, depuis Stockholm 1972, le système économique actuel a connu pas mal de bouleversements et crises – celle de Mexique en 1982 et 1994, d’Asie du sud-est et Japon en 1997, de Russie en 1998, celle des subprimes aux États-Unis en 2008 et de la dette en Europe en 2010 – qui démontrent l’instabilité intrinsèque du système et sanctionnent ainsi l’échec d’un modèle de développement.
 C’est pourquoi, Rio+20 ne peut être qu’une plate-forme de constats, de discussions et de recommandations comme les autres conférences du passé l’ont été. Il doit marquer une étape cruciale, un tournant, dans le domaine du développement durable et de la sauvegarde du bien commun. Une opportunité unique se présente à un moment où le pouvoir et le système économique dominant sont remis en cause par les différentes crises tandis que les négociations sur le climat s’enlisent. Il n’y a pas lieu de continuer à tourner autour du pot ou de jouer à la politique de l’autruche. Tous les pays qui se réuniront du 20 au 27 juin prochain au Brésil auront une lourde responsabilité à assumer car il est inadmissible que 8 États les plus puissants de la planète ne représentant même pas les 30% de la population mondiale puissent décider du modèle de développement économique universel, hautement émetteur en carbone alors que la planète crie déjà au secours en montrant du doigt notre folie outrancière de production et de consommation.
 Aujourd’hui, un réveil des consciences est indispensable car un autre modèle de développement moins énergivore est possible. Et cette occasion de changer le cours des événements pour mettre l’accent sur l’assainissement de notre biosphère, Rio+20 ne peut la laisser échapper. Car la pollution représente un des facteurs de violence les plus atroces que nous infligeons à notre planète et à la génération future.