Selon Feisal Ally Beegun, président de la Textile Manufacturing and Allied Workers Union, les milliers de travailleurs étrangers qui sont à Maurice, ne connaissent que le travail dans le silence. « Ils ont peur d’être déportés », dit-il. Le syndicaliste intervient sur ce sujet en marge du Sommet de la Terre, Rio + 20, prévu au Brésil en juin.
« Ce sont des esclaves modernes ; pena fwet me ena regar. S’ils refusent de faire des heures supplémentaires, ils sont menacés de déportation et je peux vous dire, qu’après les avoir côtoyés pendant des années, ils craignent la déportation comme des vulgaires criminels ou terroristes », déclare Feisal Ally Beegun. Qu’ils viennent de Chine, de Madagascar, de l’Inde, de Sri-Lanka, de Népal ou de Bangladesh, ils sont des milliers qui ont ainsi été déportés et n’ont pas le droit de revenir travailler à Maurice. Selon lui, certains ont même brandi la menace d’un suicide face à la déportation.
Le président de la Textile Manufacturing and Allied Workers Union (TMAWU) dit s’occuper des travailleurs étrangers depuis une quinzaine d’années. « Ces travailleurs contribuent à l’économie du pays depuis près de 25 ans. Finn ariv ler pou pran zot kont inpe », lâche-t-il, avant d’ajouter : « Il ne faut pas oublier qu’ils versent une grosse somme d’argent à des agents recruteurs avant de pouvoir venir travailler chez nous. On leur promet Rs 20 000 à monter par mois mais ils ne touchent qu’entre Rs 3 000 et Rs 4 000. Pour obtenir de meilleurs salaires, ils doivent faire des heures supplémentaires tous les soirs jusqu’à minuit », souligne M. Beegun. Certains gagnent ainsi entre Rs 10 000 et Rs 12 000, voire Rs 15 000 mensuellement. « Je suis heureux pour eux mais à quel prix gagnent-ils une telle somme ? Au prix de leur santé avec le manque de sommeil, la fatigue et le stress », fait-il ressortir.
À leur arrivée à Maurice, ils ne voient plus les agents recruteurs. Ils sont pris en charge par leurs employeurs. Leurs passeports sont confisqués, ce qui est contraire à la loi. « Ils sont livrés à eux-mêmes dans des dortoirs où ils doivent dormir sur des matelas en éponge avec son lot de puces et de punaises. Ils doivent aussi utiliser les ustensiles de cuisine qui n’ont pas été renouvelés depuis dix ans et des toilettes en mauvais état. Je n’invente rien ; tout a été rapporté dans les médias. Ne parlons pas de leur nourriture », affirme notre interlocuteur. Il précise que Maurice n’est pas signataire de la Convention des Nations Unies sur les travailleurs étrangers « mais le gouvernement autorise les entreprises à recruter des travailleurs étrangers ». Auparavant, les travailleurs étrangers avaient des problèmes avec les Mauriciens. D’abord, un problème de communication et ensuite, les Mauriciens ne les voyaient pas d’un bon oeil, croyant qu’ils sont venus leur piquer leurs emplois. « Heureusement, tout cela a changé ; la communication passe mieux et les Mauriciens les accueillent très bien maintenant », déclare M. Beegun.
Le président de la TMAWU dénonce, par ailleurs, le gouvernement qui autorise l’EPZ Welfare Fund à déduire une somme de Rs 3 mensuellement des salaires des travailleurs étrangers sans qu’ils ne bénéficient de quoi que ce soit de cette institution. Ils cotisent aussi au National Pension Fund (NPF) sans aucun retour.