Des pluies torrentielles se sont abattues hier dans l’ouest du pays. Peu habituée à ce genre d’intempéries, la région de Rivière-Noire a particulièrement souffert. Conséquences : circulation coupée, habitations inondées et importants dégâts dans les infrastructures publiques.
Trois heures de pluies sur les hauteurs des versants ouest de l’île dans la journée d’hier auront semé la panique dans la région de Rivière-Noire, réputée pour être l’une des plus arides du pays. L’eau descendant des parois escarpées entre Trois-Bras, menant au Parc national, et le village de Petite-Rivière-Noire, à hauteur de la chapelle en plein air de Notre-Dame de Fatima, a occasionné d’importants dégâts à l’infrastructure routière, balayant notamment le pont de Fatima. Des sapeurs-pompiers de Coromandel et de St-Aubin ont été mis à contribution pour aider à pomper l’eau boueuse, qui avait envahi des maisons, que ce soit dans les environs de Bel-Ombre, au Sud – qui a enregistré 64,8 mm de pluies en moins de trois heures – ou encore à Camp-Lakol, Tamarin, plus au nord. Des effectifs de la police, affectés aux différents postes de Rivière-Noire, ont également été déployés sur cet axe routier en vue de prévenir les automobilistes des dangers potentiels, avec un niveau d’eau élevé sur la route.
Mais les dégâts les plus conséquents causés par les pluie diluviennes, localisées à l’Ouest dans la journée d’hier, ont été constatés à la hauteur du pont de Fatima ; à l’entrée du village de pêcheurs de Petite-Rivière-Noire. Avec le passage des torrents d’eau venant de la montagne, traversant le tablier du pont, la route vers Le Morne Brabant – ou encore vers Tamarin – étaient devenues impraticables pendant toute la matinée.
Face à ce constat, la police avait pris le soin en début d’après-midi d’avertir la population des risques d’inondations. De même, il a été conseillé aux automobilistes se rendant vers Le Morne de faire demi-tour à la sortie du village de Tamarin, soit peu après le passage des Trois-Bras du Parc national. Quant aux plus téméraires, tout comme ceux ne pouvant éviter cette destination, ils devaient se rendre à l’évidence quelques kilomètres plus loin qu’il était impossible de continuer leur route.
Impossible aussi de traverser le pont de Fatima, complètement envahi. Pire : les torrents d’eau avaient tout emporté sur leur passage. Il n’y avait ainsi plus de garde-fous des deux côtés de la route, ceux-ci ayant été renversés sur le bas côté par les crues. Les pylônes électriques, fraîchement installés, étaient quant à eux couchés à même le sol, n’ayant pas résisté à la force de l’eau.
Pourtant, des travaux étaient en cours en vue de régler le problème du Pont Fatima, inondé à chaque grain de pluie. Une voie de déviation temporaire, mise en place pour assurer le trafic routier pendant les travaux de construction du nouveau pont, n’existe plus. Des blocs d’asphalte ont même été soulevés par la puissance des crues.
« Nous attendions le feu vert de la police pour pouvoir utiliser cette voie alternative avant le démarrage de la construction du nouveau pont. En principe, ce tronçon temporaire devait être opérationnel la semaine prochaine. Avec les pluies de la journée, tout est à refaire, car il n’existe même plus », fait comprendre le responsable de la firme ayant décroché le contrat de Rs 22 millions pour la réfection du pont. À ce stade, les dégâts sont provisoirement estimés à environ Rs 12 millions. Mais le préjudice pourrait être plus élevé après le retrait des eaux.
Dans un premier temps, les risques pour les usagers de la route d’être emportés par le courant traversant le pont, dépouillé de barrières de protection, de même que la présence de débris a poussé les responsables de la police à interdire toute circulation, même si un ou deux poids lourds, avec des chauffeurs connaissant la région, ont préféré ne pas suivre les directives de la police. La queue de véhicules – tant des autobus remplis d’écoliers que les taxis assurant le transfert des touristes et autres voitures de maître – s’est quant à elle rapidement allongée.
L’inquiétude se lisait sur le visage de tout ceux se retrouvant bloqués alors que des tonnes d’eau traversaient la route et se dirigeait vers la mer. « Depi mo vini, sa sime ki ti pe servi pou deviasyon fine kasse. Bann massines pa kapav roule ditu. Kapav ti ena 200 sofer kine bloke sak kote pont avek sa inondasyon la », explique Sylvain Veerapen, qui attendait avant de reprendre la route pour rentrer chez lui à La-Gaulette.
Un autre usager ajoute : « A ene moman, dilo ti pe fer plus ki trwa pie lor pont. Ti bizin amene lot lekipman pou deblaye pont avek bann debris pou kapav laisse loto traverse. »
Les habitants de la région n’ont pas manqué d’ajouter leur couplet en la circonstance. « Tuletan et a sak ti lapli, katastrof lor Pont Fatima. Nou finn fer ene ta konplainte mai zero plombaz. Kit fwa aster là kapav truv ene lizur », ajoute André Pirogue avant d’ajouter que si la pluie était tombées quelques kilomètres plus en amont, Mare-aux-Vacoas aurait pu être soulagée ce matin.
Une demi-heure après la fin des pluies diluviennes, le niveau d’eau s’est finalement mis à descendre. La police devait alors prendre la décision de rouvrir ce tronçon de route, tout en exigeant cependant une extrême prudence de la part des automobilistes et des piétions. Dans un premier temps, les autorités ont toutefois préféré interdire l’accès du pont Fatima aux motocyclistes.
La firme de construction du pont avait pris des dispositions pour un nettoyage du tablier de cette infrastructure en début de soirée d’hier. Ce travail devait être accompli avec la collaboration d’éléments de la Special Mobile Force, dépêchés sur les lieux avec les équipements nécessaires.
Mais la principale appréhension hier soir était un éventuel retour des fortes pluies dans cette région pendant la nuit. Les risques de nouveaux débordements étaient alors à craindre. La police a donc conseillé aux usagers de la route d’éviter d’emprunter cette partie de la route de Rivière-Noire.
De leur côté, les sapeurs-pompiers ont été appelés en renfort pour venir en aide aux familles sinistrées une bonne dizaine de fois. Les régions les plus affectées par des débordements, en raison de systèmes de drains défectueux ou de stagnations d’eau, ont été Bel-Ombre et une partie de Tamarin. Dans au moins un cas, des pompiers ont dû intervenir pour maintenir la sécurité d’enfants dans une garderie du fait de la montée des eaux.