Nos rivières et nos cours d’eau sont pollués. Une gestion douteuse, le développement rapide et l’incivisme de citoyens comme de certaines entreprises ont contribué à dégrader leur état. Récemment, les autorités ont accusé le centre commercial de Bagatelle d’avoir contaminé l’eau de la rivière Martingale, et une compagnie de la zone industrielle de Plaine Lauzun d’avoir déversé ses eaux usées dans un canal relié à la Grande Rivière Nord Ouest. Mais en dehors de ces cas isolés, peu d’actions concrètes sont prises pour la protection des rivières mauriciennes.
“L’état de nos rivières en général est très dégradé”, constate Vassen Kauppaymuthoo, ingénieur en environnement. En effet, certaines sont devenues de véritables dépotoirs, avec des bouteilles en plastique et autres détritus flottant ça et là, alors que d’autres sont contaminées par des produits toxiques.
Pourtant, un contrôle est supposé exister. La gestion des rivières mauriciennes tombe sous l’égide de plusieurs autorités, notamment les ministères de l’Agriculture, des Utilités publiques et de l’Environnement. Et c’est peut-être là que le bât blesse. Dans les deux récents cas de pollution à Bagatelle et à Plaine Lauzun, le ministère de l’Agro-industrie n’a pas été impliqué, alors qu’on nous affirme au ministère de l’Environnement que la gestion se fait de concert avec toutes les parties concernées. “Il existe certains chevauchements qui ne sont jamais clairs”, indique Karim Jaufeerally, de l’Institute for Environmental and Legal Studies.
Victimes du développement
Certaines évidences sont même ahurissantes. “Le gouvernement a toujours privilégié le développement au détriment de l’environnement. Ce développement détruit notre patrimoine naturel”, soutient Karim Jaufeerally. Le secteur agricole a aussi largement contribué à polluer nos rivières. Conséquence de l’utilisation, sans contrôle adapté, de pesticides et de fertilisants dans les champs. De plus, comme de nombreuses habitations sont situées près des cours d’eau, la pollution prend des dimensions encore plus importantes. Les élevages de poulet et de porc y ont également joué un rôle, puisque les excréments issus de ces élevages finissent souvent par atteindre les cours d’eau.
Vassen Kaupaymuthoo soutient pour sa part que des traces de coliformes fécaux – une bactérie qu’on retrouve dans l’eau usagée des toilettes – ont été trouvées dans certaines rivières. La population a également sa part de responsabilité. L’attitude écologique n’étant pas adoptée par la grande majorité, se débarrasser de ses ordures n’importe où reste une pratique trop courante.
Appliquer la loi
Selon les propos de Karim Jaufeerally, les lois mauriciennes sur la pollution des rivières ne sont pas si mauvaises. Il soutient cependant que leur faille demeure leur mise en application par les autorités. “De temps à autre, vous allez voir les autorités sévir. Puis on va laisser aller”, dit-il. Vassen Kauppaymuthoo abonde dans le même sens. “La première chose qu’il faut faire, c’est de commencer à être plus sévère. Il faut punir toute les personnes qui polluent les rivières, tout en effectuant, en parallèle, un bon suivi de la qualité de l’eau.”