Situé au sud-est de Maurice, Rivière des Créoles est un petit village côtier avec une vue plongeante sur la baie de Grand-Port. Cette localité se trouve à quelques minutes de Mahébourg, tout près du village de Ferney. Entre mer et montagne, ce paisible coin de l’île, situé à une dizaine de minutes de l’aéroport, tombe peu à peu dans l’oubli.

L’origine du nom Rivière des Créoles n’est pas véritablement connue et peut laisser libre cours à l’imagination. L’embouchure du cours d’eau de treize kilomètres, la Rivière des Créoles, se jette dans l’océan Indien à cet endroit. Une fois passé le petit pont, sous lequel pousse une flore impressionnante, nous arrivons au village. Verdoyant, cet endroit est bordé de forêts, de champs de cannes et de très nombreuses plantations. Le lieu se prête favorablement à de nombreuses plantations : manioc, bananes, goyaves, chouchous, mangues, papayes, et d’autres fruits et légumes variés. Dans ce village rustique, qui se trouve entre la montagne Lion et la baie de Grand-Port, le temps s’écoule au ralenti. Les habitants vivent en harmonie, mais d’autres se sentent oubliés.

Bordé par l’odorante mangrove, entre mer et forêt, Rivière des Créoles possède quelques boutiques, une école préprimaire, une école primaire ainsi qu’une mosquée. Depuis quelque temps, un terrain de basket-ball et un terrain de volley-ball ont fait leur apparition à la sortie du village, en direction de Ferney. Dans ce coin entouré de verdure, qui longe l’océan Indien, se trouve aussi une petite plage publique où quelques pêcheurs venus d’ailleurs essayent de gagn enn kari.

En bonne entente.

Quelques pas plus loin, une forêt de pins annonce l’entrée du cimetière. Celui-ci, extrêmement arboré comme le reste du village, baigne sous l’ombre des nombreux manguiers et offre une vue imprenable sur l’île aux Fouquets, connue aussi par les locaux comme l’île au Phare. Ce lieu, classé monument historique, a été le témoin de la colonisation de Maurice. Narain Bitrayya, planteur de 55 ans, confie : “Je suis né à Rivière des Créoles; c’est un endroit vraiment formidable. Ici, on vit tous ensemble : il n’y a ni religion, ni communauté, ni différence de couleurs. Tout le monde se connaît, on est comme une grande famille. C’est vrai qu’il n’y a pas grand-chose ici, à part les plantations et la rivière. Je ne peux pas vivre uniquement de l’agriculture. Je suis également chauffeur de taxi à l’aéroport, et j’officie comme cameraman pour des occasions diverses.”

Un peu plus loin dans la cour de l’école, qui donne sur le terrain de football où s’amusent quelques jeunes, nous rencontrons Anita Ballaram, qui travaille comme femme de ménage à l’école du village. “Après mon mariage, il y a une trentaine d’années, je me suis installée ici. Mes enfants sont nés à Rivière des Créoles et ont fréquenté cette école. L’entente entre les habitants est bonne, mais je dois dire que la vie ici est assez compliquée et difficile. On a besoin de tout faire par nous-mêmes. Nous devons sans cesse nous rendre ailleurs pour absolument tout acheter. Ici, il n’y a rien du tout.”

“J’ai besoin d’aide”.

Juttun Lofur, 68 ans et habitant du village depuis toujours, vit aujourd’hui dans une minuscule case en tôle insalubre. “J’ai travaillé toute ma vie, et de nombreuses années pour le ministère de l’Agriculture. Je suis aujourd’hui retraité. J’ai toujours vécu heureux ici, jusqu’à ce que le malheur s’abatte sur moi. Ma maison a brûlé il y a sept ans et nous avons tout perdu. N’obtenant aucune aide et aucun soutien du gouvernement, nous avons dû élire domicile ici, dans ce petit coin au bord de la rivière. Nous y avons construit nous-mêmes une petite case avec du matériel trouvé ici et là. Les conditions de vie sont vraiment très difficiles. Je vis dans cet endroit avec mon fils de 19 ans qui n’arrive pas à trouver du travail. Ma femme est morte il y a quelque temps. Je me sens vraiment abandonné par les autorités. Malgré mes nombreuses demandes, personne n’a jamais répondu présent, sauf quelques habitants du village. J’ai besoin d’aide et je lance un appel à qui veut l’entendre.”

Ce village pittoresque reste figé dans le temps et de nombreuses habitations sont très anciennes. Le travail se fait rare et les villageois sont obligés de se déplacer ailleurs pour trouver un emploi. La majorité de ceux qui restent sur place travaillent à leur compte et exercent dans le bâtiment. Sati Devi Toolsy, 48 ans, accompagnée de sa fille Swatee Chaytun, 29 ans, comptable, de sa nièce et de sa petite-fille Kiara, confie : “Cela fait trente ans que je vis à Rivière des Créoles. J’y suis venue après m’être mariée. Au début, c’était vraiment difficile. Il n’y a pas de travail ici. Pour faire les courses, il faut se rendre au minimum à Mahébourg. Je travaille depuis quelque temps dans une école située à Ferney, le village qui se trouve juste à côté. C’est tout ce que j’ai pu trouver comme emploi. Heureusement que tout le monde se connaît et que l’entente est très bonne. On s’entraide entre villageois.”