Munntaz Bholah, 77 ans, est une star à Rivière du Rempart et dans les villages avoisinants. Le passage de ce marchand de chaussures et de savates ne laisse personne insensible lorsqu’il arpente les rues avec son véhicule pour le moins original. Une moto ? Un tricycle ? Un rickshaw ? Un peu des trois. Quoi qu’il en soit, la monture de Munntaz Bholah attire le regard et les objectifs des appareils photos.

Si vous passez du côté de Rivière du Rempart une après-midi, il y a de fortes chances pour que vous aperceviez un véhicule bizarre couvert de chaussures, de savates, de boîtes vides et de décorations en tous genres. Un spectacle habituel pour les habitants de la région et des villages alentours, mais qui surprend toujours ceux qui viennent d’ailleurs. En temps normal, le marchand ambulant est visible sur les routes à partir de 16h. Sa route est toute tracée : Rivière du Rempart, Roches Noires, Gokhoola et Poudre D’or Hamlet sont les villages qu’il sillonne. “Je vais là où je me sens à l’aise et en sécurité. Je travaille au maximum deux heures par jour.”

Difficile à manœuvrer.

Nous sommes partis sur sa trace à Rivière du Rempart. C’est sans peine que nous avons su où il habite. La première personne que nous interrogeons nous indique avec exactitude où le trouver, confirmant ainsi l’immense popularité dont il jouit dans la région. Nous le trouvons assis dans sa cour devant sa moto, qu’il vient à peine de placer dans son garage. Sans même nous demander qui nous étions, il nous invite à nous asseoir pour nous raconter son histoire. Ne voulant pas l’interrompre dans son récit, nous le laissons terminer avant de lui dire notre intention de publier un article sur lui.

À la fin de l’interview, Munntaz Bholah nous montre la manœuvre qu’il effectue tous les jours pour sortir sa moto de son garage. Marche avant, marche arrière, marche avant, marche arrière : une manœuvre effectuée des dizaines de fois avant de pouvoir enfin sortir le véhicule du garage. “Beaucoup de gens ont essayé de conduire ma moto, mais très peu y sont parvenus. C’est une machine difficile à manœuvrer. L’ancien propriétaire voulait s’en débarrasser pour cette raison. Moi, je la conduis depuis plus de cinquante ans. Je la maîtrise parfaitement.” À ceux qui lui demandent comment il fait pour voir ce qui se passe derrière lui sur les routes, il répond : “Quand vous êtes en avion, est-ce que vous voyez le pilote ?”

Pour gagner sa vie.

Son objectif est de vendre ses articles, mais le plus souvent, on l’arrête pour une autre raison. “Partout où je passe, les gens veulent me prendre en photo. Mauriciens et touristes se ruent sur moi à chaque fois pour m’immortaliser. C’est plutôt agréable. Je me dis que je contribue au bonheur des gens. Je continuerai à faire ce métier tant que ma santé me le permettra”, confie-t-il. “Une fois, on m’a approché pour me prendre en photo sur ma moto dans plusieurs endroits à Maurice. J’ai accepté. Ils ont voulu me payer, mais j’ai refusé. Je leur ai dit de demander au bon dieu de me garder en bonne santé.”
Munntaz Bholah confie qu’au moment où il a acheté cet engin, il voulait surtout se balader dans un véhicule original, histoire de faire se retourner les gens sur son passage. “C’était par plaisir. Je voulais que les touristes puissent l’admirer quand je me rends au boulot. Je ne pensais certainement pas l’utiliser pour gagner ma vie.” À l’époque, il travaillait comme laboureur dans un établissement sucrier. “J’ai vu une moto un peu comme celle-là une fois. J’ai réussi à contacter le propriétaire qui m’a confié qu’il y en avait une autre à vendre. J’ai sauté sur l’occasion.”

À cette époque, Munntaz Bholah était déjà marchand ambulant. Il avait commencé à vendre des articles, qu’il plaçait sur ses épaules, en marchand dans les rues, et ensuite sur son vélo. De fil en aiguille, ce véhicule particulier s’est transformé en un moyen de transport pour pratiquer son métier. Il a commencé à sillonner les rues de son village pour vendre des savates au détail, qu’il achetait en gros.