Incontestablement, l’événement qui aura retenu l’attention, choqué et fait réfléchir cette semaine aura été la brutale, pour ne pas dire révoltante, altercation entre un officier de police, pratiquant son métier, et un groupe de boutonneux en sérieux manque d’adrénaline, pris en flagrant délit d’enfreindre la loi. Est-il nécessaire de rappeler ce qui s’est passé ce dimanche 9 septembre sur l’autoroute du Nord, à Goodlands ? Ce jour-là, une unité de police qui patrouille dans la région interpelle une bande de jeunots en mal de sensations fortes. Ces derniers, à bécane, s’adonnaient à des courses à très grande vitesse, comprenez par là des rallyes, sur cette partie de route empruntée par de nombreux automobilistes à toute heure. Le rallye en lui-même est un exercice illégal actuellement à Maurice, du fait que ce type de courses n’est pas permis dans nos lois. Désireux donc de faire respecter la loi – ce qui est son devoir –, le caporal Choolun s’approche de ladite bande, leur explique la situation et leur demande, on le devine, de rentrer tranquillement au bercail. La réaction normale est d’obtempérer, même après avoir tenté de résister verbalement, ainsi que certains le font, quand bien même s’ils sont en tort. Mais celle de ce groupe de “bad boys” a été toute autre : le caporal Choolun se fait tout bonnement… agresser physiquement ! Ces jeunes, qui se sentent plus forts probablement parce qu’ils sont en groupe, lui balancent des jurons et le menacent. Le caporal Choolun est bousculé, physiquement et verbalement. Cela, pratiquement tous les Mauriciens l’ont vu, car le dérapage a été filmé et a circulé sur les réseaux sociaux.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là, car quelques heures plus tard, au petit matin du lendemain de l’incident, le domicile de l’officier Choolun est vandalisé. L’incident dépasse dès lors largement le cadre de l’anodin, du fait divers, car révélateur de trop de dysfonctionnements. D’abord, le fait de s’en prendre au policier, d’en venir aux mains. Le caporal Choolun n’est pas un gringalet, mais en même temps, il ne ressemble pas non plus à King Kong. Ce qui n’a pas empêché ces jeunes de s’en prendre à lui, c’est certes, d’une part, que le bleu du flic, chez nous, n’inspire plus ni respect ni crainte. Pour une foule de raisons d’ailleurs : perte de confiance dans l’institution et mauvais “management” de la force policière, très marqué par un mauvais leadership et pourri par une ingérence quasi flagrante de la politique, principalement. Les cas de policiers qui se font gifler ou tabasser commencent sérieusement à augmenter. Les réseaux sociaux pullulent de clips à cet effet et les sanctions se font attendre, tout autant qu’un signal fort. Dans le même temps, d’autres policiers qui font déshonneur au métier sont tout aussi légion. Quelle solution ? Entre autres une police non politisée, même si cela peut paraître utopique à Maurice.
Parallèlement, sur le plan social, un autre mal grandit. C’est ce manque total de respect et d’égards qui caractérise un nombre croissant des citoyens. En atteste l’incident qui s’est produit il y a quelques semaines, un matin, entre un automobiliste et le champion de natation local Bradley Vincent. Ce dernier s’en est sorti avec des points de sutures ! Raison : il bloquait la circulation, selon son agresseur. Ce type de débordements devient hélas trop commun.

Les observateurs sociaux ne crieront pas uniquement à la détérioration des mœurs, mais évoqueront dans la foulée la disparition de toutes formes de principes de base. À qui la faute ? À nous tous, en fait. De celui qui se trouve à la tête du pays au citoyen lambda en passant par tous nos gosses, qui répliquent surtout les mauvais exemples de leurs aînés : se garer en double file, insulter ceux qui cèdent la route par politesse, invectiver la caissière du supermarché pour X raison, insulter le chauffeur ou le contrôleur dans l’autobus, rabrouer le prof parce qu’il a osé faire une remarque…

Pour changer cela, il faudrait commencer par reconnaître chacun nos torts, arrêter de penser qu’on a toujours raison, cultiver un peu d’humilité et… savoir dire “non” uniquement quand il le faut. Et surtout, s’en prendre aux travers qui ont sérieusement gangrené notre société jusqu’à la pourrir à ce point !

Husna RAMJANALLY