On sait que Michel Onfray, docteur en philosophie, est un amateur d’art, un esthète raffiné, un sensualiste au sens classique. Il s’est longtemps interrogé sur le rapport du corps au social. Robert Combas est considéré comme un expressionniste des années 80, marqué par ce besoin constant de faire du nouveau. L’Institut français de Maurice vous propose une rencontre entre Robert Combas et Michel Onfray pour une “figuration libre” et une philosophie hédoniste, le vendredi 14 mars 2014 à l’IFM. Un événement majeur à signaler : l’exposition des dernières oeuvres de Combas (Maurice, J’arrive !) du 15 mars au 12 avril. La rencontre entre les deux hommes montrera, peut-être, les cohérences et les détours dans leur parcours. Le public aura des éclaircissements sur la façon d’aborder le réel sur un terrain sensualiste, hédoniste, matérialiste… L’exposition des dernières oeuvres de Combas sera l’occasion de découvrir une écriture singulière. Robert Combas dit lui-même : “Moi, j’essaie vraiment de faire du nouveau, j’essaie de sortir de moi-même et de ne pas m’occuper de la ressemblance avec quelqu’un. J’essaie d’être le plus honnête possible, et dans l’art on pensait qu’il était impossible de faire quelque chose qu’on ne puisse pas expliquer…” Onfray a déclaré, de son côté, qu’il est très intéressé par les réactions que peuvent produire ses idées : “J’aimerais que tous les gens qui me lisent puissent se sentir concernés, irrités, énervés, conquis, enfin qu’il y ait une réaction, que quelques-uns puissent considérer que certaines idées sont défendables et praticables. Je serais le plus heureux des hommes si ces idées pouvaient produire quelques effets dans le réel…”Pour connaître les parcours des deux hommes, voici quelques tentatives d’éclaircissements.
 
Robert Combas, entre liberté et provocation.
Robert Combas est ne? a? Lyon en 1957. « La peinture de Robert Combas est perpe?tuellement en e?veil tout comme un organisme. Son oeuvre est en effet une structure constamment ouverte et qui, pour cette raison, a besoin continuellement de « nourriture » pour rester en vie. Il va sans dire qu’un tel phe?nome?ne n’est pas possible sans la pre?sence de « l’autre » c’est-a?-dire du spectateur. Entre ce dernier et l’oeuvre de Combas se tisse une relation de comple?mentarite? ou? l’un a besoin de «l’autre ». Et l’image est ce moyen qu’utilise Robert Com-bas « inviter » ensuite, c’est-a?-dire lui souffler : « Viens donc parler avec moi je veux te raconter la stupidite?, la violence, la beaute?, la haine, l’amour, le se?rieux et le dro?le, la logique et l’absurde qui entourent notre vie quotidienne ». Le langage artistique ne s’arre?te pas aux frontie?res de l’« intime ». Bien au contraire, c’est en partant de cet e?le?ment « intime » qu’il va alors le de?passer pour devenir « social ». Un langage qui, en me?me temps, est une attitude positive ; car au-dela? des sce?nes de violence ou d’intense sexualite?, au-dela? de la combinaison image mot (ou phrase), l’oeuvre de Robert Combas est avant tout un geste. Ce geste n’a aucune base didactique (le sujet n’est pas l’e?picentre) mais est un comportement qui a soif d’e?largir son champs d’action bien au-dela? des frontie?res closes d’un langage de l’Histoire de l’Art, pou se tourner vers ce qui, jusqu’a? maintenant, avait e?te? me?prise? par l’e?lite qui dominait l’art durant la pe?riode des anne?es 70 : les dessins d’enfants, des fous, les bandes dessine?es, la musique rock. L’enfantin, n’est en fait rien de plus qu’une strate?gie : celle d’un peintre qui veut agrandir le terrain d’action de son iconographie. Et c’est l’oeuvre de Robert Combas : le comportement d’un peintre, qui, se trouvant en constante e?volution, devient attitude. Une attitude qui ne se contente pas d’a?tre essentiellement « artistique », mais se veut aussi « sociale ». C’est-a?-dire une attitude critique. »  (Demosthe?nes Davvetas. Paru dans «DIALOGUES », 1997.)
 
Michel Onfray
Michel ONFRAY, docteur en philosophie, a enseigne? avant de cre?er une Universite? Populaire a? Caen en octobre 2002, une Universite? Populaire du Gou?t a? Argentan en 2006. Et plus re?cemment une Universite? Populaire du The?a?tre en 2013, avec l’homme de the?a?tre Jean-Claude Ide?e. Il a publie? une soixantaine d’ouvrages dans lesquels il propose une the?orie de l’he?donisme : que peut le corps ? En quoi est-il l’objet philosophique de pre?dilection ? Comment penser en artiste ? De quelle manie?re installer une e?thique sur le terrain de l’esthe?tique ? Quelle place laisser a? Dionysos dans une civilisation tout entie?re soumise a? Apollon ? Quelles relations entretiennent l’he?donisme e?thique et l’anarchisme politique? Selon quelles modalite?s une philosophie est-elle praticable? Quelles chances le corps peut-il attendre des sciences postmodernes ? Selon quels principes sont fabrique?es les mythologies philosophiques ? De quelle fac?on non institutionnelle incarner et transmettre ses ide?es ? Ses oeuvres l’ont conduit a? ce?le?brer les sens de?crie?s, tels l’olfaction et le gou?t : Le Ventre des philosophes (1989) (Prix de la Fondation del Duca, Prix Chiavari), L’art de jouir (1991), Les Formes du Temps (1996) et La Raison Gourmande (1995, Prix Liberte? Litte?raire).
Pour autant, il ne ne?glige pas les sens visuels et propose une esthe?tique contemporaine :L’Oeil Nomade(1993),Me?taphysique des Ruines(1995), Splendeur de la catastrophe(2002), Les ico?nes pai?ennes(2003), Epiphanies de la se?paration, (2004), Le chiffre de la peinture(2008) examinent les oeuvres peints de Jacques Pasquier, Monsu Desiderio, Vladimir Ve?lickovic, Ernest Pignon Ernest, Gilles Aillaud et Adami. Ou encore, sur l’art contemporain,Arche?ologie du pre?sent(2003).
Il s’est e?galement soucie? de formuler une e?thique moderne athe?e avec Cynismes (1990), puis La Sculpture de Soi(1993, Prix Me?dicis) et d’en proposer la formule politique dans Politique du rebelle(1997). Le Traite? d’athe?ologie(2005) pose les bases radicalement athe?es de ce projet philosophique. Son Antimanuel de philosophie(2001), synthe?tise avec ironie et jubilation dix-sept anne?es de cours avec ses e?le?ves de Lyce?e technique. Dans L’invention du plaisir (2002), il e?tablit la premie?re e?dition en langue franc?aise des textes qui subsistent sur Aristippe de Cyre?ne et les Cyre?nai?ques. Enfin, dans Ce?le?bration du ge?nie cole?rique(2002), il rend hommage a? la figure de Pierre Bourdieu. Il est e?dite? plus de vingt fois au livre de poche, traduit en ne?erlandais, bre?silien, espagnol (Espagne et Ame?rique du sud), allemand, portugais, roumain, japonais, italien, chinois, grec, serbe, core?en, finnois, catalan, turc, anglais (USA, Grande-Bretagne, Canada, E?tats-Unis) sue?dois, polonais, norve?gien, hongrois, russe. (Source IFM)