Le passage du temps n’a pas d’emprise sur sa voix. Robert Duvergé a érigé sa carrière sur les solides piliers soutenant la chanson française. Depuis 1964, il a pris la gageure de défendre les belles paroles. Un demi-siècle plus tard, la même passion l’anime. Malgré les coups durs du sort, cet homme trouve la force de monter sur scène et de chanter.
Il croise Jacques Brel, assis au bas des marches du foyer du théâtre, fumant une cigarette après un vibrant concert au Plaza. Ce jeune homme d’une vingtaine d’années ose aborder le monstre sacré. Il est lui-même chanteur, au Vattel à Curepipe, au sein du groupe Corsaires de Lucien Pouzet, avec Karl Brasse. Chaque chanson du grand Jacques est vécue comme un spectacle en soi. “Ce que Brel et, par la suite, Aznavour, Bécaud, Sardou donnent sur scène, je ne le ressens pas avec les chanteurs d’aujourd’hui. Je retiens de Brel cette gestuelle si importante dans l’interprétation. Ce n’est pas un homme cassé ni déprimé qui chante Ne me quitte pas, mais un homme hébété. Décontenancé. Candide.”