À partir du 20 octobre, vous pourrez découvrir les toiles de Robert Maurel à la galerie IBL. Ce peintre réputé, né à Maurice en 1937, a eu l’occasion de faire découvrir en de multiples occasions son travail, mais ce n’est pourtant que la troisième fois qu’il expose chez nous. Portrait d’un grand artiste.
Robert Maurel ressemble à ses peintures : une belle simplicité, lumineuse, qui cache une solide connaissance de son sujet. Dans ses oeuvres, tout est élaboré : la composition est rigoureuse, chaque personnage est placé selon le nombre d’or si cher à tout peintre qui se respecte. Les couleurs sont en parfaite harmonie, dégageant sans heurt une douce chaleur qui vous englobe lorsque vous les contemplez.
Tournant.
Dans l’exposition que Robert Maurel présentera à partir du 20 octobre à la galerie d’IBL, vous pourrez contempler dix ans de travail. Soixante et une peintures seront dévoilées : cinquante et une toiles et dix peintures sur papier, variant entre peinture acrylique et à l’huile. “Je n’ai pas de prédilection, les deux techniques me plaisent autant. La seule que je ne maîtrise pas, c’est l’aquarelle !”
Ses toiles n’ont pas été réalisées en un jet : “On sait quand on commence, mais jamais quand on finit. Si certaines sont peintes dans la foulée, d’autres m’ont demandé deux ans pour être terminées.” Son travail n’est pas linéaire : il y revient par touches. “Je décris mon travail comme la construction d’un mur. Comme avec des briques, je mets une couleur par ici; et si ça ne va pas, je l’enlève et j’en mets une autre.”
Sa vie n’a pas été un long fleuve tranquille. Robert rencontre des difficultés pour terminer sa scolarité. “J’étais un cancre ! Mon père a décidé de me donner une dernière chance : il m’a envoyé finir ma dernière année à Londres.” Une initiative qui a porté ses fruits. Non seulement il décroche enfin son diplôme, mais surtout, plus important, il rencontre le peintre Jacob Markiel. Il ne le sait pas encore, mais cette rencontre marquera un tournant dans sa vie. “J’ai peint pendant tout un été dans son atelier, chez lui.”
Écrire ou peindre.
Mais il faut bien retourner au bercail. De retour à Maurice, Robert travaille pendant un an et demi dans l’étude de son père. “Mais ce n’était véritablement pas ma voie ! Je ne suis pas fait pour ça !” Lui, ce qu’il veut, c’est écrire ou peindre. Il écrit déjà un peu de poésie, “mais le cancre que j’étais éprouvait beaucoup de mal à écrire ! J’ai préféré me tourner vers quelque chose de plus facile : la peinture.” Il se jette à l’eau. “Je me suis lancé dans l’inconnu, vu que je ne connaissais pas grand-chose au métier de peintre.”
Il s’inscrit d’abord aux Beaux-arts à Maurice, avec Sigfrid Sammeer à l’Atelier Jaune. Il y restera trois ans. “C’est pendant mes études aux Beaux-arts que j’ai su ce que je voulais faire. J’ai appris toutes les bases à Maurice, ce qui m’a ouvert les portes.” En effet, il lui faut monter un dossier pour pouvoir être admis aux Beaux-arts à Paris. Pendant trois ans, il se donne à corps perdu dans la peinture, enchaînant des journées de travail de douze à quinze heures. Après la matinée de pratique, il passe à la théorie tout l’après-midi. Pour couronner le tout, ses soirées sont dédiées au cours de dessin pour une mise à niveau. “J’étais crevé, mais heureux !”
Lumière.
Si la semaine est bien remplie avec ce planning digne d’un ministre, les week-ends ne sont pas plus reposants ! Robert peint dans l’atelier de Jacob Markiel. “Il me donnait des conseils, me guidait, faisait une véritable correction de mon travail.” Mais ce rythme de vie a un prix, et le peintre le paie très cher : il tombe gravement malade. Pendant quatre ans, Robert n’est plus que l’ombre de lui-même, épuisé non seulement par la maladie, mais par un traitement inadapté, qu’il finit par abandonner. “Si j’arrivais à faire deux heures de peinture par jour, c’était beaucoup !”
Amaigri et au bout du rouleau, il réussit tout de même à finir ses études aux Beaux-arts et rejoint un atelier à Paris : la Maison des Arts. “La sortie des Beaux-arts est difficile : là-bas, on est encadré; une fois sorti, c’est fini.” Dans cet atelier regroupant peinture, musique et sculpture, Robert se cherche. “J’essayais de me trouver moi-même. Aux Beaux-arts, on est bourré d’influences. Il faut apprendre à s’en débarrasser.” Le travail sur soi-même demande du temps. “Il faut bien dix ans pour perdre le gros des influences”. Le peintre trouve sa voie. “En peinture, on ne peut pas faire ce qu’on voit, mais ce que l’on ressent. Et moi, c’est la lumière qui me plaît. C’est cet élément que j’essaie de faire ressortir dans mes toiles.”
Phase mystique.
Après deux ans à la Maison des Arts, Robert change soudainement de direction. Encore affaibli après sa longue maladie, il tente de trouver un sens à sa vie, une explication à tout ce qui lui est arrivé. Cet agnostique se tourne alors vers la religion. Il se convertit au christianisme et décide d’entrer dans un couvent. Il y reste six mois. De nouveau, la maladie frappe à la porte. Obligé d’abandonner le couvent, il fait une grosse dépression. Pendant six ans, il arrête complètement la peinture. “Je remettais tout en question : ma vie, autant que ma peinture.” Il accumule les petits boulots, se retrouve gestionnaire de stock, ou encore vendeur d’assurance-vie. “J’avais besoin de faire quelque chose de concret pour me reconstruire.”
C’est encore une fois la maladie qui change sa vie. Suite à une opération chirurgicale, il se retrouve au chômage pendant un an. “J’ai alors recommencé à peindre, d’abord pour mon plaisir, puis j’ai réalisé que c’était vraiment ce que je voulais faire. J’étais enfin remis en selle.” La confiance revenue, Robert fait une première exposition, qui connaît un succès immédiat. Ce n’est que le premier d’une longue lignée d’expositions en individuel et en groupe, sans compter les nombreux salons auxquels il participe.