Le tout nouveau Kolektif Pou Agalega, créé par un groupe de citoyens dans le sillage des remous sur l’aide financière indienne pour la réalisation d’importants projets de développement dans l’archipel, a réussi dimanche le pari de réunir la communauté agaléenne à Maurice. Une centaine de natifs d’Agaléga et leurs descendants directs ont répondu positivement à l’appel lancé par ce collectif pour une rencontre à la Maison d’Accueil d’Agaléga à Roche-Bois. L’objectif était de présenter l’association et le travail que celle-ci compte mener pour le bien-être des Agaléens dans l’île et ceux vivant à Maurice. C’est ainsi que plusieurs résolutions correspondant aux doléances de ces derniers ont été votées à main levée au bout de deux heures de discussions.
Ce collectif, dont les principaux animateurs sont actifs dans la vie sociale du pays et sont aussi issus de différents milieux professionnels, veut défendre les intérêts des Agaléens et faire entendre la voix citoyenne sur les développements envisagés dans l’archipel. Mais ses animateurs insistent avant sur l’importance de l’adhésion des Agaléens en premier à leur action pour commencer leur travail. D’où la rencontre de dimanche à la Maison d’Accueil d’Agalega, que dirige l’association Les Amis d’Agalega, et qui s’est déroulée devant une bonne assistance. Soulignons que cette association entreprend depuis un mois un recensement auprès des Agaléens vivant à Maurice.
Les différents intervenants à la réunion (Laval Soopramanien, Jimmy Harmon, Stephan Gua, le père Jean-Maurice Labour et Sybile Mumbodwah) ont souligné que la démarche du collectif « n’a rien de politique » et qu’il ne faut « nullement interpréter » leur insistance auprès du gouvernement pour l’obtention des détails sur la construction de la piste d’atterissage et d’autres projets « comme une opposition à l’Inde ». Et de dire : « We are all friends of India ! »
Selon les intervenants, de la même manière que les autorités mauriciennes informent les citoyens de telle ou telle région à Maurice d’un projet important qu’elles s’apprêtent à mettre en chantier dans leur localité, « de la même manière, le gouvernement a le devoir de mettre au courant la population d’Agalega des projets à venir et qui pourraient influer sur leur vie » quotidienne. « Nous saluons la volonté exprimée par le gouvernement de faire avancer certains projets annoncés depuis longtemps, mais les natifs d’Agalega ont le droit d’être informés de tout changement qu’envisage peut-être le gouvernement sur leurs terres natales. Le gouvernement du jour a le devoir de donner toutes les explications sur ces projets », estiment les différents orateurs. Les dirigeants du collectif ont informé l’assistance de la lettre qu’ils ont envoyée au Premier ministre demandant de rendre publique le contenu du Memorandum of Understanding signé par les gouvernements indien et mauricien concernant l’exécution des projets financés par les Indiens et pour laquelle ils attendent toujours une réponse.
Cette rencontre, qui s’est déroulée sur un ton correct et dans une bonne ambiance, a donné lieu à des discussions intéressantes entre les animateurs et des membres de l’assistance sur les problèmes perdurant dans l’archipel depuis des années et qui ont été maintes fois évoquées dans la presse. Les participants ont clairement fait ressortir que le développement de l’archipel ne se limite pas à la construction d’une piste d’atterissage et à la construction d’une nouvelle jetée. Les autres questions débattues, et pour lesquelles l’assemblée a voté des résolutions, sont : la nécessité d’une grande réforme du système éducatif pour correspondre aux réalités de l’archipel; l’accès à l’eau potable; une amélioration du service de santé pour permettre les accouchements à Agalega au lieu du déplacement systématique des femmes enceintes vers Maurice (à l’exception des cas graves) et pour pouvoir prodiguer certains soins ne nécessitant pas un départ du malade vers Maurice; la reconnaissance de l’identité agaléenne sur les actes des enfants nés à Maurice; l’accès à la terre et au titre de propriété; la présence d’un représentant d’Agalega à l’Assemblée nationale et la mise sur pied d’un Agalega Welfare Fund; et une facilité de voyage pour les natifs habitant à Maurice, qui sont arrivés à un âge avancé et qui souhaiteraient visiter leurs terres natales.
Les Agaléens ont aussi donné leur autorisation au Kolektif Pou Agalega pour être leur porte-parole auprès des autorités. Les animateurs de ce collectif, satisfaits de cette rencontre, vont envoyer au gouvernement ainsi qu’aux partis de l’opposition une copie de ces résolutions.