L’ouverture de l’École des Valeurs de Roche-Bois, en juillet, représente une étape importante dans la vie des Roche-Boisiens. Ce centre constitue un lieu de rencontre pour des jeunes, les protégeant des maux qui minent la région. Incursion…
Les visages sont épanouis et la bonne humeur contagieuse parmi les bénéficiaires de l’École des Valeurs de Roche-Bois. Ayant ouvert ses portes en juillet, ce centre est devenu un point de rencontre pour les jeunes. Sur place, ils se familiarisent aux activités artistiques et apprennent les valeurs intrinsèques de la vie, tels le respect, la discipline et le partage. Cette école permet ainsi de mieux encadrer les jeunes de cette région au nord de la capitale, souvent victimes d’exclusion.
Il y avait une nécessité, voire une urgence de bâtir une telle plateforme à Roche-Bois. Le but derrière cette initiative est de remédier aux conditions précaires menant vers le chômage et la drogue, et d’offrir un soutien à la jeune génération. Au sein du centre, les jeunes sont encouragés à mettre leur potentiel au service du développement de leur localité, de leur pays, apprenant également de nouvelles compétences. « L’École des Valeurs est une approche différente pour l’inclusion sociale de ces jeunes dans la société mauricienne », affirme Didier Moutou, président du Lions Club de Port-Louis.
Ce dont témoignent Kevina Clémentine, Juliana Baptiste, Rusha Doormadu, Melissa Jacquette, Océane Colin, Britney Pierre, Kenny Tino et Keline Roopa, qui fréquentent tous l’École des Valeurs de Roche-Bois. « On nous a appris à aller à la découverte des uns et des autres », relate Keline Roopa, 12 ans. Océane, 13 ans, aime les sorties. Ses parents ne pouvant en effectuer, elle a la possibilité à travers l’École des Valeurs de participer à des randonnées, des visites de sites et même d’avoir un repas les jeudis, jours de cours. Mélissa Jacquette, 13 ans, évoque pour sa part le développement artistique. « On a ressenti comme une fierté de voir, le jour de l’inauguration, qu’il y avait beaucoup de talents dans notre école. On sait danser, chanter, réaliser nos propres chorégraphies ».
Simé lalimier
Clara Seesaft, une animatrice, estime que le centre apporte aux jeunes une plus-value. « Ces jeunes vont au collège pour apprendre à se former et, chez nous, ils développent notamment leurs talents artistiques », affirme-t-elle. « Quand on rencontre leurs parents, ils nous parlent du changement de comportement de leurs enfants ». À ce sujet, chaque élève dispose d’un portfolio de confidentialité. Dedans est inscrit leur profil d’avant et comment ils ont évolué au fil des mois. Le portfolio atteste un travail ardu, un cheminement et un encadrement offerts au centre.
C’est d’ailleurs grâce à ce soutien que Kenny Tino, un des écoliers, a pu s’affranchir de sa crainte de s’exprimer en public. « Il était au départ un enfant qui ne parlait pas », relate Edwige Sivance, une autre animatrice. « Mais aujourd’hui, Kenny a une approche extraordinaire. Pour l’inauguration du centre, il a pris la parole, ce qui est un grand pas pour nous », ajoute-t-elle, avant d’évoquer le changement de comportement « à 180° » de Britney, une écolière de 13 ans.
Une autre grande fierté de Roche-Bois repose sur l’accomplissement académique du lauréat Ronny Busviah et du “classé” Damon Duchêne, deux enfants de la localité. Issu de Cité Roche Bois, Damon Duchêne a été classé 13e de sa filière aux examens du HSC. Il partira étudier en Pennsylvanie, aux États-Unis, et souhaite devenir diplomate. Le bénévolat fait aussi partie de ses activités. « J’ai senti que j’ai été égoïste car étudier, ce n’est penser qu’à soi. L’éducation, c’est une fenêtre ouverte vers le succès, mais être proche des gens est une source de valeurs qu’on retrouve à l’École des Valeurs de Roche-Bois », observe-t-il.
Enn lot regar
Idée que rejoint Edwidge Sivance, qui met l’emphase sur le self-learning. L’animatrice milite pour emmener l’enfant à acquérir une forme de maturité en devenant à la fois autonome et travailleur. « Les activités artistiques sont des vecteurs à l’épanouissement de l’enfant », constate-t-elle. Depuis l’ouverture de l’École des Valeurs, des jeunes en difficulté scolaire ont pu avoir un équilibre en jonglant entre études et activités artistiques. « Il y a comme une quête pour retrouver leur identité et s’approprier ce qui leur est dû. Les jeunes ont appris qu’à travers la tolérance et la discipline, ils pouvaient eux aussi aspirer à être des exemples pour d’autres. »
Damon Duchêne clame, lui, qu’il faut arrêter avec les préjugés. « Roche-Bois n’est pas un endroit où il n’y a que la pauvreté et les fléaux, Roche-Bois a aussi généré des lauréats et des familles qui croient encore que l’éducation est l’atout pour sortir de la misère ». Edwidge Sivance est du même avis. « Lontan ti ena boukou negativite… », raconte-t-elle. « Nou nou dir ki Roche-Bois pena zis ros? ; ena osi dibwa ki ena so gran valer. Il y a beaucoup de développements ici et ce qui est d’autant plus encourageant ce sont les parents qui soutiennent leurs enfants. Bientôt, on ira vers la création de l’École des Parents. »
Efforts, sacrifices, détermination sont les gammes qui sont mises en valeur dans l’espoir de jours meilleurs. Pour les élèves de l’École des Valeurs, il y a, comme le dit si bien Edwige Sivance, la beauté et l’importance d’être là. C’est un lieu, insiste-t-elle, où tous ont l’occasion de s’exprimer sans peur de ricanement ou de rejets. « Nous prônons la culture de l’acceptation, car c’est en s’acceptant les uns les autres que l’École des Valeurs contribue à l’épanouissement de tout un chacun », lance l’animatrice. « Enn sanzman, enn dekouvert kapav amenn enn gran progre dan lavi dimounn e donn Roche-Bois enn lot regar », conclut-elle.