Des résidents du quartier de Roches-Brunes, Rose-Hill, réunis au sein de l’Organisation des affaires sociales de la localité, menacent de ne plus payer la taxe municipale désormais. Ils envisagent même d’aller en Cour suprême. Motif de leur colère : leur requête pour la construction d’un centre communautaire et d’une infrastructure sportive (datant de plus d’une dizaine d’années) dans leur quartier est tombée jusqu’ici dans les oreilles sourdes des autorités.
« Il est inconcevable qu’en 2011, des Mauriciens à part entière puissent continuer à vivre un déni de droit dans notre pays qui se targue d’être démocratique. C’est-à-dire, un pays où le système politique dans lequel la voix du citoyen est censée être entendue et où la volonté du peuple doit primer », s’insurge le porte-parole de l’Organisation des affaires sociales de Roches-Brunes (OASdRB), Christian Némorin.
« Alors que nous sommes un mouvement de quartier très bien structuré depuis sa création en 1997 (voir encadré), notre demande officielle depuis plus d’une dizaine d’années pour la construction d’un centre communautaire et des infrastructures sportives (terrain de football, volley-ball/basket-ball, boulodrome etc) dans le quartier de Roches-Brunes est tombée jusqu’ici dans les oreilles sourdes des autorités politiques », explique-t-il.
« Le quartier de Roches-Brunes jouit du même statut que les autres quartiers tombant dans le périmètre de la municipalité de Beau-Bassin/Rose-Hill (MBBRH). Toutes les régions périphériques des villes soeurs qui ont été annexées à la MBBRH par ce qu’il est convenu d’appeler désormais la Loi Lavendure de 1962, disposent d’au moins d’un centre communautaire », ajoute notre interlocuteur. « De Trèfles à Chebel, en passant par Stanley, Camp Levieux, Mont Roches et même Cinquième Mille, entre autres quartiers de BBRH, disposent de leur centre communautaire et d’au moins d’une structure sportive sous forme d’un terrain de foot ou plus », poursuit-il. « Nous sommes le seul quartier de BBRH à ne pas disposer d’un centre communautaire et de structures sportives. Pourtant, les habitants de Roches-Brunes, et les jeunes en particulier, (tout comme ceux des autres quartiers d’ailleurs), souffrent d’un manque cruel de loisirs sains. Mais ici, il y a déjà un mouvement de quartier bien actif depuis bientôt 15 ans, qui veut et peut organiser la vie sociale, culturelle et sportive des résidents. Mais malheureusement, nous crions depuis plus de dix ans dans le désert. C’est un déni de droit, car c’est notre droit d’avoir de telles infrastructures dans notre quartier », déplore-t-il.
Les démarches, les membres de l’OASdRB les ont commencées dès 1992. « De jeunes architectes habitant le quartier ont bénévolement dessiné le plan d’un centre polyvalent que nous avons remis au Parliamentary Private Secretary (PPS) d’alors, Deven Nagalingum, à M. Paul Bérenger, qui était alors le député de Rose-Hill et même vice-Premier ministre, je crois, et au maire de la ville, entre autres », indique Christian Némorin. « Nous n’avons reçu malheureusement aucun avis de réception », s’indigne-t-il. Il expliquera que son organisation n’est pas allée jusqu’à identifier un terrain du quartier pour leur projet car il n’appartient pas aux civils de le faire. « C’est de la responsabilité des politiques et de l’administration de le faire dans un pays qui se dit démocratique », explique-t-il.
En 2007, les responsables de l’OASdRB relance les politiques pour concrétiser leurs voeux d’un centre communautaire et des facilités sportives dans leur quartier. Toujours aucune réponse. Une troisième demande est envoyée en novembre 2009 à la MBBRH.
Contre tout attente, les responsables de l’OASdRB reçoivent en février 2010, une réponse de la municipalité les informant que le conseil municipal ne peut accéder à leur requête. « You are advised to submit your proposal to the Ministry of Social Security, National Solidarity, Senior Citizens Welfare and Reform Institutions and the Officier in Charge of the Sugar Industry Labour Welfare Fund », peut-on lire dans la lettre.
« Qui donc a la charge de porter ce projet si ce n’est le Conseil municipal ? », se demande Christian Némorin. « Est-ce à un individu ou à une organisation de négocier avec les autorités et se charger d’être l’initiateur d’un projet public ? Comment évolue cet individu, cette organisation, par rapport au budget ? Qui a donné des permis pour morceler La Comète, puis Nouvelle Ville et New Town, et enfin Saint Daniel sans s’assurer d’une prévision pour des espaces sociaux, sportifs et de loisirs ? », poursuit-il.
Cependant, la goutte d’eau qui a fait déborder le vase c’est cette fin de non recevoir du nouveau ministre des Administrations régionales, Hervé Aimée. « En tant que contribuables, notre droit — et notre droit commun — à des espaces communautaires et sportifs doit être le même que celui que bénéficient les autres quartiers. Chaque refus, nous l’avons encaissé parce que nous étions dans une position d’attentistes. Depuis 10 ans maintenant. C’est beaucoup trop », avait-il écrit au ministre en mai dernier.
Aucune réponse jusqu’ici, d’où leur présente exaspération. « Le plus grave, c’est le déni de droit que nous subissons. Dans quelle société soi-disant démocratique, un élu ou un Conseil municipal accepte-t-il encore de cautionner un déni de droit ? », s’indigne Christian Némorin.
Devant la tournure des événements, l’OASdRB met en place un « comité spécial » pour étudier la possibilité de ne plus payer la taxe municipale. « Pourquoi devrions-nous continuer à payer pour ce que nous n’avons pas ? », se demande-t-il. Et peut-être même aller plus loin : jusqu’en Cour suprême. « Que pense la Cour suprême de cette discrimination sanctionnée par notre Constitution, celle de “place of origine” ? », s’interroge le porte-parole de l’OASdRB.
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