Des cinq enquêtes instruites jusqu’ici contre l’ancien Premier ministre Navin Ramgoolam, et ayant atteint un stade avancé, un premier “case file” est en route pour l’Office of the Director of Public Prosecutions par le Central CID. Du côté des Casernes centrales, tout semble indiquer que le dossier des incidents survenus dans le bungalow de Roches-Noires dans la nuit du 2 au 3 juillet 2011, en présence de Navin Ramgoolam, aurait déjà été bouclé et soumis à l’Office of the Director of Public Prosecutions en vue du procès au criminel. Du côté du Registry du DPP, on faisait comprendre ce matin que ce dossier n’a pas été enregistré formellement jusqu’ici.
A ce jour, trois principaux suspects dans ce cas de “conspiracy” – en l’occurrence Navin Ramgoolam, l’ancien directeur du National Security Service (NSS) et Deputy Commissioner of Police (DCP) Dev Jokhoo et l’ancien responsable de la VIPSU et DCP à la retraite Ravine Sooroojbally – ont été inculpés provisoirement du délit de « conspiracy to commit an unlawful act to wit effecting public mischief ». Depuis le 15 janvier dernier, les deux Top Police Officers sous le précédent gouvernement de Navin Ramgoolam sont en liberté sous caution.
Les recoupements d’informations effectués par Le Mauricien de sources concordantes indiquent que le Central CID, sous la supervision de l’assistant commissaire de police Heman Jangi, aurait recommandé que des charges formelles soient logées contre ces trois protagonistes alors qu’une quatrième personne, en l’occurrence Nandanee Soornack, pourrait faire l’objet de poursuites criminelles à la conclusion des procédures d’extradition engagées en collaboration avec la justice italienne.
Le “star witness” dans le premier procès de la série “Opération Lakaz Lerwa Lion” ne serait nul autre que  l’homme d’affaires « Vire Mam » Rakesh Gooljaury. Dans une déposition consignée dans la soirée du 11 janvier dernier, ce dernier, un des anciens hommes forts de l’ancien gouvernement de Navin Ramgoolam, s’est rétracté de sa déposition initiale du 3 juillet 2011 consignée au poste de police de Rivière-du-Rempart.
Dans cette version des faits, le patron de Fashion Style et ancien partenaire d’affaires de Nandanee Soornack avait déclaré avoir été victime d’une agression alors qu’il assumait le rôle de « gardien kampema ». Des articles d’une valeur de Rs 20 000 avaient été emportés vers 1 h 20 du matin le 3 juillet 2011. Il avait ajouté que l’ancien Premier ministre n’était pas présent sur les lieux au moment des faits.
Toutefois, pour des raisons qui lui sont propres, presque quatre ans après, Rakesh Gooljaury a changé sa version pour raconter dans les moindres détails ce qui s’est passé dans le bungalow de Navin Ramgoolam depuis l’après-midi du 2 juillet aux petites heures du matin du 3 juillet 2011. Il a ainsi confirmé que Navin Ramgoolam, qui était en compagnie de Nandanee Soornack au bungalow, avait été agressé par un individu à l’aide d’un tournevis.
Cette agression s’est déroulée après un dîner et le départ des convives, dont Rakesh Gooljaury et son épouse, avec qui il est en instance de divorce. Il a ajouté qu’il avait été rappelé d’urgence par téléphone afin de retourner à Roches-Noires le 3 juillet 2011 « pou pran sa sarg-la » à la demande de Navin Ramgoolam, et ce avec la complicité alléguée de ces deux hauts gradés de la force policière et de Nandanee Soornack.
Cette affaire du « château maudit » de Roches-Noires, acheté au coût de Rs 45 millions, a constitué un véritable détonateur dans les malheurs de Navin Ramgoolam. Lors de l’arrestation de l’ancien Premier ministre dans le cadre de cette enquête, le vendredi 6 février, le Central CID, sur la base de mandats de perquisition, qui font l’objet de contestation en Cour suprême, devait procéder à la saisie de Rs 224 millions, dont Rs 110 millions en coupures de 100 « Dollar-Never-Used Notes » dans trois coffres-forts en la résidence de Navin Ramgoolam à River-Walk.
Entre-temps, l’enquête sur le complot pour le “cover-up” des incidents de Roches-Noires était reléguée au second plan avec le jackpot de River-Walk de Rs 224 millions, les commissions de Rs 100 millions de la société Dufry pour le contrat de Mauritius Duty Free Paradise, le contrat-jackpot de Rs 10 milliards de Betamax ou encore les Rs 6 milliards faisant l’objet de détournement allégué en faveur du Chairman Emeritus de la BAI Dawood Rawat lors de l’opération “Daylight Robbery”.
Le décollage de l’enquête sur l’acquisition d’Airbus pour le compte d’Air Mauritius au coût de Rs 41 milliards, avec en toile de fond la connexion Ramgoolam/Gleeson, attend toujours le feu vert du Central CID alors que le ministère des Services financiers est sur le point de boucler une Forensic Probe des procédures adoptées par la compagnie aérienne nationale pour la commande de ces Airbus.