Le chapitre consacré à Navin Ramgoolam dans l’enquête du Central CID sur la Roches-Noires Saga se complique avec deux nouveaux éléments. Il est en effet confirmé que le nom de l’ancien Premier ministre fait partie de la liste rouge des passagers du Passport and Immigration Office avec la note de Report on Departure ; or, le National Democratic Institute (NDI) des États-Unis, présidé par l’ancienne secrétaire d’État Madeleine Allbright, a choisi Navin Ramgoolam pour assurer la codirection d’une mission d’observateurs aux élections présidentielles et législatives au Nigeria, dont le scrutin est prévu pour le samedi 14 février. Entre-temps, les limiers du Central CID, sous la supervision de l’assistant commissaire de police, Heman Jangi, maintiennent le cap sur une éventuelle convocation Under Warning de l’ancien PM en vue de faire la lumière sur les incidents et l’agression survenus dans la nuit du 2 au 3 juillet 2011 au campement de Roches-Noires.
Une épée de Damoclès pèse désormais sur la tête de Navin Ramgoolam, avec une quasi-impossibilité de quitter le pays. Depuis que l’enquête a atteint sa vitesse de croisière à la mi-janvier et notamment les confessions-rétractations de Rakesh Gooljaury, le Central CID a logé au PIO un « Report to Departure » contre l’ancien Premier ministre au cas où il se présenterait au comptoir de départ de l’aéroport SSR. Ce développement a été confirmé au Mauricien par des sources autorisées aux Casernes centrales.
Le « Report on Departure » est des deux procédures préalables, avec l’ « Arrest on Departure », à l’ « Interdiction to Departure », dont l’autorité relève d’un magistrat avec l’inculpation provisoire de tout suspect dans une enquête au pénal. Techniquement, peut importe la procédure adoptée par le Central CID, le prévenu est frappé d’une interdiction de quitter le territoire mauricien car dès son passage au guichet du PIO à l’aéroport ou dans le port, les responsables du Central CID sont avertis et une escouade y est dépêchée pour l’embarquer.
Toujours dans le camp de Navin Ramgoolam, l’équation se complique car le National Democratic Institute des États-Unis, dont le financement des activités en Afrique est assuré par l’US Agency for International Development et le UK Department for International, a choisi l’ancien PM pour une mission d’observation aux élections du 14 février au Nigeria. La confirmation officielle est tombée en cette fin de semaine dans un communiqué du NDI annonçant que « the mission will be co-led by Rupiah Banda, former president of Zambia ; Navin Ramgoolam, former prime minister of Mauritius ; Mahamadu Danda, former prime minister of Niger Republic ; William Ritter, former governor of Colorado (US) ; and Johnnie Carson, former US assistant secretary of state for African affairs, senior advisor at the US Institute of Peace and a member of the NDI Board of Directors ».
Vu que le double scrutin se déroule le samedi 14, il faudra s’attendre à voir Navin Ramgoolam mettre au point son départ dans les prochains jours pour se retrouver à Abuja au moins 48 heures avant le jour J. De ce fait, les prochains jours s’annoncent quelque peu délicats car cette même période pourrait coïncider avec le rendez-vous au QG du Central CID du leader du Parti travailliste pour une séance d’interrogatoire.
Le suspense est de mise car aucune des sources approchées par Le Mauricien aux Casernes centrales n’a voulu s’aventurer pour commenter ce qui pourrait arriver si jamais à la veille de son interrogatoire Navin Ramgoolam décidait de prendre l’avion pour cette mission officielle au Nigeria. La mission d’observation est financée par l’US Department of State’s Bureau for Democracy, Human Rights and Labor.
Indépendamment de cette éventualité, l’enquête menée par les membres de la Special Cell menée par le surintendant de police Mannaram et l’assistant surintendant de police Rugbur se poursuit en vue d’obtenir de la Corroborative Evidence à la version de Rakesh Gooljaury. Ainsi, un dénommé Sohun, proche collaborateur du patron de Fashion Style, devra être entendu toujours à titre de témoin.
L’intérêt du témoignage de Sohun est qu’il avait accompagné Rakesh Gooljaury au campement à Roches-Noires après l’alerte à l’agression contre Navin Ramgoolam par SMS vers 1 h 30 du matin le 3 juillet 2011. Ce témoin devra confirmer la chronologie des événements au campement de même que la teneur des échanges entre le trio comprenant Navin Ramgoolam, Nandanee Soornack et Rakesh Gooljaury sur le complot du Cover-Up. À la mi-journée, il ne s’était pas encore pointé aux Casernes centrales.
Hier après-midi, les hommes de l’ACP Jangi ont entendu la Permanent Secretary Lalinde Bhanji, qui était affectée au Prime Minister’s Office sous le précédent gouvernement travailliste. Elle a été convoquée parce que selon les relevés des appels téléphoniques échangés après les incidents au bungalow au petit matin du 3 juillet 2011, l’un des numéros de cellulaires, celui utilisé pour appeler le directeur général du National Security Service (NSS), Dev Jokhoo, et l’ex-patron de la VIPSU, l’ancien Deputy Commissioner of Police Ravine Sooroojebally, lui est attribué.
La PS Bhanji a rejeté toute affirmation qu’elle aurait pu être l’auteur de ces appels dans le cadre du complot. Elle a ajouté que ces numéros de téléphone étaient enregistrés en son nom « for convenience sake » vu ses responsabilités au PMO de l’époque. En fait, ces téléphones sont utilisés par d’autres officiels. Les détails fournis par ce chef de Cabinet devront permettre au Central CID d’avoir une clearer picture des appels téléphoniques entre les protagonistes dans l’énigme du campement de Roches-Noires…