L’enquête à deux têtes, soit le cambriolage du campement de Navin Ramgoolam dans la nuit du 2 au 3 juillet 2011 et le suicide en cellule d’Anand Kumar Ramdony au poste de Rivière-du-Rempart le 30 juillet de la même année, aborde en cette fin de semaine un tournant décisif. Il y a d’abord l’arrestation hier des Top Most Police Officers dans la hiérarchie aux Casernes centrales, l’ancien directeur général du National Security Service (NSS) et Deputy Commissioner of Police, Dev Jokhoo et le patron de la VIPSU et de la cellule antiterroriste au Prime Minister’s Office, Ravine Sooroojebally, qui a également assumé la suppléance au poste de commissaire de police à plusieurs reprises jusqu’à la fin de l’année dernière. Ensuite, l’intérêt des limiers du Central CID pour la présence de ces deux hauts gradés de la police au poste de police de Rivière-du-Rempart pour une séance d’interrogatoire hors du commun d’un simple suspect dans une affaire de recel de montre, Anand Kumar Ramdony, retrouvé mort dans sa cellule aux petites heures du matin du 30 juillet 2011. Plus important encore est la prochaine convocation de l’ancien Premier ministre Navin Ramgoolam pour un interrogatoire Under Caution au sujet de son emploi du temps du 2 au 3 juillet 2011 et sa version des faits au sujet des incidents de 1 h 20 du matin.
Pendant toute la journée d’hier, les deux officiers de police, faisant partie de la garde prétorienne de l’ancien Premier ministre, ont été soumis à un feu roulant de question des deux Investigative Teams du central CID constituées sous la supervision de l’assistant commissaire de police Heman Jangi. L’ancien DCP Sooroojebally a été entendu pendant plus de six heures au sujet de ses responsabilités au sein de la force policière, de l’affaire du campement de Roches-Noires en particulier par rapport au complot pour élaborer un Cover-Up sur ce qui s’est passé effectivement avec Navin Ramgoolam, qui était en compagnie d’une femme « avek long seve », pris à partie par un individu.
L’ancien DG de la VIPSU et de l’ADSU, qui est parti à la retraite le 5 janvier dernier alors que son contrat de deux ans était arrivé à terme, a préféré subir l’interrogatoire sans la présence de son conseil légal, Me Nargis Bundhun. Cette dernière, qui était arrivée au QG du Central CID en cours d’après-midi, s’est permis d’admonester les photographes de presse, présents dans l’enceinte des Casernes centrales. « Ou pa pran mo foto-là ! » devait lâcher d’un ton des plus sévère Me Bundhun, qui fait également partie de l’Electoral Supervisory Commission, institution dont la mission est de garantir le fondement de la démocratie, les élections générales.
À l’arrivée de Me Bundhun, Ravine Sooroojebally avait déjà été transféré en détention provisoire au Moka Detention Centre pour y passer la nuit d’hier à ce matin à la fin de son audition Under Warning. Suite à des négociations au téléphone avec des responsables de l’enquête, Me Bundhun a pu avoir accès à son client dans sa cellule à Moka pour un entretien sur le déroulement de l’interrogatoire, qui a duré de 11 heures à 16 heures environ. Il a rejeté les allégations portées contre lui en gardant le silence sur certains aspects de cette enquête à rebondissements sur des affaires qui remontent à juillet 2011.
Spéculations
En ce qui concerne l’audition de l’ancien patron du NSS, l’exercice a démarré avec un délai d’au moins d’une heure par rapport à l’audition de l’ex-DCP Sooroojebally. D’abord, le DCP Jokhoo avait débarqué au QG du Central CID avec son uniforme de haut gradé de la police car il ne s’attendait à une telle tournure des événements avec son arrestation. Ainsi, il devait se dépouiller de son uniforme de DCP et porter des vêtements civils pour répondre aux allégations. Puis, il a demandé à exercer son droit à ce que l’exercice se déroule en présence de son homme de loi, Me Mooloo Gujadhur.
Dev Jokhoo, qui a été entendu jusqu’à 19 heures avec des interruptions, a nié les accusations de complot retenues contre lui. En début de soirée, il a été placé en détention policière au Vacoas Detention Centre. Mais en cours de soirée, il a été admis à l’hôpital Jeetoo en raison de problèmes de santé. Il devait obtenir sa décharge de l’hôpital à la mi-journée en vue de sa comparution devant le tribunal de Pamplemousses pour son inculpation provisoire. Dev Jokhoo a été interdit de fonctions avec son arrestation et son inculpation provisoire du jour.
Les deux Deputy Commissioners of Police (DCPs) ont été inculpés provisoirement du délit de « Conspiracy ti commit an unlawful act : to wit effecting public mischief » avec la fausse déclaration consignée par Rakesh Gooljaury à la police vers 8 heures le 3 juillet 2011. Ce jour-là, l’ancien partenaire d’affaires de Nandanee Soornack avait allégué qu’il se trouvait dans le bungalow de Navin Ramgoolam à Roches-Noires quand il a été attaqué par un inconnu armé d’un couteau, qui a emporté un butin de Rs 20 000.
Les deux hauts gradés de la police ont retrouvé la lberté à la mi-journée contre une caution de Rs 100 000 et une reconnaissance de dettes de Rs 500 000 chacun.
Or, selon la nouvelle version consignée dimanche soir par Rakesh Gooljaury et les détails fournis par les deux vigiles de la société Brinks encore vivants, l’homme d’affaires n’était pas sur les lieux. La cible de l’intrus n’était autre que l’ancien Premier ministre, qui était en compagnie d’une femme, dont l’identité fait l’objet de spéculations les plus diverses.
Un voile épais entoure la teneur des questions énoncées par les enquêteurs du Central CID et également les réponses fournies par Dev Jokhoo et Ravine Sooroojebally. La direction du Central CID a pris le soin d’assurer un contrôle strict au sujet de ces détails en vue de ne pas entamer l’intégrité de cette enquête délicate mais également parce qu’un des principaux protagonistes, en l’occurrence Navin Ramgoolam, n’a pas été interrogé jusqu’ici.
Policiers sommés?d’évacuer les lieux
Les recoupements d’informations effectués par Le Mauricien auprès des sources concordantes sont que la connexion entre les incidents au campement de Roches-Noires le 3 juillet 2011 et le suicide mystérieux du détenu Anand Kumar Ramdony le 30 juillet de la même année au poste de police de Rivière-du-Rempart intéresse les enquêteurs. En effet, l’ancien directeur du NSS et l’ancien patron de la VIPSU ont été acculés au sujet de leur intérêt dans l’enquête sur une affaire de recel d’une montre à Rs 200 rapportée à la police par Mme Bigaignon le 17 juillet 2011.
Les informations disponibles confirment que peu après l’arrestation d’Anand Kumar Ramdony au sujet de cette montre volée payée Rs 200, Dev Jokhoo et Ravine Sooroojebally avaient fait le déplacement pour le poste de police de Rivière-du-Rempart en vue de procéder à l’interrogatoire de ce suspect. Pour les besoins de cet exercice, tous les officiers de police affectés au poste de Rivière-du-Rempart ont été sommés d’évacuer les lieux.
Lors des séances d’interrogatoires d’hier, le Central CID s’est évertué à comprendre les « Stakes of the these top police officers » dans cette simple affaire de vol de montre en ce mois de juillet 2011. « En principe, une telle enquête est laissée aux soins des responsables de district et ne devrait même pas monter aussi haut dans la hiérarchie pour impliquer le directeur général des services de renseignements ou encore le responsable de la VIPSU. À moins que ce soit vraiment une affaire d’État », suppute-t-on en marge de l’enquête.
La clé de l’énigme du campement de Roches-Noires et du suicide allégué d’Anand Kumar Ramdony se trouve dans cette équation car l’un des témoins majeurs, le vigile de Brinks, Louis Claude Drapchand, alors âgé de 60 ans, habitant cité EDC, Caroline, a emporté dans sa tombe les secrets de cet incident à 1 h 20 du matin ce 3 juillet 2011, plaçant aujourd’hui Navin Ramgoolam dans une situation des plus inconfortable…