Deux semaines après la première opération sur le terrain avec la réouverture de l’enquête sur le meurtre de Barthélemy Azie, 17 ans, commis le 1er août 1999 à Montagne-Cabris, Rodrigues, l’inspecteur Rajen Moorghen et ses hommes du poste de police de Grande-Montagne se retrouvent avec 13 suspects, dont deux femmes, placés en état d’arrestation. Deux autres complices, dont celui qui est considéré comme l’instigateur de l’agression mortelle, un dénommé Dada Missie, et un autre, Ti-Zouk Jolicoeur, sont décédés depuis au moins deux ans.
Les dernières indications en provenance de Rodrigues confirment que les circonstances et le mobile de ce meurtre ont été établis sur la base des aveux d’un des suspects, Joseph Merge Jolicoeur. Après la comparution de tous les suspects devant le tribunal de Port-Mathurin ce matin, ce prévenu devra participer à sa troisième reconstitution des faits de la série en présence du Chief Investigating Officer, l’inspecteur Moorghen.
Des recoupements d’informations effectués auprès des sources concordantes indiquent que des séances d’interrogatoire Under Camera de Joseph Merge Jolicoeur au poste de police de Port-Mathurin ont permis d’élucider la séquence des événements dans la soirée du 1er août 1999 dans les parages du centre communautaire de Montagne-Cabris et de la boutique de Dada Missie. La dernière descente des lieux avec la participation de Merge Jolicoeur, cet après-midi, sera axée sur l’agression mortelle du jeune habitant de Roche-Bon-Dieu, qui rentrait chez lui à pied après avoir assisté à des régates à Mourouck.
Merge Jolicoeur, qui semble être passé aux aveux complets, n’a pas manqué de faire état de son étonnement devant le fait que l’enquête sur ce crime qui croyait-il resterait impuni a été conclue quatorze ans après, avec l’arrestation de tous les suspects encore vivants. « Zame ti pou atann  ki apre 14 banane, enn dimounn ti pou resi relev sa zafer-la », devait-il faire comprendre à l’inspecteur Moorghen et à ses hommes durant les interrogatoires du week-end.
Relations mal vues
Lors d’un exercice séparé, le suspect Jean-Marc Augustin, considéré comme le principal protagoniste dans ce meurtre, devait partager l’avis de Merge Jolicoeur vu le délai écoulé depuis le 1er août 1999. Par contre, l’inspecteur Moorghen se garde des difficultés rencontrées et des obstacles à surmonter pour avoir accès au dossier du meurtre de Barthélemy Azie quand il avait fait l’inventaire des Cold Cases (cas non résolus) lors de son transfert punitif de Maurice au poste de police de Grande-Montagne. Finalement, le dossier compilé par la CID de Port-Mathurin lui fut remis avec les premières arrestations opérées le jour de Noël.
Dans sa version des faits, Merge Jolicoeur confirme qu’une femme a été à la source de l’agression mortelle de Barthélemy Azie. Néanmoins, ce n’est nullement Jenna Bégué, comme allégué lors des premiers éléments de l’enquête, mais Marie Viviane Édouard, une habitante de Montagne-Cabris, qui a été appréhendée par la police samedi dernier. La bande des agresseurs ne voyait pas d’un bon oeil les relations entretenues par Barthélemy Azie et Marie Viviane Édouard.  Ces deux derniers étaient, semble-t-il, en projet de mariage.
Dans la soirée du 1er août, alors que Barthélemy Azie rentrait chez lui après la journée de régates, il devait croiser sur son chemin Joseph Mario Ravina. Des propos assez vifs furent échangés entre les deux et à un certain moment, la victime s’est approchée de Viviane Édouard pour lui parler. Cette action de Barthélemy Azie allait envenimer la situation.
Dès lors, un groupe de personnes, qui se tenaient sous la boutique Dada Missie, devait se mêler à la dispute entre Joseph Mario Ravina et Barthélemy Azie, avec Jean-Marc Augustin prenant déjà partie physiquement en faveur du premier nommé. A un certain moment, le propriétaire de la boutique de Dada Missie, le père de Jean-Marc Augustin, devait lancer « donne li enn koreksion ! »
Les autres complices déjà sous l’influence de l’alcool, du côté de la boutique, ne se firent pas prier pour se joindre à la bagarre. Barthélemy Azie a été roué sauvagement de coups de pieds et de poings par plus d’une dizaine d’agresseurs, sans aucun moyen d’échapper au groupe. Il devait s’écrouler sur la route avec des blessures et du sang sur tout son corps.
Quand la bande a constaté que la victime était sans vie, Dada Missie devait ordonner que son corps soit placé dans un sac en vue d’être dissimulé plus loin, soit dans une grotte du côté de Cascade Victoire. En contrepartie, le propriétaire de la boutique a promis à chacun des complices une bouteille de rhum « apre travay-la ».
Fausse lettre de dénonciations
Après la conclusion de la reconstitution des faits du jour avec Joseph Merge Jolicoeur, l’inspecteur Moorghen compte procéder à l’interrogatoire de Jean Karl Casimir à partir de demain matin. L’exercice se concentrera plus particulièrement sur les raisons ayant poussé ce suspect à faire rédiger par sa fille une lettre de dénonciations en vue de dérouter l’enquête policière après la découverte des ossements de la victime à la fin du mois d’août de l’année dernière.
L’audition Under Warning de Viviane Édouard s’avère également cruciale car elle se trouvait sur les lieux au début de la bagarre. Les informations sont qu’elle n’a pas participé à l’agression mais qu’elle aurait aidé à transporter le corps jusqu’à la grotte de Cascade Victoire.
De son côté, Simon Azie, le père de la victime, et des membres de la famille se sentent soulagés devant les dernières conclusions de cette affaire, qui les hantés ces 14 dernières années. Initialement, quand l’inspecteur Moorghen avait pris la décision de rouvrir cette enquête, il avait exprimé des doutes car même des limiers comme Prem Raddhoa n’avaient pu retracer le moindre indice.
« Major, ou inn rentre dans enn loto ou pa kone kot frein, kot volan ek kot levie vites la, comme si ou dans enn lakaz noir ek ou pa kone cote simin la. Bokou demars inn fer, bokou sef finn ankete ek la apre 14 ans li pou difisil pou trouv enn lizour dans sa zafer la », aurait fait comprendre Simon Azie, qui ne cesse de remercier l’inspecteur Moorghen et ses hommes dans cette affaire.
Pour la comparution des 13 suspects en Cour ce matin, une foule importante s’était déplacée à Port-Mathurin, nécessitant du même coup un déploiement policier hors du commun pour éviter toute dérapage. Les prévenus Jenna Bégué, Jean-Karl Casimir, Joseph Merge Jolicoeur, Jean-Marc Augustin, Jean-Michel Jolicoeur, Jean-Daniel gaspard, Jean-Antonio Ravina, Joseph Danico Édouard, Marie Viviane Édouard, Joseph Morel Potiron, Joseph Claudino Bégué et Charles Jolicoeur ont été reconduits en cellule policière jusqu’au 13. Il existe des possibilités que les cinq derniers nommés puissent être remis en liberté sous caution très bientôt.