Les Rodriguais ont célébré, à la fin du mois dernier, le dixième anniversaire de la mort d’Antoinette Prudence. C’est le Centre Carrefour, dont Antoinette Prudence fut la fondatrice et la première présidente, qui a organisé les manifestations pour célébrer la mémoire de celle que l’on surnommait, avec raison, la Grande Dame de Rodrigues.
C’est le 1er avril 2007 qu’Antoinette Prudence est morte à Maurice, des suites d’une infection du poumon décelée quelques jours auparavant. Ramenée dans son île natale le lendemain, la dépouille d’Antoinette devait avoir droit à un hommage de tout son pays. En effet, des milliers de Rodriguais se sont massés sur le parcours allant de la morgue au cimetière, en passant par la cathédrale St Gabriel pour rendre un dernier hommage à celle qui avait consacré sa vie au développement de son île natale.
Née à Petit-Gabriel, dans une famille comprenant sept soeurs et un frère aîné, Antoinette révèle très tôt un intérêt particulier pour les études et s’engage dans les structures laïques de l’église rodriguaise. Après ses études secondaires, elle obtient une licence en éducation à l’université de La Réunion et en France. De retour à Rodrigues, elle commence une carrière dans l’enseignement tout en créant des structures pour permettre aux Rodriguais de se prendre en main et de participer activement au développement de leur île.
Après avoir été secrétaire de l’organisation internationale MIDADE, en France, elle crée Carrefour, une association qui va jouer un rôle déterminant dans le devenir de Rodrigues et permettre à ses habitants de participer aux débats, mais aussi d’interpeller les responsables politiques de Rodrigues et de Maurice. Antoinette Prudence participera activement à toutes les étapes du combat menant à l’autonomie de Rodrigues et assumera la présidente du Rodrigues Local Council, une institution qui va jouer un rôle de premier plan dans le développement de Rodrigues. Souvent sollicitée pour faire de la politique active, Antoinette Prudence a toujours refusé, préférant rester dans le camp de la société civile et celui de l’engagement à travers les structures de l’église.
C’est à cette Rodriguaise d’exception que le Centre Carrefour a rendu hommage du 28 mars au 1er avril. Plusieurs aspects de la personnalité et de l’action d’Antoinette Prudence ont fait l’objet de discussions en présence, entre autres, de Guy Berthier de l’université de Paris et de Raoul Lucas, de l’université de La Réunion, qui ont été tout à la fois enseignants et, par la suite, collègues d’Antoinette. Avait également fait le déplacement, Olivier Bancoult, le porte-parole des Chagossiens, dont le combat a toujours été soutenu par la fondatrice de Carrefour.
Une exposition retraçant les principales étapes de la carrière d’Antoinette a eu lieu à Port-Mathurin et des débats ont été organisés dans différentes institutions scolaires de l’île, ainsi qu’une conférence sur la démocratie participative. Les célébrations ont culminé samedi avec une messe célébrée en l’église de St Gabriel, suivie d’une cérémonie au cours de laquelle le nom d’Antoinette Prudence a été donné au centre de formation de Malabar.
Lors de son intervention, le Chef Commissaire, Serge Clair, a rendu hommage à Antoinette Prudence et déclaré son intention de faire du centre de formation le siège d’une université populaire pratique dans le but de donner aux Rodriguais les outils nécessaires pour inventer et construire les solutions menant au développement de leur pays. Les dix ans de la disparition d’Antoinette seront aussi marqués par la publication, vers la fin de l’année, de sa thèse de doctorat agrémentée de quelques-uns de ses textes inédits.