Le chef commissaire de l’Assemblée régionale de Rodrigues a dénoncé la politique de terre brûlée pratiquée en matière de gestion budgétaire par le conseil exécutif du Mouvement rodriguais. C’était à la première réunion de l’Assemblée régionale à Port-Mathurin avec au programme un état des lieux des finances de Rodrigues autonome. Cela n’a été nullement une surprise d’entendre Serge Clair parler d’un reliquat de Rs 80 millions sur un budget de développement de Rs 360 millions pour 2012. Par contre, la révélation a été plus flagrante selon laquelle des allocations versées à des membres de l’Assemblée régionale ont connu une majoration de plus de 200 % avec effet rétroactif à partir de janvier 2011. Le comble est que cette décision avait été entérinée par le conseil exécutif après la dissolution de l’Assemblée régionale par le président de la République sir Anerood Jugnauth, soit le 6 janvier de cette année.
D’entrée de jeu, le chef commissaire n’a pas ménagé la majorité sortant sur la base des findings accablants de l’audit préliminaire des finances entrepris. « At the very outset, I will say that the last five and a half years have proved that the safeguards for effective financial management in the Rodrigues Regional Assembly have been subject to flagrant and crude distortion, leading to wastage of public funds, breach of established procedures and maladministration », déclare Serge Clair, avant d’énumérer et d’expliciter les cas les plus embarrassants.
Abordant les dotations budgétaires pour 2012, Serge Clair s’est appesanti sur le fait que la politique partisane (petty politics) avait eu le dessus sur la bonne gouvernance budgétaire. « Sound financial management requires that not a single cent from that sum of money should have been committed during Fiscal Year 2011. This money is due to be spent under the Recurrent Expenditure and in Investments Projects during the fiscal year 2012 and not to supplement the previous year’s mismanaged budget. Unfortunately this legal and moral obligation has not been respected by the outgoing fallen government thus leading to chaos », a-t-il ajouté.
Chiffres à l’appui, le chef commissaire a dénoncé la frénésie de la précédente administration politique à engager des fonds prévus dans le budget de développement de 2012 à la fin du dernier mandat de l’Assemblée régionale. Ainsi sur l’enveloppe budgétaire de Rs 360 millions pour cette année, la somme de Rs 280 millions a déjà été engagée ne laissant qu’un montant de Rs 80 millions à la nouvelle équipe dirigeante pour 2012. Les procédures adoptées confirment la mise à l’écart de toute pratique de bonne gouvernance.
« Worst, there is no documentary evidence that financial clearance has been sought and obtained for these projects in line with the provisions of the Financial Management Manual. In the rare cases where such clearances were sought, a No Fund Available certificate was duly given by the Finance Section. However the former Executive Council has issued instructions to implement its decisions without following the procedures or taking on board the views of the Finance Section », fait comprendre le chef commissaire, ajoutant qu’une somme de Rs 114 millions a été engagée au-dessus des provisions budgétaires allouées pour ces projets.
L’audit effectué par la nouvelle administration a révélé que des dépenses excédentaires de plus de Rs 200 millions doivent être honorées comme suit : une ardoise de Rs 112 millions à l’item de la construction de routes alors que le budget prévu était de Rs 70 millions ; des dettes de Rs 42 millions contre des provisions de Rs 25 millions pour les travaux de réparation aux villages ; une ardoise de Rs 67,3 millions sur un budget de Rs 29,2 millions pour les Water Resources ; et Rs 40,6 millions sur des dotations de Rs 29 millions pour les projets d’infrastructure dans le secteur de l’éducation.
« Ce que je viens d’énumérer n’est qu’une partie du squelette que le gouvernement déchu a laissé dans l’armoire derrière lui », a trouvé le leader de l’OPR en faisant état d’un trou de R 65 millions dans le budget courant, soit Rs 4 millions additionnelles pour les factures d’électricité, Rs 2,5 millions en plus pour la consommation de carburant, Rs 4 millions en supplément pour assurer les salaires des employés de Rodclean jusqu’à décembre, Rs 12 millions additionnelles pour la Rodrigues Water Company, Rs 14 millions de plus au titre de l’assistance sociale et Rs 5 millions en plus pour le paiement de l’allocation du mauvais temps aux pêcheurs.
Serge Clair a dénoncé en des termes très sévères la gestion des Regional Assembly owned private companies avec la dilapidation des fonds publics. Il a évoqué un contrat de gardiennage au coût de Rs 300 000 pour le compte de la Rodrigues Water Company sans l’approbation du conseil exécutif.
Mais le comble est à venir au chapitre des privilèges et des allocations versées aux membres de la précédente Assemblée régionale. En principe chaque membre siégeant à l’Assemblée régionale bénéficie d’un grant de Rs 25 000 après chaque cinq ans pour l’acquisition d’équipements informatiques et d’une allocation mensuelle de Rs 1 500 pour les membres et de Rs 2 000 pour les commissaires en vue de couvrir les frais de téléphone et de fax.
« Grande a été notre surprise de constater que ces privilèges ont été augmentés de manière exorbitante le vendredi 6 janvier, soit le “grant” passant de Rs 25 000 à Rs 50 000, plus un “grant” additionnel de Rs 15 000 pour l’achat d’un fax et les allocations mensuelles à Rs 5 500, soit une augmentation de 350 %. Pire ! Ces privilèges ont été payés avec effet rétroactif à partir de janvier 2011 », a soutenu Serge Clair.
L’une des décisions entérinées par le conseil exécutif d’hier a été d’annuler ces augmentations et de revenir à l’ancien barème. « Cette démarche nous permettra de réaliser des économies de Rs 2 millions sur ce présent budget. Sachez que ces Rs 2 millions représentent deux mois de salaires des employés de la Rodrigues Water Company pour qui aucune provision budgétaire n’a été faite par le gouvernement régional sortant », affirme-t-il.
En conclusion, le chef commissaire a fait état de sa détermination d’assurer la rupture avec le passé pour « une île Rodrigues autonome faisant la fierté de tout un chacun ». « We must catch up and surpass the best in initiative, in entrepreneurship, in imagination and in efficiency. My government came to power to achieve the best and we believe in our future. We have the will to change. We have the vision, the plan and the drive in putting first the population we serve. Members of my government and myself are not in power to be served. We are restoring efficiency and trust in our institutions », a souligné Serge Clair.
Cette première séance de l’Assemblée régionale a été marquée par une intervention de Christian Agathe, siégeant dans les rangs de l’opposition. Il avait voulu interrompre le chef commissaire mais a été vite rappelé à l’ordre par le Chairperson Soopramanien.