Que l’on améliore la communication entre Rodrigues, Maurice et le monde; que le pays connaisse un développement harmonieux et qui respecte l’environnement; qu’il y ait une politique de l’emploi pour inciter les jeunes à rester à Rodrigues; que la distribution d’eau soit améliorée; que l’aéroport soit modernisé pour dynamiser l’industrie touristique; que Maurice respecte l’autonomie rodriguaise… Voilà quelques-unes des attentes et aspirations des Rodriguais.
Les Rodriguais aiment leur pays. Si certains “abandonnent” le navire, c’est que, faute d’un emploi, l’avenir leur semble incertain à Rodrigues. Ce n’est pas de gaieté de coeur qu’ils quittent leurs familles pour s’en aller là où l’herbe paraît plus verte. L’Australie et Maurice sont considérées comme l’Eldorado pour beaucoup. Mais, en général, le Rodriguais aurait préféré travailler dans son pays. D’être toujours sur sa terre natale et proche de sa famille, et jouir d’une vie simple et tranquille.
Khalid est un Mauricien installé dans l’île depuis 22 ans. Découvrant Rodrigues alors qu’il y était en vacances, il est littéralement tombé amoureux, au point de s’y installer définitivement. “La vie ici n’est pas extravagante. Le Rodriguais ne fait pas de dépenses excessives; il vit avec ce qu’il a. Tout le monde prend le temps de vivre, de se parler, de rencontrer l’autre”, affirme-t-il.
Il voudrait que l’île se développe, mais souhaite que demeure l’authenticité du pays.
Authenticité
Pour les Rodriguais (de Rodrigues comme ceux qui sont à Maurice) que nous avons interrogés, une des priorités du prochain gouvernement régional doit être la création d’emplois. Pour mettre ainsi fin à l’exode massif des Rodriguais vers Maurice ou l’Australie.
Une habitante de Maréchal, très active dans le domaine social, plaide pour un réel changement dans la vie des Rodriguais après les élections. Surtout pour les jeunes. “Ce serait bien qu’ils trouvent de l’emploi à Rodrigues au lieu d’être obligés d’aller ailleurs”.
Après trois ans passés à l’Université de Maurice, David a posé définitivement ses valises ici au lieu de retourner à Rodrigues. Pour ne pas se retrouver au chômage. En revanche, Angèle Larose, jeune étudiante en Landscape Management, pense regagner son île pour y travailler et mettre ses compétences au service de son pays. Elle voudrait aussi que les politiciens mettent en pratique une des propositions de leurs manifestes électoraux : le respect de l’environnement. 
Aurèle André, fin observateur de la société rodriguaise, précise que Rodrigues n’a pas connu le même développement sauvage qu’ont connu les autres îles de la région. “Il faut préserver cela. Il ne faudrait pas exploiter les ressources mais les gérer de façon responsable.” Angèle Larose est du même avis : “Rodrigues est une île tranquille et doit garder son authenticité.”
Bien-être de la population
Tous les partis participant aux élections régionales du 5 février dernier ont inclus la protection de l’environnement dans leurs manifestes électoraux. Les futurs dirigeants doivent donc avoir la détermination et la volonté politique pour mettre en pratique leurs programmes, souligne Aurèle André. Il insiste sur le fait que cette détermination doit aussi venir de la population. “Je souhaite qu’à l’issue des élections, nous ne soyons plus dans une espèce de campagne politique permanente. À chaque élection, il doit y avoir un gagnant et un perdant, mais tout le monde doit sortir gagnant de cet exercice.”
Quel que soit le parti au pouvoir ou ceux qui seront dans l’opposition, tous doivent oeuvrer pour le développement du pays et non s’amuser à mettre des bâtons dans les roues. “Si chacun tire de son côté, nous n’allons pas avancer.” David voudrait que les prochains dirigeants de Rodrigues ne fassent pas preuve de politique partisane, qu’ils ne pratiquent pas de chasse aux sorcières et ne privilégient pas uniquement ceux qui ont voté en leur faveur. “Ils doivent oeuvrer pour le bien-être de la population dans son ensemble.”
Stratégie économique
Aurèle André espère également que le prochain gouvernement va plaider en faveur de l’avancement de l’autonomie rodriguaise et qu’une meilleure considération soit accordée à Rodrigues dans une formule de gagnant/gagnant. “L’avenir est brillant, mais cela doit se faire dans le respect mutuel.”
Pour Christian Raboude, responsable du centre Carrefour à Rodrigues, la participation du prochain Chef-Commissaire de Rodrigues aux délibérations du conseil des ministres serait un signe de respect du gouvernement mauricien à l’autonomie de Rodrigues. “Il faut donner sa chance à Rodrigues et reconnaître le pays comme un partenaire. Rodrigues fait partie de la République de Maurice et enrichit sa diversité. Il faudrait une stratégie économique qui soit profitable aux deux îles.”
La distribution de l’eau fait partie des préoccupations des Rodriguais. La plupart ont des points de captage à domicile, mais souhaitent une amélioration de la distribution. “C’est une ressource essentielle à laquelle tout le monde devrait avoir droit”, estime Christian Raboude. Nos interlocuteurs plaident donc pour la construction de barrages ou de réservoirs afin que le précieux liquide soit plus disponible.
Ils souhaitent aussi une amélioration dans le système des télécommunications et de l’accès à l’internet. Qui pourrait créer de nouvelles perspectives d’emplois et permettre à l’île d’être moins isolée du reste du monde.
La modernisation de l’aéroport est également souhaitée. Ouvrir davantage l’accès aérien pour que le secteur touristique connaisse de nouveaux développements, ce qui aura pour résultat de créer de nouveaux emplois.
Tous nos interlocuteurs se rejoignent sur un point : il faut que le développement de Rodrigues se fasse de façon harmonieuse.