L’île avance à petits pas, à son rythme, vers le développement, principalement dans le domaine du tourisme. L’hébergement touristique prend de l’essor. Mais ce secteur a besoin de ressources humaines formées pour améliorer la qualité de ses services, qui demeure son point faible.

Cette scène typique – la pêche est omniprésente dans la vie rodriguaise, est une particularité qui continue a conférer une âme authentique à l’île

Ses petites plages intactes, sa flore, ses cavernes, ses grandes vallées verdoyantes attirent toujours le regard. Le succès de Rodrigues auprès de ses visiteurs, avec son environnement propre et son lagon limpide et préservé, n’est guère étonnant. Même s’il est visible que l’île marche, à pas lent certes, vers plus de développement, elle montre aussi qu’elle a cette envie de préserver sa nature, sa culture et tout ce qui fait son authenticité, et qu’aucun mot ne saurait décrire.

Rodrigues est en mutation ! L’île n’est pas réfractaire au progrès. Elle améliore ses routes, fait construire des infrastructures d’apprentissage et de formation, encourage les projets d’hébergement et hôteliers, s’affirme chaque année comme le rendez-vous des kitesurfeurs, s’ouvre à des investisseurs privés qui veulent profiter de l’arrivée du câble sous-marin à fibre optique MARS (qui n’est pas encore opérationnel !). Ce mois-ci, Port Mathurin a accueilli le premier centre d’appels de l’île. En s’installant dans la capitale, ProContact Ltd devient le premier opérateur du genre à Rodrigues, apportant dans son sillage un nouveau souffle dans le domaine de l’emploi (direct et indirect) dans le secteur privé. Une vingtaine de Rodriguais ont déjà été recrutés et prendront leur poste cette semaine.

Dans certains coins de Rodrigues, il n’est pas rare de croiser des « surprises » folkloriques comme cette petite boutique

Un éventail d’hébergements.

De nouvelles villas, de nouveaux concepts, lodges et autres bungalows haut de gamme, sont venus agrémenter le secteur de l’hébergement touristique à Rodrigues. Consciente qu’elle ne peut compter principalement que sur le tourisme comme ressource économique, l’île présente désormais un éventail d’hébergements de différentes catégories pour toutes les bourses. Le secteur étant rempli de promesses, on assiste aussi à des reconversions (par des politiciens, entre autres) dans le tourisme. D’autre part, de plus en plus présente sur les prestations des tour-opérateurs, l’île voudrait atteindre les 100,000 visiteurs d’ici quelques années.

D’ailleurs, en prévision de l’agrandissement de son aéroport à Plaine Corail, les habitants les plus proches des lieux se préparent déjà à partir dans le sillage de leur relocalisation par le gouvernement régional. Avec une dizaine d’hôtels, une quarantaine d’auberges, une quinzaine de gîtes, une vingtaine de chambres d’hôte et quelque 70 résidences, Rodrigues, qui pour l’instant peut héberger les visiteurs de passage, doit néanmoins renforcer la qualité de ses services.

Le développement infrastructurel de Rodrigues passe aussi par les routes

Rendre la formation accessible.

La formation du personnel dans le secteur touristique, y compris la restauration, reste encore le point faible de Rodrigues. Jusqu’à récemment, le Mauritius Institute of Training and Development était la seule institution qui se chargeait, non sans peine, de l’apprentissage des jeunes aux métiers de l’hôtellerie. Depuis octobre 2018, la branche rodriguaise de Vatel Hotel and Tourism Business School de Maurice espère rehausser le niveau de la formation dans l’île. L’école de formation privée et payante (environ Rs 180,000, somme subventionnée en grande partie par le gouvernement régional) compte une vingtaine d’étudiants. Mais ce n’est que dans trois ans, lorsqu’ils auront décroché leur BSc en International Hotel and Tourism Management, qu’ils seront sur le marché du travail.

L’arrivée de la première école de formation hôtelière privée à Rodrigues atteste de l’émergence du tourisme et la nécessité de renforcer la qualité des prestations

En attendant, l’école, qui surplombe Port Mathurin, du haut du Contour Oblass, veut booster la vie sociale à Rodrigues autour de la restauration. Elle met son restaurant et le cadre idyllique des lieux à la disposition d’événements privés. Pour pallier le manque de ressources formées qui se fait actuellement sentir, il revient au gouvernement régional de trouver des solutions pour rendre la formation accessible.

Atouts verts et chômage.

Rodrigues veut préserver son authenticité et elle a bien raison. Île carte postale où les animaux – cabris, cochons, moutons et poules – se baladent allègrement, au lagon non pollué et aux vallées rendues encore plus luxuriantes après les pluies des derniers temps, Rodrigues a des atouts verts qui continuent à séduire ses visiteurs. On ne se lasse pas devant cette nature et cette mer préservées.

En revanche, l’artisanat rodriguais est en train de perdre de son charme. Le marché de Port Mathurin, toujours coloré et animé chaque samedi, et dont la visite est une des activités recommandées, se transforme rapidement en une virée monotone. Les étals se ressemblent et sont largement occupés par des produits importés de Madagascar et d’ailleurs. Quant aux incontournables produits agroalimentaires, tourtes et miel, leur qualité a également pris un coup. La pénurie de certains produits en serait à l’origine.

La catheédrale Saint-Gabriel serait la plus grande de l’océan indien. Elle figure sur le circuit du tourisme spirituel, qui s’est récemment développé

Le talent, le savoir-faire et la volonté des Rodriguais, essentiellement les femmes, ne sont pas à être remis en question. Mais il importe de se renouveler afin de préparer la relève et encourager la création d’emplois. S’il y a des jeunes disposés à rester sur l’île pour travailler, d’autres se sont envolés pour le Canada récemment pour fuir le chômage. Rodrigues est devenue une pépinière pour des agents recruteurs.