« Le projet d’architecture est d’abord un projet de transformation culturelle avant d’être un projet d’intervention spatiale. Il change notre regard sur le monde ; il donne à voir le monde autrement : il est découvert. » Paroles d’architecte, ces mots sont posés par Marc Gossé qui a conçu un lieu d’échanges culturels apparu à Baie-Lascars il y a cinq ans. Créé par l’association Décoculture à Baie Lascars, Au chercheur d’or propose aussi bien de la lecture, des conférences, toutes sortes de formations et des expositions.
Époux d’une Rodriguaise et architecte du cabinet Synergy International, Marc Gossé a conçu à Maurice et Rodrigues plusieurs habitations dont il délivre à la fois la démarche et le descriptif dans un petit livret assez touffu, préfacé par Henri Agathe. Cet ouvrage entre ensuite dans la présentation plus détaillée du lieu d’échange et de culture qu’est Au chercheur d’or, et permet de comprendre une conception de l’architecture et du développement à la fois innovatrice et en parfaite symbiose avec son environnement.
Édité par Osman publishing qui a ouvert un Book Café à cet endroit il y a deux ans, il permet de comprendre comment un projet architectural peut se concevoir et se développer en cohérence avec son contexte culturel, social et environnemental, tout en étant éminemment contemporain. Unique en son genre, ce lieu a été précédé par d’autres maisons signées Marc Gossé à Albion (Maurice) puis pour Rodrigues, à Fond-la-Digue ou encore à La Fouche Castor. Ces préliminaires permettent de comprendre ce que l’auteur appelle l’architecture bioclimatique…
Toitures en tôle, blocs de béton, structures en béton armé : on retrouve pour ces constructions les matériaux habituels que les ouvriers du bâtiment savent mettre en oeuvre et qui ne font pas trop monter la facture… Mais l’architecte y introduit aussi dans la mesure du possible des matériaux de l’endroit, tel que les pierres de La Fouche-Castor et surtout il conçoit le bâtiment en harmonie avec les caractéristiques de son cadre naturel, en respectant un certain nombre de règles liées à la ventilation naturelle, la distribution de la lumière et de l’ensoleillement, au captage de l’énergie solaire ou encore à la gestion économique de l’eau. S’y associe par exemple la présence de plantes endémiques ou acclimatées, d’un poulailler ou même d’une piscine écologique.
Tout cela génère des emplois et de la formation dans le voisinage tant dans la phase de construction qu’ensuite pour l’entretien. Mais ces projets demeuraient privés et leurs concepteurs voulaient aller plus loin dans leur démarche. C’est pourquoi Marie-Rose Roussety, Lisiane Thomas-Roussety et Marc Gossé ont décidé de créer Décoculture il y a cinq ans, une contraction de « Développement et écologie par la culture ». Cette association se finance par la rémunération de services de consultance dans les domaines du développement, de l’architecture et de la culture en général.
À ceux qui imaginent l’architecte comme celui qui dessine des plans millimétrés à la règle et au compas, ce livre rappelle qu’il est avant cela et avant tout observateur, réfléchi et imaginatif. Marc Gossé en appelle à une compréhension fine des contraintes de son environnement, aux traditions comme aux innovations, à la littérature (citant plusieurs écrivains mauriciens par exemple), à la réflexion politique, sociale et philosophique et à la culture. Il s’est imprégné au fil du temps depuis 1998 des différentes formes d’architecture présentes ici, en les étudiant et en les peignant. Outre ses réflexions personnelles sur le développement et les enjeux de l’autonomie rodriguaise, sont cités par exemple dans ce livre Pierre Bourdieu, Daniel Cohen, Alexandre Jollien, Joseph Stiglitz, etc.
Partant du principe que la culture imprègne toutes les dimensions de la vie quotidienne, Décoculture propose non seulement des activités artistiques, mais aussi des expositions, conférences, séminaires de formation ayant trait aux défis environnementaux, à l’aménagement du territoire et l’architecture, à la santé, à l’agriculture ou encore aux industries. Ce lieu de débat, de réflexion et d’innovation se situe loin de « la promotion d’une culture officielle instrumentalisée par dans les ambitions touristiques ou les conformismes folkloriques » et s’attache à la « liberté de parole, apolitique et laïque ».
Cette association ne propose rien d’autre qu’un modèle de développement basé sur les ressources et les potentialités propres à Rodrigues. Les Eco-cases, ces maisons écologiques et économiques que Marc Gossé y a conçues en constituent une parfaite illustration… Une collecte de livres a permis de démarrer la bibliothèque, à laquelle se sont ajoutées une librairie-papeterie commerciale et une cafétéria. Outre les peintres tels que Desiré Wong So qui ont exposé dans la salle polyvalente, des artistes ou écrivains comme Ben Gontran, l’accordéoniste Ton Yom, les groupes Akoustika et Gold, ou encore Aurèle André et le conteur Rosange sont des habitués des lieux.